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Politique agricole

Biodiversité: une plainte déposée contre le gouvernement



«L’intensification de l’agriculture repose en grande partie sur des mécanismes de subvention étatiques», estiment Natur&Ëmwelt et le Mouvement écologique. (Photo: Shutterstock)

«L’intensification de l’agriculture repose en grande partie sur des mécanismes de subvention étatiques», estiment Natur&Ëmwelt et le Mouvement écologique. (Photo: Shutterstock)

La politique agricole du Luxembourg ne prenant pas en compte la protection de la nature et la perte de biodiversité s’aggravant, Natur&Ëmwelt et le Mouvement écologique portent plainte contre le gouvernement auprès de la Commission européenne.

Constatant que «la perte de la biodiversité se poursuit sans relâche au Luxembourg», Natur&Ëmwelt et le Mouvement écologique ont décidé de déposer une plainte auprès de la Commission européenne à l’encontre du gouvernement luxembourgeois.

«En s’abstenant de tout recours à des mesures freinant cette perte considérable, le gouvernement l’accepte et enfreint de facto le droit européen qui interdit clairement toute détérioration de l’état de conservation des habitats et espèces protégés en Europe via la directive 92/43/CEE», expliquent les deux associations, dans un communiqué publié le vendredi 19 novembre.

Celles-ci se basent sur les derniers constats du dernier rapport sur les directives habitats et oiseaux de 2019, ainsi que sur les dernières observations publiées par l’Observatoire de l’environnement naturel . Elles prennent en compte deux exemples: la perdrix grise et l’habitat «prairies maigres de fauche de basse altitude», tous deux sous protection à l’échelle européenne et nationale.

Or, «au cours des neuf dernières années, un peu plus d’un quart (27% = 8km2) des prairies maigres de fauche ont disparu, et en 2020, seules quatre paires de perdrix ont pu être détectées pour l’ensemble du pays», explique le communiqué.

«Destruction encouragée»

En cause: la politique agricole du pays, qui ne prend pas suffisamment en compte la protection de la nature, selon les deux associations. Surtout, «l’intensification de l’agriculture repose en grande partie sur des mécanismes de subvention étatiques», constatent les deux associations. «La destruction de ces habitats et de ces espèces protégées», si elle n’est pas sanctionnée, «est même encouragée au moyen de deniers publics», déplorent-elles.

Natur&Ëmwelt et le Mouvement écologique réclament donc de la part du gouvernement des mesures effectives pour protéger la nature dans le cadre de la politique agricole. «Si le gouvernement luxembourgeois continue à ignorer son non-respect de la législation européenne et de sa responsabilité dans le cadre de la protection des habitats riches en espèces et des espèces menacées, il encourt non seulement le risque de se voir infliger des pénalités importantes, mais met également en jeu sa crédibilité dans la lutte contre la perte de la biodiversité», préviennent les deux associations.

Cette plainte a lieu alors que le ministère de l’Agriculture doit présenter à l’Union européenne sa nouvelle stratégie nationale agricole d’ici la fin de l’année . «Ce document déterminera les mesures prises aux niveaux national et européen pour la protection du climat, de la biodiversité et de l’eau, ainsi que des moyens de subsistance des exploitations agricoles», explique de son côté Greenpeace Luxembourg, qui a récemment lancé une pétition adressée au ministre de l’Agriculture , Romain Schneider (LSAP), réclamant «une stratégie nationale juste et durable pour l’agriculture luxembourgeoise».