ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

un leader mondial au Luxembourg

B Medical Systems, aux avant-postes de la lutte



Dans les ateliers de B Medical Systems, à Hosingen, le CEO, Luc Provost, a mis son imprimante 3D au service de la production de visières, ses super-réfrigérateurs médicaux à celui d’un projet européen d’utilisation du plasma contre le coronavirus, et offrira aujourd’hui au CHL 400 masques que ses acheteurs ont acquis à l’international. (Photo: B Medical Systems)

Dans les ateliers de B Medical Systems, à Hosingen, le CEO, Luc Provost, a mis son imprimante 3D au service de la production de visières, ses super-réfrigérateurs médicaux à celui d’un projet européen d’utilisation du plasma contre le coronavirus, et offrira aujourd’hui au CHL 400 masques que ses acheteurs ont acquis à l’international. (Photo: B Medical Systems)

B Medical Systems, le leader mondial du froid médical et du stockage et transport de vaccins basé au Luxembourg, donnera ce mardi 400 masques FFP2 au CHL. Une des implications du groupe dirigé depuis Hosingen par Luc Provost et dont l’activité est aux avant-postes de la lutte contre le Covid-19.

«Je ne sais pas comment les remercier, mes équipes sont formidables. Ce n’est pas la première fois, mais cette crise a une fois de plus démontré leur flexibilité et leur dévouement. À chaque fois qu’on est face à une situation pareille, ils répondent toujours présent!»

Ancien business developer d’Electrolux pour l’Europe et l’Europe de l’Est au début des années 2000, Luc Provost  est un capitaine d’industrie qui a compris la valeur de l’humain dans la tourmente. Devenu CEO quand la société a pris le tournant B Medical Systems, il s’implique, il explique, il essaie d’être transparent sur l’organisation d’une entreprise en temps de pandémie et dont l’activité est primordiale pour le secteur de la santé.

«Pour éviter la propagation de rumeurs, on s’est attachés à des faits et à expliquer la dimension rationnelle de nos décisions. Nous avons fait cela avec la délégation du personnel pour parler d’une seule voix et ne pas avoir de discussions sans fin. Du coup, au niveau de l’absentéisme, on a souffert, mais beaucoup moins que ce que nous avions redouté», dit le chef de cette pépite luxembourgeoise, numéro un mondial des congélateurs et réfrigérateurs de produits médicaux, mais aussi de solutions de stockage et de transport des vaccins. 

Des «plans B» organisés très tôt

«Nous sommes 210 personnes, du Brésil à l’Asie, dont 40 à 65% d’ouvriers qui sont toujours présents. Une bonne capacité de production, à condition d’avoir les matières premières pour nos produits. Nous avions déjà mis en place une approche de gestion du risque au niveau des approvisionnements, bien avant la crise. Celle-ci nous a quand même surpris par sa dimension géographique très large. Sur certains composants critiques, nos fournisseurs A et B se trouvaient malheureusement en Italie. Là, on a dû trouver d’autres solutions. Seulement, comme on est dans le milieu médical, ce n’est pas évident: tous nos appareils ont un marquage CE ou pour les États-Unis. On ne peut pas remplacer un composant par un autre. Ils doivent respecter les normes médicales auxquelles nos appareils sont soumis.»

L’entreprise de Hosingen emploie 210 personnes, du Brésil à l’Asie, un mini-monde à l’échelle du Luxembourg, dit le CEO. (Photo: B Medical Systems)

L’entreprise de Hosingen emploie 210 personnes, du Brésil à l’Asie, un mini-monde à l’échelle du Luxembourg, dit le CEO. (Photo: B Medical Systems)

Heureusement, l’entreprise peut compter sur son centre de recherche et de développement situé dans la commune du nord du Luxembourg.

«En plus, nous avons quatre décennies d’histoire, ici au Luxembourg, nous sommes bien connus auprès des fournisseurs. Nous sommes considérés comme un bon client.» Alors les fournisseurs font un «effort supplémentaire parce que nos produits sont critiques pour le monde médical, pour les hôpitaux, pour les cliniques, pour les centres de recherche. Par exemple, les congélateurs -80°C sont livrés chez GSK, chez Sanofi, à l’Institut Pasteur. Ce sont ces noms qu’on entend aujourd’hui tous les jours, qui travaillent sur les solutions à venir à la crise.»

