ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

La 5G au Luxembourg (3/5)

L’autre triple A: antennes, autorisations et arrangements



Sans attendre les enchères, les opérateurs luxembourgeois ont parfois installé des antennes multibandes, qui leur ont permis d’obtenir une autorisation. D’autres devront passer par la procédure «commodo». (Photo: Shutterstock)

Sans attendre les enchères, les opérateurs luxembourgeois ont parfois installé des antennes multibandes, qui leur ont permis d’obtenir une autorisation. D’autres devront passer par la procédure «commodo». (Photo: Shutterstock)

Pour «offrir» la 5G, les trois opérateurs luxembourgeois vont devoir au minimum adapter leurs antennes. Et peut-être recommencer les demandes d’autorisation en vertu de la loi dite «commodo», prévient l’Administration de l’environnement.

Après 38 tours d’enchères, contre près de 500 en Allemagne, tout le monde, comme dans l’École des fans, a gagné: 2x10MHz dans la bande des 700MHz pour chacun des trois opérateurs candidats retenus et une fois 120MHz dans celle de 3,6GHz pour Post, en plus.

De quoi se préparer à couvrir 10 sites sur le territoire de la commune de Luxembourg avant la fin de l’année – l’ambition européenne est une ville par État membre – et assurer une couverture nationale pour 2025 au maximum. Pour les trois opérateurs, en réalité, une course de vitesse s’est engagée pour convertir le plus de clients possible à la 5G dans un temps le plus court, à condition de pouvoir effectivement délivrer la vitesse et la latence de la 5G.

Ils n’ont pas attendu la fin des enchères, qui ne leur auront coûté que 41,3 millions d’euros, pour se pencher sur la question. Parce qu’au Luxembourg, la loi «commodo» impose qu’ils obtiennent une autorisation préalable – le mot compte – à l’utilisation de leurs antennes et que cette procédure peut durer de 12 à 18 mois. L’Administration de l’environnement affirme qu’elle se prépare depuis un an à accélérer le mouvement pour la 5G, alors que les pétitions se succèdent à la Chambre des députés, signe visible d’une certaine inquiétude de la population.

Un nombre inconnu d’antennes…

Comment se rendre compte que les opérateurs ont déjà anticipé le mouvement? En consultant le cadastre hertzien, qui est aux opérateurs de télécoms ce que le cadastre est aux agents immobiliers. Y sont recensés tous les sites qui ont obtenu une autorisation et toutes les antennes qui sont installées sur ces sites.

Selon le cadastre, il existe au Luxembourg 1.152 «stations de base de télécommunication» – ou 755 «sites radiotechniques de téléphonie», précise l’Administration de l’environnement. Car si le registre donne à Post une légère avance avec 452 stations de base, contre 379 pour Tango-Proximus et 321 pour Orange, la situation est légèrement plus complexe.

Pour connaître le nombre précis d’antennes par opérateur, il faudrait éplucher les 1.152 autorisations et en même temps savoir quel opérateur «loue» combien d’antennes à ses concurrents dans des sortes de «gentlemen’s agreements», dont les deux mérites sont de limiter le nombre d’antennes et de diminuer d’autant les investissements nécessaires. Même l’administration ne s’est pas amusée à l’exercice, répond-elle.

Interrogée sur ce sujet par Paperjam, elle explique que «dans des régions rurales et peu peuplées, certains sites comptent une seule antenne ‘omnidirectionnelle’ par opérateur. Dans des secteurs protégés, comme le Grund par exemple, sont parfois aussi installées de petites antennes omnidirectionnelles pour éviter une floraison d’antennes. Pour la plupart des sites sont installées des antennes sectorielles, les fameuses boîtes blanches rectangulaires. Si, en général, elles sont trois par site, de nombreux sites vont jusqu’à six antennes, pour un même opérateur.»

