PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Nicolas Deltour (Candriam)

«Les choix de nos analystes ISR ont force de loi»



279928.png

Nicolas Deltour: «Candriam a une expérience de 20 ans dans la finance durable.» (Photo: Paperjam)

Dans le cadre de la semaine Luxflag de l’investissement durable, Nicolas Deltour, senior IS Equities chez Candriam, a donné, le 23 octobre en soirée, une conférence sur les façons d’agir en tant qu’investisseur face au réchauffement climatique. Revue de stratégie.

Candriam se présente comme un précurseur dans la finance durable. Pouvez-vous résumer votre action dans ce segment?

Nicolas Deltour. – «Nous lançons des stratégies dédiées à l’investissement durable depuis 20 ans. Pour les appuyer, nous avons créé une équipe parmi les plus importantes d’Europe continentale. Elle comprend une quinzaine d’analystes dédiés aux normes ISR – investissement socialement responsable – et est totalement indépendante et autonome. Si nos analystes décident d’exclure une société de notre univers d’investissement pour des raisons d’ISR, leur décision a force de loi dans la société.

Comment se passe justement cette analyse des politiques ISR des entreprises?

«Nous pouvons exclure des sociétés sur base de deux grandes considérations: le non-respect des grands principes du développement durable des Nations unies – cela vaut aussi pour les fonds classiques – ou l’exercice d’activités controversées. Dans les stratégies traditionnelles, nous excluons déjà l’armement non conventionnel, le charbon thermique et le tabac.

Dans les fonds ISR, nous allons plus loin dans les exclusions (alcool, autres types d’armement, etc.). Nous analysons ensuite la gouvernance du management des entreprises. Après la rupture d’un barrage au Brésil en janvier dernier, qui a fait de nombreux morts, nous avons exclu de nos listes la société exploitante. Cela nous permet d’éviter une série de risques, de controverses ou de scandales qui font très mal aux sociétés. Enfin, nous voulons être un actionnaire actif prêt à influencer les décisions prises dans les assemblées générales des sociétés.

Les investisseurs particuliers de moins de 35 ans se contentent rarement du critère ‘performance’.
Nicolas Deltour

Nicolas Deltour,  senior IS Equities,  Candriam

Quelle est la part que prend ce segment dans votre activité et quelle est sa vitesse de croissance?

«Actuellement, un tiers de nos encours sous gestion sont investis dans des stratégies durables. Soit une quarantaine de milliards d’euros sur les 125 milliards d’actifs que nous gérons. Et nous voyons une progression massive ces dernières années. Nous avons d’abord observé un changement générationnel. Les investisseurs particuliers de moins de 35 ans se contentent rarement du critère ‘performance’. Ils veulent savoir où va leur argent, s’il a un impact.

Tout doucement, le phénomène s’étend aux autres générations. Il y a une vraie prise de conscience de la réalité des problèmes, renforcée par le fait que nous pouvons leur prouver que ce type d’investissement ne détruit pas de la valeur, contrairement à une légende urbaine qui a longtemps circulé. C’est un autre univers, avec d’autres risques et opportunités, mais on ne peut pas dire que cela détruit de la valeur.

Dans cet univers, quels sont les thèmes les plus porteurs?

«On perçoit effectivement des mégatendances durables: la meilleure utilisation des ressources, grâce notamment à de nouvelles technologies, la préservation de l’environnement et de la santé qui vont souvent de pair. Il existe désormais, par exemple, de véritables opportunités d’investissement parmi les firmes qui proposent de la nourriture pauvre en sel ou en graisse, qui offrent des solutions pour prolonger la vie des produits ou améliorent le goût sans additifs. Ces solutions sont utilisées par l’ensemble de l’industrie agroalimentaire. Mais, au départ, ce sont des niches dans le marché.

Comment sélectionnez-vous les entreprises qui méritent d’intégrer un fonds climatique?

«Nous avons identifié deux grands axes de réflexion selon la manière dont on regarde les causes ou les effets du changement climatique. Nous avons mis en place des analyses qui visent à détecter les créateurs de solutions aptes à diminuer les sources du réchauffement et ceux qui cherchent à diminuer les effets ou à s’y adapter. C’est par exemple le cas de sociétés qui proposent des solutions de recyclage de l’eau, une ressource qui viendra à manquer avec le réchauffement.

Les labels aident les gens à avoir des repères.
Nicolas Deltour

Nicolas Deltour,  senior IS Equities,  Candriam

Comment rassurer les investisseurs par rapport à ce type d’investissement?

«Nous restons des ‘asset managers’. Notre première responsabilité est de délivrer de la performance à l’investisseur. Nous disposons d’équipes de gestion et d’analyse sur des innovations de produits, sur des innovations industrielles ou technologiques. Et, comme je le disais, nous sommes parmi les leaders en Europe depuis 20 ans dans l’analyse de la durabilité.

Ainsi, pour nos stratégies climatiques, nous avons mis en commun des analystes des sociétés innovantes et des analystes ISR dans une équipe dédiée à la stratégie climatique. Et nous appliquons la même rigueur financière, basée sur cinq critères: la qualité du management, le potentiel de croissance organique, l’avantage compétitif, la rentabilité – nous ne plaçons en portefeuille que des sociétés rentables – et la solidité du bilan. Il faut être bon sur chacun de ces critères et, enfin, ne pas être trop cher.

Dans l’idée de rassurer les investisseurs, que pensez-vous de la pratique de la labellisation?

«Chez Candriam, nous avons fait le choix de labelliser certains fonds, selon les labels locaux disponibles. Au Luxembourg, nous venons de labelliser deux fonds ESG tout récemment. Ces labels sont une bonne chose, Luxflag est une jeune société et nous allons procéder par étapes. Mais cela aide les gens à avoir des repères, c’est une très bonne chose. La difficulté de l’exercice, aujourd’hui, est qu’il n’existe pas encore un label européen global. La Commission y travaille, mais on ne sait pas encore à quoi cela aboutira.»