Le plasma, un pari luxembourgeois et européen

B Medical Systems se tient prêt à prendre sa part dans un autre projet qui a un ancrage au Luxembourg. «Le CHL et la Croix-Rouge luxembourgeoise participent à un projet européen pour soigner des patients avec du plasma par transfusion pour utiliser les anticorps des patients guéris. Là, nous avons des produits qui sont uniques au monde: nos surgélateurs rapides à plasma congèlent le plasma en 30 minutes au lieu de plus de 24 heures pour d’autres solutions. Nous avions des équipements en stock pour aider les deux luxembourgeois à monter en puissance sur ce projet, la collaboration se met en place», raconte le CEO.

Plus le plasma est congelé vite, meilleures sont ses caractéristiques pour lutter contre le coronavirus. Avec une idée inédite: créer une banque de plasma au CHL pour les besoins futurs. (Photo: B Medical Systems)

Plus le plasma est congelé vite, meilleures sont ses caractéristiques pour lutter contre le coronavirus. Avec une idée inédite: créer une banque de plasma au CHL pour les besoins futurs. (Photo: B Medical Systems)

«Plus rapidement vous parvenez à congeler le plasma, meilleures sont ses caractéristiques médicales. Avec un plasma congelé rapidement, au lieu de transférer deux ou trois poches auprès d’un patient, vous allez pouvoir avoir le même bénéfice médical avec une seule poche. Avec nos congélateurs, vous pouvez également stocker ce plasma pendant des mois. C’est aussi l’intérêt du partenariat avec le CHL: pour l’instant, il ne fait pas beaucoup de stockage, mais il va pouvoir mettre en place une base de plasma disponible pour des besoins futurs.»

La crise accentue-t-elle la pression sur cet acteur méconnu de la santé au Luxembourg? «Pas encore, mais on voit des mouvements intéressants. On peut à la fois être un acteur très intéressant pour la recherche, dans tout ce qui est soins, dans l’immédiat, avec les transfusions de plasma, mais aussi dans la perspective de l’arrivée d’un vaccin dans quelques mois: nous sommes le leader mondial du stockage et du transport de vaccins. Dans le monde entier», explique M. Provost.

L’Afrique, sans eau ni savon...

«On est sur les trois aspects et on est actifs dans les trois domaines. Même si nous sommes dans l’ombre des équipements médicaux, que ce soit des masques ou des respirateurs, sans congélateur à -80°C, vous n’auriez pas de recherche; sans congélateur à plasma, vous ne pourriez pas soigner des gens à grande échelle. Aujourd’hui, avec le vaccin, on parle surtout de l’Europe, de l’Asie et des États-Unis, les territoires les plus touchés, mais quand le coronavirus va arriver dans les pays à faibles revenus en Afrique, la crise risque d’être beaucoup plus sévère que ce que nous connaissons aujourd’hui. L’accès à l’eau potable et au savon n’est pas garanti, alors imaginez les conséquences que la crise peut avoir là-bas. C’est un des territoires où nous sommes les plus actifs. Nous avons des solutions solaires. Même dans un village très éloigné des centres de décision, nous pouvons arriver à des soins de qualité avec ces systèmes solaires.»

«Il y a une conscience collective qui motive. Sauver des vies est quelque chose qui leur tient à cœur. On ne fabrique pas des allumettes, mais des produits qui changent la vie. Par exemple, le Nigeria est le pays le plus contaminé au monde au niveau de la polio. Avec notre gamme de frigos solaires pour les vaccins, il n’y a plus d’infections liées à la polio depuis deux ans. Quand on pense que des enfants sont handicapés à vie à cause de cela, oui, ça nous rend fiers. C’est du concret!»

«On est fortement soutenus par les ministères et par les ambassadeurs à l’étranger puisque, le Luxembourg n’ayant pas beaucoup d’industries, on a très facilement accès à eux. Ça nous aide énormément. Par contre, vu notre taille, il n’y a pas encore assez d’intérêt pour notre entreprise. On parle beaucoup de l’Arbed, de SES ou du secteur financier au Luxembourg, mais l’industrie médicale, même lorsque nous sommes leaders mondiaux dans notre domaine, on est très très peu mis en avant», glisse-t-il sans amertume.

Pas le genre à vouloir jeter un froid, pourtant son core business.