POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Guy Daleiden (Film fund)

«Au Festival de Cannes, tout le monde est là»



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Guy Daleiden est le directeur du Film Fund. (Photo: Hadrien Friob/Archives Maison Moderne)

Quelques heures avant la journée luxembourgeoise qui se déroule ce vendredi au Festival de Cannes, Paperjam a posé quelques questions à Guy Daleiden, directeur du Film Fund, déjà sur place.

Le Luxembourg est bien représenté cette année au Festival de Cannes, avec quatre films sélectionnés dans la compétition officielle, des productions sur le Marché du film et un pavillon national. Un contexte heureux pour le Film Fund et son directeur, Guy Dalaiden.

Pouvez-vous nous rappeler le rôle du Film Fund et les actions mises en place pendant le Festival de Cannes?

Guy Daleiden . – «Sur le Festival de Cannes, il y a deux parties: les projections de films, où nous avons la chance d’être présents cette année avec trois films dans la sélection ‘Un certain regard’ et un film dans la catégorie la ‘Quinzaine des réalisateurs’; et le Marché du film au sein duquel les professionnels essaient de trouver de nouveaux partenaires, de vendre ou acheter des films.

Il y a 18 ans maintenant que le Luxembourg est présent sur la Croisette avec un pavillon national pour accueillir la petite centaine de Luxembourgeois qui sont présents pendant le festival et tous ceux qui souhaitent travailler avec nos professionnels.

Notre pavillon est donc un lieu de rencontres et de services mis à disposition des professionnels du Luxembourg pour rencontrer leurs homologues, y nouer des contacts. Le rôle du Film Fund est de promouvoir le secteur du cinéma au Luxembourg, les aides que nous pouvons offrir et tous les professionnels du secteur, qu’ils soient producteurs, réalisateurs, techniciens, comédiens...

Nous sommes présents dans plusieurs festivals internationaux, mais Cannes est véritablement le ‘must’, le festival le plus important, celui où on doit être absolument chaque année.

Cannes est le rendez-vous annuel de tous les professionnels du cinéma et de la production audiovisuelle, y compris pour les nouvelles écritures comme la réalité virtuelle.

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund

Quelles sont les retombées de cette présence luxembourgeoise à Cannes?

«Il est difficile de mesurer les retombées directes car elles ne sont pas visibles immédiatement, puisque développer et faire un film est le travail de plusieurs mois voire années. Mais il est certain que Cannes est le rendez-vous annuel de tous les professionnels du cinéma et de la production audiovisuelle, y compris pour les nouvelles écritures comme la réalité virtuelle, et que nous devons y participer.

Tout le monde est là et il devient ainsi très facile de fixer des rendez-vous pendant ces quelques jours de festival. C’est là que sont initiés les accords pour des œuvres qui, par la suite, sont produites au Luxembourg.  Mais il peut quand même y avoir des retombées directes sur le marché des films lorsque les producteurs luxembourgeois mettent en avant leurs œuvres, qui sont achetées par des distributeurs internationaux pour les diffuser sur leur territoire respectif.

C’est aussi l’occasion de rencontrer vos homologues internationaux…

«Bien entendu, car de nombreuses associations qui œuvrent au développement du cinéma européen se retrouvent à Cannes. Dans ce cadre, nous participons à des réunions internationales comme celle organisée avec nos homologues d’autres fonds européens de soutien à la production audiovisuelle, le réseau European Film Agency Directors ou encore la journée dédiée à la francophonie.

Nous profitons du festival pour discuter, échanger et trouver des positions communes sur différents dossiers en cours. Cannes est l’endroit parfait pour rencontrer ces partenaires qui viennent du monde entier.

Notre pays s’est donné comme mission de ne pas rater le train du digital, et nous sommes également engagés sur ce terrain.

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund

La présence luxembourgeoise dans la sélection officielle de cette année est exceptionnelle. Quelle est votre analyse de cette situation?

