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Chronique financière

Changement climatique: pour des investissements à impact positif



David Seban-Jeantet, chief investment officer chez Société Générale Private Wealth Management. (Photo: Maison Moderne)

David Seban-Jeantet, chief investment officer chez Société Générale Private Wealth Management. (Photo: Maison Moderne)

Pourquoi faire rimer investissements et impact positif? Éléments de réponse avec David Seban-Jeantet, CIO chez Société Générale Private Wealth Management.

L’été touche à sa fin et, si le soleil nous a semblé briller bien plus fort que l’année dernière, ce n’est pas un effet de la seule sortie du confinement. Des incendies géants ont dévasté des milliers d’hectares de forêt en Australie en tout début d’année, et plus récemment en Californie. Les météorologistes de la Nasa estiment déjà que l’année 2020 devrait être la plus chaude jamais enregistrée sur Terre.

Mais la hausse des températures n’est pas inexorable et il est possible d’agir dès maintenant. C’est l’objet des accords de Paris, qui visent à adopter une approche holistique combinant frugalité énergétique et innovation technologique. C’est également l’enjeu de l’investissement à impact positif qui, au-delà d’un investissement durable et raisonnable, permet d’infléchir de façon tangible la croissance des gaz à effet de serre, principale composante du réchauffement climatique.

Source: Boden, T.A., Marland, G., and Andres, R.J. (2017). Global, Regional, and National Fossil-Fuel CO 2  Emissions.  

Source: Boden, T.A., Marland, G., and Andres, R.J. (2017). Global, Regional, and National Fossil-Fuel CO 2 Emissions.  

Pour atteindre l’objectif ambitieux «zéro émission nette» des accords de Paris, il convient de développer des solutions dans différents domaines que sont l’efficience énergétique, l’énergie renouvelable, mais aussi l’agriculture et le transport durables. L’empreinte carbone des sociétés est un indicateur-clé, mais doit être logiquement complétée par une analyse dynamique sur l’ensemble des processus industriels. Certaines sociétés ont également annoncé des engagements chiffrés en matière d’environnement: les «objectifs basés sur la science». L’approche volontariste des sociétés est ici déterminante et leur capacité à influencer leur industrie par des choix technologiques de rupture l’est tout autant.

En Europe, le mouvement est déjà bien engagé et un tiers du plan de relance européen sera orienté vers les technologies vertes. Le Vieux Continent foisonne d’innovations avec l’ambition de créer, notamment avec l’hydrogène, une nouvelle filière d’activité industrielle. Et pour cause, l’hydrogène permet d’augmenter significativement l’autonomie des véhicules électriques: on estime ainsi qu’un kilogramme d’hydrogène permet de parcourir 100 kilomètres en véhicule électrique doté d’une pile à combustible. Aux États-Unis, en revanche, les résultats de l’élection présidentielle donneront le ton puisque la sortie programmée des accords de Paris est fixée au lendemain du scrutin.

L’investissement à impact positif ne se fait pas au détriment de la performance, bien au contraire. Les sociétés leaders du climat vont bénéficier d’un surplus de croissance et de visibilité. À l’inverse, ne pas prendre en compte les enjeux climatiques risque de peser significativement sur la performance. Le phénomène est déjà bien illustré par les «stranded assets», ces actifs toxiques au bilan des sociétés qui ne pourront être développés compte tenu de leur trop forte empreinte carbone.

L’investissement à impact positif répond à une demande grandissante des investisseurs qui souhaitent donner du sens à leurs placements en bénéficiant de l’assurance d’une gestion financière qui s’inscrit dans une perspective long terme.