ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Cybersécurité

Un cadeau d’anniversaire très attendu



Le Luxembourg, qui entend devenir le coffre-fort digital de l’Europe, ajouterait une belle ligne à sa carte de visite en accueillant le futur Centre européen de compétences en cybersécurité. Décision début novembre. (Photo: Shutterstock)

Le Luxembourg, qui entend devenir le coffre-fort digital de l’Europe, ajouterait une belle ligne à sa carte de visite en accueillant le futur Centre européen de compétences en cybersécurité. Décision début novembre. (Photo: Shutterstock)

Le cadeau d’anniversaire pourrait arriver avec une semaine de retard, mais personne n’y trouvera rien à redire: pour ses 20 ans, le monde de la cybersécurité luxembourgeoise accueillerait avec joie l’installation au Luxembourg du nouveau Centre européen de compétences en cybersécurité.

Pascal Steichen est devenu ambassadeur. Le directeur de Cybersecurity Luxembourg a profité du lancement du Mois européen de la cybersécurité pour aller à Paris et à Berlin vanter les charmes du Luxembourg, à quelques semaines de la désignation – prévue pour début novembre – du pays hôte du futur Centre européen de compétences en cybersécurité.

«A perfectly connected host for the European Cybersecurity Competence Center (ECCC)», assure la plaquette d’une cinquantaine de pages qui a été préparée avec les promoteurs du Nation Branding face à une compétition diplomatique tendue, depuis la fin de l’été. Espagnols, Belges, Lituaniens, Polonais et Roumains sont engagés dans le même contre-la-montre pour accueillir ce stratégique centre de compétences, qui viendra en complément de l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information (2004).

Une étude de 2018 du Joint Research Centre  a démontré qu’en termes de recherche, l’Union européenne était juste derrière les États-Unis, mais que de la recherche au lancement sur le marché de produits et de services en cybersécurité, l’Europe était à la traîne. La faute à un univers très fragmenté: pas de masse critique des entreprises, difficultés d’accès aux financements des recherches ou du passage en production, absence de synergie entre acteurs qui travaillent régulièrement sur des thématiques sinon identiques du moins voisines.

60 experts et 5 milliards d’euros

Conseil de l’Union européenne, Commission européenne et Parlement européen ont fini par se mettre d’accord sur l’idée de réunir tout le monde pour tenter de donner une longueur d’avance au continent. L’ECCC, une soixantaine d’experts chargés de coordonner tous les acteurs européens, sera doté de 2,8 milliards d’euros pour son installation et de 2 milliards d’euros pour son développement, pris sur les fonds de Horizon Europe et de Digital Europe pour 2021-2028.

«C’est aussi un sujet de souveraineté européenne», explique M. Steichen, cette semaine. «L’Europe se rend compte qu’on utilise des systèmes qui ne sont plus toujours sous notre contrôle, et que cela peut poser des soucis. Ce qui me paraît intéressant à noter est que le sujet de la cybersécurité remonte au niveau européen là où, il y a encore dix ans, on n’en parlait pas du tout!»

Des craintes qui sont omniprésentes dans les sondages européens depuis 2017: 

- 52% des Européens se sentent incapables de se protéger contre les cybercrimes (71% en 2017);

- 52% pensent qu’ils sont assez bien informés sur les menaces;

- La fraude bancaire (carte ou en ligne), les infections par des logiciels malveillants et les vols d’identité sont les trois principales peurs des Européens;

- 77% ne comprennent pas l’intérêt de signaler un problème de cybersécurité;

- et 70% ne signalent pas un problème qu’ils ont rencontré.

Deux résidents luxembourgeois sur trois interrogés dans le cadre de cet eurobaromètre pensent même que l’État est incapable de protéger leurs données.

350.000 experts à trouver rapidement

«L’intérêt de ce centre au Luxembourg», explique encore M. Steichen, «est de coordonner et d’harmoniser les efforts sur trois axes: la recherche, l’innovation industrielle et la formation». Ce dernier point est particulièrement problématique. La Commission européenne estime qu’il manquera au moins 350.000 experts pour faire face aux besoins en 2022.

Que «vend» le Luxembourg dans sa candidature? Sa place parmi les capitales européennes au même titre que Bruxelles et Strasbourg (avec les DG Connect et DG Digit), la présence de la Cour de justice de l’Union européenne et du tout nouveau Parquet européen, l’arrivée annoncée de l’initiative européenne sur le High-Performance Computing et Meluxina, le superordinateur luxembourgeois, dont l’ambition est d’être au service de la recherche et des PME.

Le Luxembourg, 2e mondial et 1 er européen dans l’indice Cisco Digital Readiness derrière Singapour, 11e du Global Cybersecurity Index (2018) , s’était déjà positionné en amont de la création de ce centre européen de compétences en décidant de prendre part à trois des quatre projets pilotes européens d’Horizons 2020: Concordia  et CyberSec4Europe avec l’Université du Luxembourg et  Sparta .

Outre les 250 chercheurs du SnT, à l’Université, Cybersecurity Luxembourg a établi une carte de 304 acteurs de la cybersécurité, dont 74 dont c’est le cœur de métier, les autres venant plutôt dans des fonctions de support ou de logistique, et dont l’expertise peut être tout aussi précieuse.

Alors que le ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP), peaufine avec le CEO du Luxembourg Institute for Science and Technology, Thomas Kallstenius, la mise sur orbite du nouveau Centre européen d’innovation pour les ressources de l’espace – qui sera d’abord un nouveau département du List –, d’autres, plus terre à terre, rêvent d’ajouter cette autre structure de recherche européenne à la carte du Luxembourg. Et dès l’an prochain.

La recrudescence des attaques depuis le début du Covid-19, leur complexité, le recours de plus en plus généralisé au télétravail et, souvent, à des solutions de VPN, ainsi que le boom annoncé des objets connectés sont autant de challenges pour lesquels la communauté luxembourgeoise veut se relever les manches. Et œuvrer avec ses pairs européens.