LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Mobilité

Études

Comment le Covid-19 a im­pacté la mobilité



Mars 2020. La première vague de Covid-19 et le confinement avaient totalement vidé les autoroutes luxembourgeoises de leur trafic habituel. Plus d’un an après, les habitudes de déplacement des frontaliers et résidents ne sont toujours pas revenues à la normale. (Photo: Matic Zorman/archives Maison Moderne)

Mars 2020. La première vague de Covid-19 et le confinement avaient totalement vidé les autoroutes luxembourgeoises de leur trafic habituel. Plus d’un an après, les habitudes de déplacement des frontaliers et résidents ne sont toujours pas revenues à la normale. (Photo: Matic Zorman/archives Maison Moderne)

La crise sanitaire a modi­fié les habitudes de dépla­cement pour se rendre au travail. De quoi avoir des craintes pour la mobilité durable si elles s’ancrent dans la durée.

La pandémie de coronavirus rebat toutes les cartes, en ce compris celles de la mobilité puisque le confinement du printemps 2020 a freiné net nos déplacements et modifié nos habitudes, tantôt de manière brève, tantôt de façon plus ancrée.

Au Liser par exemple, les chercheurs ont comparé les comportements entre l’avant-pandémie et le confinement du printemps 2020. Premier enseignement: près de 45% des résidents de cet échantillon ont diminué la fréquence de leurs déplacements domicile-travail entre février et avril. Indubitablement, le recours accru au télétravail a influencé les habitudes, et cela jusque dans le choix du moyen de locomotion utilisé.

Parmi les usagers des transports publics, plus de six sur dix ont cessé de se rendre sur leur lieu de travail en avril 2020 tandis qu’environ 23% ont opté pour la voiture. Durant cette période de confinement, seuls 13,4% des usagers des bus ou trains ont continué à les utiliser, montre le Liser.

La voiture, reine des courses et du travail

Le switch est encore plus net pour les déplacements vers les commerces alimentaires: plus de 60% des usagers des transports publics ont préféré prendre la voiture, contre 13,5% pour la marche et près de 6% pour le vélo.

Et une fois le déconfinement amorcé, près de trois usagers des transports publics sur dix ont continué à délaisser leur train-train quotidien pour la voiture, devant le vélo (2,7%).

«Peut-être que certains usagers ont estimé qu’ils ne perdaient pas de temps en prenant leur voiture pour aller au travail puisqu’il y avait moins de trafic routier», avance Véronique Van Acker, chercheuse au Liser.

Clairement, le Covid-19 a relayé au passé les embouteillages monstres qui poussaient sans doute quelques automobilistes à opter pour les transports publics.

La pandémie ne semble pas avoir bouleversé les habitudes de déplacement des résidents.

Statec

Le Statec estime d’ailleurs qu’au 2e trimestre 2020, le temps médian de trajet domicile-travail est tombé à 15 minutes pour les résidents, contre 25 minutes trois mois plus tôt. Il est ensuite repassé à 20 minutes dès juin 2020, d’après l’institut de statistiques selon lequel seuls deux résidents sur dix utilisent les transports publics pour se rendre sur leur lieu de travail, soit trois fois moins qu’en voiture.

«La pandémie ne semble pas avoir bouleversé les habitudes de déplacement des résidents», écrit le Statec qui observe une baisse de la fréquentation dans les transports publics au second semestre de l’année, surtout de la part des usagers occasionnels. «L’effet positif attendu de l’introduction du transport gratuit ne s’est matérialisé ni au 2e ni au 3e trimestre», analyse l’organisme dans une enquête dédiée au trajet domicile-travail diffusée en avril dernier .

La nostalgie de la navette

Quant aux télétravailleurs, 42% d’entre eux disent que le trajet domicile-travail leur manque, selon le Liser. C’est plus particulièrement le fait de passer du temps seul (51,1%), de se sentir indépendant (44,6%) et le fait de regarder ce qu’il se passe dehors (41%) qui sont les aspects les plus cités par ces anciens navetteurs en mal de train-train quotidien.

«Le trajet vers le travail est souvent considéré comme une perte de temps, raison pour laquelle nous avons en tête ce souhait de le minimiser. Mais certains disent que ce trajet leur procure un break entre le travail et la maison. L’étude montre que les salariés expriment l’envie d’un temps de trajet réduit, non pas d’un temps zéro», précise Véronique Van Acker.

Selon le Statec, la moitié des résidents mettent 25 minutes ou moins pour se rendre sur leur lieu de travail au Luxembourg, en porte-à-porte. Cette même étude montre que plus le trajet est long, plus la satisfaction des salariés diminue: lorsqu’il est supérieur à 50 minutes, 74% des travailleurs se déclarent satisfaits dans leur poste, contre 90% pour ceux qui ont moins de 10 minutes à faire pour s’y rendre.

Un autre élément confirme cette tendance: plus les trajets sont longs, plus les salariés cherchent un autre emploi. Ainsi, au-delà de 50 minutes de navette, 12,5% des salariés regardent à changer d’employeur, contre 7,7% chez ceux mettant moins de 10 minutes pour arriver au boulot.

Le trajet domicile-bureau est donc loin de basculer dans les livres d’histoire. Par contre, la question du moyen de locomotion reste encore quelque peu ouverte: deux tiers des participants du Liser interrogés sans voiture ont déclaré utiliser moins souvent les transports publics pour éviter la foule, contre la moitié des automobilistes.

«Si cette aversion de la foule persiste à travers le temps, le Covid-19 peut avoir un fort impact négatif sur la mobilité durable à long terme», écrit l’institut.

Pour en avoir le cœur net, il termine en ce moment le 2e volet de son enquête. Les premiers résultats préliminaires pourraient être dévoilés avant les vacances d’été, mais il faudra être un peu plus patient pour en connaître les détails. Qui plus est, la question de la satisfaction dans les transports publics sera abordée. De quoi nous promettre des résultats riches en enseignements.

Cet article a été rédigé pour  l’édition magazine de Paperjam du mois de juin  parue le 27 mai 2021.

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