«J’aimerais rester humble, mais les films qu’on choisit de soutenir au Film Fund et qui sont coproduits au Luxembourg rencontrent beaucoup de succès dans les plus grands festivals internationaux. 2019 est une année remarquable pour le secteur: deux films à Berlin, quatre à Cannes, cinq à Annecy…

C’est une preuve que le professionnalisme de tous les acteurs de notre secteur est accepté et reconnu au niveau international. Au Luxembourg, nous produisons environ une trentaine de longs métrages par an. Notre pourcentage de réussite est donc extrêmement élevé. Espérons que cela continue.

On a pu assister ces dernières années à une forte montée des créations réalisées en réalité virtuelle, y compris au Luxembourg. Est-ce un vrai mouvement de fond selon vous?

«Oui, tout à fait et nous présentons plusieurs projets luxembourgeois en réalité virtuelle sur notre pavillon cette année: ‘Fever’ réalisé par Karolina Markiewicz et Pascal Piron, ‘Ayahuasca – Kosmik Journey’ et ‘7 Lives’ réalisés par Jan Kounen et coproduits par a_Bahn, ainsi que ‘Fan Club’ de Vincent Ravalec.

Je ne crois pas que la réalité virtuelle telle qu’on la connaît aujourd’hui soit une fin en soi, mais un développement vers quelque chose de nouveau.

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund

Le Film Fund développe de nouvelles initiatives qui favorisent l’utilisation des nouvelles technologies et les autres formes d’écriture comme le trans- et le cross-média, qui contribuent au développement du XR, c’est-à-dire la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Notre pays s’est donné comme mission de ne pas rater le train du digital, et nous sommes également engagés sur ce terrain. Nous pouvons observer que cette politique de soutien porte ses fruits puisque nous avons eu deux nominations à Tribeca et une présence aux festivals de Cannes, Annecy et Venise.

Par ailleurs, les producteurs s’intéressent de plus en plus à ce type d’écriture et veulent tenter l’aventure. Cela devient donc de plus en plus concret et ambitieux. Toutefois, je ne crois pas que la réalité virtuelle telle qu’on la connaît aujourd’hui soit une fin en soi, mais un développement vers quelque chose de nouveau.

Vendredi est la journée luxembourgeoise à Cannes. Quel en est le programme?

«Le Premier ministre va arriver à Cannes vers 14h. Il fera un discours et rencontrera alors les professionnels du cinéma et la presse. Une réception est organisée pour mettre en avant le cinéma luxembourgeois. 400 à 500 personnes sont attendues à cet événement et il s’agit principalement de partenaires avec qui nous avons des relations étroites de travail. C’est un moment important de rencontre et de soutien pour notre secteur.

Nous allons signer un nouvel accord avec mon homologue irlandais, James Hickey, pour créer un fonds destiné à soutenir les femmes cinéastes.

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund

Le lendemain, le Premier ministre fera un tour du Marché du film et ira voir en particulier le Centre national de la cinématographie en France. Dans l’après-midi, nous allons signer un nouvel accord avec mon homologue irlandais, James Hickey, pour créer un fonds destiné à soutenir les femmes cinéastes. C’est une idée que j’ai eue l’année dernière et je souhaitais commencer à la mettre en œuvre avec un partenaire de longue date, avant de la développer avec d’autres pays si cela porte ses fruits.

À cette occasion, Xavier Bettel remettra la médaille d’Officier de la Couronne de chêne à Monsieur Hickey pour honorer, avant son départ en retraite fin juillet, les relations qu’il a développées entre l’Irlande et le Luxembourg. Au cours de son séjour, le Premier ministre aura encore la possibilité de visionner deux des coproductions luxembourgeoises sélectionnées pour la compétition du festival.

Quel est l’investissement financier du Film Fund pour ce Festival de Cannes?

«Le Film Fund investit environ 145.000 euros, ce qui inclut le stand, qui est le plus gros poste budgétaire, l’infrastructure, les déplacements, la réception, le dîner officiel… Cette année, notre stand est un peu plus grand que l’année dernière, et coûte donc un peu plus cher.

Nous bénéficions cette année d’une surface d’environ 90m2, en incluant les surfaces de terrasses couverte et non couverte qui complètent celle du pavillon. Nous sommes à côté des pavillons du Québec et de l’Argentine. Cette surface augmentée permet d’accueillir plus de monde sur notre stand, qui est sur la plage. C’est la seule fois où le Luxembourg a un accès direct à la mer!»