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solidarité

Caritas sent le souffle de la crise



Parmi les premières victimes de la crise: les familles monoparentales. (Photo: Shutterstock)

Parmi les premières victimes de la crise: les familles monoparentales. (Photo: Shutterstock)

Caritas dresse un constat sans appel: de plus en plus de personnes fragiles sont précipitées dans la pauvreté par la crise sanitaire. Les sans-papiers, les familles monoparentales et les jeunes sont parmi les premières victimes.

La crise sanitaire est-elle occupée à créer une nouvelle forme de précarité? «Oui, cela ne fait aucun doute», répondent Marco Hoffmann et Andreas Vogt de Caritas Luxembourg. «Entre mai et la fin du mois d’août, plus de 550 personnes ont contacté Caritas, notamment via notre Corona-Helpline. Deux tiers sont ce que l’on appelle des nouveaux pauvres», disent-ils encore.

Un public qui se remarque aussi de plus en plus dans les épiceries sociales. «C’est en effet un nouveau public qui arrive», note Andreas Vogt. «Beaucoup de ces gens étaient fragiles. La crise les a plongés dans la pauvreté qu’ils frôlaient jusque-là.» Et cela n’est sans doute qu’un début, car «ce n’est pas parce qu’on ne fait pas appel à un service social que l’on n’est pas dans le besoin. On remarque que les personnes qui, pour différentes raisons, n’avaient pas d’épargne sont en situation de sauvetage et vont devoir être aidées assez vite...»

Plonger vers la pauvreté peut se faire très vite

Ce public en passe de basculer dans le précipice de la pauvreté est important au Luxembourg. «Beaucoup de ces personnes travaillent, mais ont aussi un job d’appoint pour compléter leurs revenus. Quand ce job disparaît, leur complément financier aussi. Or, la rupture a été brutale dans l’horeca, le nettoyage, certains services… Du coup, cela a entraîné des soucis immédiats de paiement des loyers, des dettes. Ces personnes plus fragiles consomment un maximum par rapport à leurs revenus, et donc ont peu de pouvoir d’épargne. Plonger vers les ennuis et la pauvreté peut se faire très vite», analysent encore nos deux interlocuteurs.

Le souffle de la crise se fait donc sentir. Mais va-t-il encore se renforcer? Va-t-il encore durer longtemps? «C’est difficile à dire. Les personnes accompagnées par Caritas sont très différentes, ont des besoins très différents. Pour le moment, nous sommes en tout cas surpris par le nombre de personnes touchées…»

Parmi elles, il y a ces invisibles qui n’ont pas de papiers, «parfois depuis de longues années, travaillent au noir, vivent ici. Mais ceux-là n’ont droit à rien. Caritas a donc proposé de renforcer le volet de l’aide humanitaire.» Les familles monoparentales sont aussi touchées de plein fouet. «Le taux de pauvreté de cette catégorie a toujours été important, mais il grandit. C’est aussi le cas des jeunes: c’est une catégorie à risque, avec un jeune sur deux en risque de pauvreté», détaillent Marco Hoffmann et Andreas Vogt.

La crise a aussi un impact psychologique réel. «Quand on vit à 200 ou 300 dans un foyer pour étrangers, et qu’on est confiné, c’est difficile! Mais il y a aussi un grand impact sur les seniors», confirme Andreas Vogt. Caritas a donc étoffé ses services de soutien psychologique. «Ce qui est aussi très dur, c’est le manque de perspectives d’avenir. Cela mine le moral», complète pour sa part Marco Hoffmann.

On a beaucoup appris de la première vague et la prévention a donc été meilleure.
Andreas Vogt

Andreas Vogt,  directeur et membre du comité de direction,  Caritas

Face à la seconde vague, les responsables de Caritas et leurs équipes sont plus que jamais conscients de l’importance de leur mission. «Il y a une responsabilité de l’État et nous intervenons comme mandaté par lui, où s’il y a un vide. La Constitution prévoit que les résidents soient aidés, et en tant que services conventionnés, nous avons eu des renforts. Nos services ont su s’adapter très vite, notamment en travaillant en mode digital. On a aussi beaucoup appris de la première vague et la prévention a donc été meilleure.»

Et pour terminer sur une note positive, Andreas Vogt et Marco Hoffmann soulignent que «pour financer l’aide individuelle, nous avons lancé un appel à la solidarité. Et nous avons eu droit à beaucoup de générosité de la part de différents partenaires.»

Et toute aide demeure encore la bienvenue.