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Bilan de l’an I pour les six eurodéputés luxembourgeois



Charles Goerens, Monica Semedo, Marc Angel, Christophe Hansen, Isabel Wiseler-Lima et Tilly Metz ont rejoint le Parlement européen ou rempilé l’an dernier. (Capture d’écran:  EPLO Luxembourg )

Charles Goerens, Monica Semedo, Marc Angel, Christophe Hansen, Isabel Wiseler-Lima et Tilly Metz ont rejoint le Parlement européen ou rempilé l’an dernier. (Capture d’écran:  EPLO Luxembourg )

Commissions, séances plénières, groupes de travail… Les six Luxembourgeois de l’hémicycle strasbourgeois n’ont pas chômé et connaissent mieux les coulisses de l’UE. L’heure du bilan a sonné, alors que se profile le sommet du Conseil sur le budget 2021-2027.

Un an après la première session plénière du Parlement européen pour la législature 2019-2024, l’institution a organisé une conférence de presse via Zoom, afin que les six eurodéputés luxembourgeois puissent exprimer leurs impressions et évoquer leurs activités parlementaires.

Des activités que trois d’entre eux ont découvertes puisqu’ils faisaient leurs premiers pas à Strasbourg l’an dernier. «J’ai la même conviction qu’avant mon entrée au Parlement européen», assure Isabel Wiseler-Lima (Parti populaire européen) à l’issue d’une «année passionnante». «Nous avons clairement besoin de plus d’Europe, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE. Je suis convaincue que l’UE sortira intacte de cette crise.» Marc Angel (S&D) rapporte également une «expérience différente» de ses 16 années à la Chambre des députés et Monica Semedo (Renew Europe) confie rester «passionnée depuis le premier jour».

Une année chargée surtout, puisque chaque eurodéputé fait partie de plusieurs commissions, comme membre effectif ou suppléant, et peut aussi être chargé par sa fraction de suivre un dossier – sous le nom de «shadow rapporteur». Et il faut dire que les eurodéputés luxembourgeois ont en charge des dossiers cruciaux pour l’avenir de l’UE: la réforme de la directive eau potable et le Brexit pour Christophe Hansen (PPE), la garantie jeunesse et le rapport de Renew sur la relance pour Mme Semedo, les droits de l’Homme et la démocratie pour Mme Wiseler-Lima, le financement de la politique agricole commune et les transports dans le programme Green Deal pour Tilly Metz (Verts européens), le financement de la politique étrangère de l’UE pour Charles Goerens (Renew) et, enfin, la stratégie pour le handicap et une stratégie industrielle européenne pour M. Angel.

Que les États radins se rétractent.
Charles Goerens

Charles Goerens,  eurodéputé Renew

Surpris par le confinement, le Parlement européen a mis quelques semaines à s’organiser, pouvant donner l’impression de s’effacer durant la crise. «Cela a été vrai durant les deux, trois premières semaines», admet M. Angel. «Même si les groupes de travail se sont réunis virtuellement dès les premiers jours», souligne Mme Semedo.

«Nous sommes un organe démocratique et nous devons être mieux préparés», nuance Mme Wiseler, déplorant un «déséquilibre» entre les eurodéputés ayant pu se rendre à Strasbourg pour la première séance plénière post-Covid et les autres qui ne pouvaient pas intervenir.

Les eurodéputés s’inquiètent surtout pour le budget européen sur lequel doivent se pencher les 27 États membres lors d’un sommet à Bruxelles en fin de semaine. Étoffé afin d’englober une enveloppe de 750 milliards d’euros – baptisée Next Generation EU – destinée à faire face aux conséquences de la crise sanitaire, le cadre financier pluriannuel 2021-2027 s’établirait à 1.100 milliards d’euros, selon la dernière proposition du président du Conseil de l’UE, Charles Michel. Sauf que quatre États dits frugaux – l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède – pèsent pour un budget moindre, afin de prendre en compte notamment la sortie du Royaume-Uni.

«Que les États radins se rétractent», lance M. Goerens. «Quand on parle d’avenir, ils parlent rabais. C’est ridicule et ce n’est pas à la hauteur du défi qui nous est lancé.» L’eurodéputé d’expérience espère que le Conseil suivra M. Michel sur un «sérieux pas en avant» en matière de ressources propres – notamment sur une contribution sur les plastiques.

Climat et État de droit comme conditions au déblocage de fonds

«Il est très important de respecter la conditionnalité verte», souligne Mme Metz, faisant allusion au principe défendu par le Parlement européen selon lequel un État se verrait privé de fonds européens s’il ne respectait pas ses objectifs climatiques. «J’espère aussi que les subventions resteront prédominantes par rapport aux prêts.»

Mmes Semedo et Wiseler-Lima insistent, de leur côté, sur l’autre conditionnalité: celle qui priverait les États violant les règles de l’État de droit de leurs fonds européens. «Mais M. Michel propose que cette décision soit prise à la majorité qualifiée et non simple, comme le suggérait la Commission», déplore Mme Semedo. «Il faut sortir de la mentalité de contributeur net et prendre conscience que nous sommes une Union de solidarité», ajoute M. Angel, soulignant le besoin de consolider le pilier des droits sociaux et de remédier aux conséquences de la crise sanitaire et économique.

«Le budget européen représente à peine 1% du PIB de l’UE, sachant qu’un tiers part dans la politique agricole commune, il reste donc très peu pour mener les autres politiques communes», argumente encore M. Hansen. «Il faut renforcer ce budget européen.»

Le Parlement européen se réunira le 23 juillet en séance plénière en cas d’accord des 27 sur le budget dès ce week-end. Si les États membres jouent les prolongations, une autre session est envisagée le 30 juillet.