POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Avis de la Banque des règlements internationaux

La BRI appelle à dépasser la dette



Pour la Banque des règlements internationaux, il est désormais temps d’«allumer tous les moteurs». (Photo: Shutterstock)

Pour la Banque des règlements internationaux, il est désormais temps d’«allumer tous les moteurs». (Photo: Shutterstock)

Dans son rapport économique annuel, la BRI estime que la politique monétaire ne peut plus être le principal moteur de la croissance et que d’autres leviers de politiques publiques doivent maintenant être actionnés pour faire en sorte que l’économie mondiale connaisse une dynamique durable.

L’institution de Bâle appelle à un meilleur équilibre entre politique monétaire, réformes structurelles, politique budgétaire et mesures macroprudentielles afin de s’éloigner du modèle de croissance fondé sur la dette qui risque d’affronter des turbulences. «Pour trouver la voie vers un horizon dégagé, il faut équilibrer rapidité et stabilité, et garder du carburant afin de faire face à de possibles vents contraires», souligne Agustín Carstens, le directeur général de la BRI. «Assurer une trajectoire de vol soutenable nécessite de mettre enfin en marche les quatre moteurs de la politique publique plutôt que de recourir à court terme au turboréacteur.»

Si, dans son rapport, la BRI relève que la résilience des services et le dynamisme du marché du travail sont à même de soutenir la croissance à court terme, des risques «non négligeables» n’en demeurent pas moins.

Au premier rang desquels figure l’hétérogénéité d’une reprise jugée «incomplète», «certains pays et secteurs enregistrant un rebond rapide tandis que d’autres restent à la traîne».

Les tensions commerciales et l’accroissement de la dette, notamment celle des entreprises de certaines économies, constituent deux autres soucis majeurs. «Si les tensions commerciales assombrissent les perspectives de la demande et de l’investissement, elles soulèvent aussi des questions quant à la viabilité des structures actuelles de chaîne d’approvisionnement et à l’avenir même du système commercial mondial», souligne Agustín Carstens, pour qui «les guerres commerciales ne font pas de gagnants».

Au nombre des autres risques pesant sur les perspectives figurent la faible rentabilité des banques dans plusieurs économies avancées – notamment eu Europe – et le désendettement de certaines grandes économies de marché émergentes, et en particulier de la Chine. «Les mesures nécessaires qui y ont été prises pour contenir la croissance du crédit agissent comme un frein sur l’activité.»

L’inflation n’est pas un problème

Quant à l’inflation, elle est jugée «temporaire» – notamment parce que les tendances déflationnistes comme le vieillissement de la population et la globalisation demeurent – et devrait rester sous le contrôle des banques centrales qui «disposent de tous les instruments pour la maîtriser, notamment l’arme des taux d’intérêt». Pour Agustín Carstens, cela reste tout de même une arme à double tranchant: aucune économie fonctionnant sainement ne peut opérer avec des taux d’intérêt réels qui restent négatifs pendant une trop longue période, insiste la BRI, tout en reconnaissant que face à l’importante augmentation des dettes publiques, la faiblesse des taux d’intérêt apporte actuellement une bouffée d’oxygène aux États. «Mais cela ne pourrait pas durer éternellement.»

Scénarios alternatifs

Pour la BRI, «nous ne sommes pas tirés d’affaire». Si son scénario macroéconomique central pour les mois à venir repose sur un contrôle du virus et une hausse temporaire de l’inflation, elle en propose deux autres, alternatifs, moins favorables. Dans le premier, l’ampleur de la relance budgétaire et l’utilisation de l’épargne accumulée pendant la crise se traduisent par une croissance plus solide, par une augmentation de l’inflation et un durcissement prononcé des conditions financières. Ce qui pourrait provoquer des dégâts sur les marchés financiers. Dans le second, la pandémie reste hors de contrôle, la croissance économique déçoit et une vague de faillites en découle.

Pour éviter ces deux dernières hypothèses, la BRI recommande que les politiques monétaires et budgétaires continuer à rester souples et que toute normalisation accompagnant le redémarrage économique soit soigneusement explicitée afin de ne pas provoquer de surrection sur les marchés financiers.