PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Guy Hoffmann (ABBL)

«Les banques ont besoin d’un environnement sain»



Guy Hoffmann, président de l’ABBL, espère que la crise économique ne contaminera pas le secteur financier. (Photo: Matic Zorman/Archives)

Guy Hoffmann, président de l’ABBL, espère que la crise économique ne contaminera pas le secteur financier. (Photo: Matic Zorman/Archives)

Guy Hoffmann, président de l’ABBL (Association des banques et banquiers Luxembourg) et CEO de Raiffeisen, revient sur les derniers mois vécus par les acteurs bancaires. Il espère que la crise économique ne contaminera pas le secteur financier, qui joue actuellement un rôle moteur dans la reprise.

Quel premier bilan tirez-vous de cette crise pour le secteur bancaire?

Guy Hoffmann . – «Il est encore tôt pour tirer de grandes leçons de cette crise. Globalement, les acteurs bancaires se portent bien, mais notre secteur est déphasé par rapport à la crise.

Pour nous, la vraie menace est repoussée vers l’avant, car notre santé dépend du niveau de la reprise économique. Les conséquences pour le secteur seront probablement plus visibles en fin d’année, voire en 2021 et 2022.

Quels enseignements tirez-vous du télétravail?

«Le bilan est positif. La plupart des banques n’étaient ni préparées ni organisées pour cela. Et beaucoup de clients ont su utiliser les outils de banque en ligne, alors qu’ils ne l’auraient peut-être pas fait dans d’autres circonstances. Cette crise a accéléré certains processus.

L’expérience est au final encourageante, mais le contact physique avec le client restera toujours important pour un banquier.

Comment le secteur financier peut-il continuer à soutenir l’économie à moyen et long terme?

«Si tout le monde est en difficulté, le secteur bancaire le sera aussi. Le monde bancaire a donc besoin d’un environnement économique sain. Si ce n’est pas le cas, cela mettra une certaine pression sur les banques, car elles ne pourront pas renoncer au remboursement des crédits sur une longue durée. Cela deviendrait très sportif pour le secteur!

Cependant, les sociétés luxembourgeoises sont les mieux capitalisées d’Europe: elles peuvent donc faire preuve d’une certaine résilience. Tout dépendra de la durée et de la gravité de l’impact de la crise.

Il faut donc éviter tout effet de contagion, et veiller à ce que la crise économique ne soit pas importée au secteur financier, lequel permet aujourd’hui de soutenir la reprise.

Quels pans de l’activité du secteur risquent de souffrir plus que d’autres?

«Les banques de détail sont en première ligne, du fait de la dégradation économique et du risque qui pèse sur le remboursement des crédits, si jamais le nombre de faillites est important. En ce qui concerne la banque privée, la volatilité des marchés reste complexe à gérer, et les sociétés notent une baisse de leurs commissions.

Une accélération de la concentration des acteurs dans le secteur de la banque privée est-elle à craindre?

«Nous observons une tendance à la consolidation des acteurs de la banque privée depuis environ cinq ans, du fait de la hausse de la réglementation et des coûts, associée à des taux d’intérêt bas. Certains acteurs sont en effet «too small to scale», mais il est encore trop tôt pour dire si la crise du coronavirus va amplifier ce phénomène.

Les recrutements se poursuivront-ils au même rythme qu’avant la crise?

«Ils sont aujourd’hui très limités à certains profils, pour des fonctions IT ou très spécialisées. Les banques ne vont pas forcément atteindre leurs objectifs financiers annuels et ont également accéléré la réorganisation de leur fonctionnement.

Le faible niveau de recrutement est la conséquence d’une certaine forme de prudence, tant qu’il y a encore peu de visibilité sur les mois à venir.»