99,8% des émissions inférieures à la limite

Toujours selon l’administration, «la 5G via la bande des 700MHz peut être émise via des antennes qui existent déjà», les antennes multibandes qui permettent d’exploiter plusieurs fréquences en même temps (700, 800, 900, 1.800 2.100 et 2.600MHz), antennes que les opérateurs ont installées déjà depuis un certain temps.

Ce ne sera probablement pas le cas des antennes pour la partie 3,6GHz, en général à trois par site, et qui devront probablement avoir une nouvelle autorisation. Mais leur intérêt est d’utiliser la mMimo (pour «massive multiple-input multiple-output»), qui dirige le signal seulement vers l’endroit nécessaire et qui permet à la fois de réduire les émissions électromagnétiques et la consommation d’énergie.

Selon le règlement du 10 mai 2012, «les sites d’installations radiotechniques fixes, dont la somme des puissances maximales fournies à l’entrée des antennes est supérieure ou égale à 50W, sont soumis à autorisation préalable». Il en est de même pour toute modification du site. «Par ‘modification’», précise l’administration, «on entend: l’ajout de nouvelles fréquences, la modification des puissances, la modification des directions de rayonnement et le changement d’antennes».

Cette nouvelle autorisation est en partie délivrée par le ministre de l’Énergie et en partie par le ministre du Travail. Le premier doit composer avec une valeur limite pour l’exposition aux ondes électromagnétiques: l’apport au champ électrique global de chaque élément rayonnant dans les lieux où peuvent séjourner des gens doit être inférieur à 3 volts par mètre.

Les opérateurs qui veulent fournir de la 5G doivent être le plus près possible des bassins de population, en attendant que se présentent d’autres enjeux, comme la voiture autonome ou l’industrie 4.0. Mais peuvent-ils respecter la limite fixée au Luxembourg à 3 volts par mètre, soit 1% de la valeur européenne? Cette valeur mesure l’intensité du champ électrique et est ici beaucoup plus restrictive que dans d’autres pays, alors que d’autres poussent leur gouvernement à diminuer à 0,6 volt par mètre au nom du célèbre principe de précaution.

La limite d’exposition aux ondes est de 3 volts par mètre. 99,8% des mesures y sont inférieures. (Source: Administration de l’environnement)

La limite d’exposition aux ondes est de 3 volts par mètre. 99,8% des mesures y sont inférieures. (Source: Administration de l’environnement)

En 2018 et 2019, l’administration a procédé à 481 mesures: 99,8% de celles-ci étaient inférieures à la valeur limite luxembourgeoise. Les deux tiers étaient même inférieurs à 0,5 volt par mètre, la limite visée par certains activistes français. L’autorité de contrôle française arrive sensiblement aux mêmes résultats , mais note que la part de la téléphonie mobile dans cette exposition est de plus en plus importante.

Le «slicing», la nouvelle poule aux œufs d’or

L’autre aspect qui compte pour les opérateurs dans leur choix d’infrastructure est le «network slicing» ou découpage du réseau en tranches.

Tout le monde n’a pas besoin d’avoir des vitesses très élevées ou des latences très faibles tout le temps et ils pourraient vendre ces deux possibilités, à des cas spécifiques encore largement à imaginer, pour gagner plus d’argent sans trop toucher à la neutralité du net. La neutralité qui veut que quiconque soit servi dans les mêmes conditions quand il s’agit d’avoir accès à internet.

La voiture autonome et la médecine de précision, par exemple, auront forcément besoin d’une latence aussi faible que possible; l’industrie 4.0 aura plutôt besoin d’échanger de gros volumes de données pour optimiser sa production ou sa consommation d’électricité, par exemple.

Pour aller plus loin sur cette question, le Cross Talk repris par IEEE aborde une autre question spécifique: la place du régulateur dans cette 5G à la carte en fonction de ce que le client est prêt à payer. Ericsson, en passe de devenir le fournisseur le plus populaire d’équipement pour les opérateurs en Europe, est un spécialiste de cette question .