POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Anne-Cécile Vuillemin (Direction de la Santé)

«Les cas suspects ne sont pas forcément liés au vaccin»



En annonçant des décès suspects et le bilan des effets indésirables, Anne-Cécile Vuillemin assure que la démarche consistait à «rassurer en faisant preuve de transparence et en montrant que le système de surveillance est très rigoureux et qu’il n’y a pas de risques particuliers». (Photo: ministère de la Santé)

En annonçant des décès suspects et le bilan des effets indésirables, Anne-Cécile Vuillemin assure que la démarche consistait à «rassurer en faisant preuve de transparence et en montrant que le système de surveillance est très rigoureux et qu’il n’y a pas de risques particuliers». (Photo: ministère de la Santé)

Trois décès suspects, 13 hospitalisations potentiellement liées à la vaccination… ces chiffres bruts peuvent inquiéter. Mais ils doivent être remis dans le contexte d’une campagne de vaccination massive et d’une surveillance accrue, selon Anne-Cécile Vuillemin, experte en pharmacovigilance.

La ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), a annoncé, mercredi, trois décès suspects, potentiellement en lien avec la vaccination contre le Covid-19, ainsi que trois cas engageant le pronostic vital et 13 hospitalisations, dont sept thromboses . Mais selon Anne-Cécile Vuillemin, experte en pharmacovigilance au sein de la Direction de la santé, ces chiffres sont à remettre dans le contexte d’une campagne de vaccination exceptionnelle, de par son ampleur et le niveau de surveillance mis en place. Les inconvénients des vaccins restent extrêmement rares, et leur bénéfice, indéniable.

1.125 personnes ont déclaré des effets indésirables suite à la vaccination. Comment ces cas sont-ils répertoriés?

Anne-Cécile Vuillemin. – «De manière générale, le système de pharmacovigilance enregistre toutes les manifestations post-vaccinales dans les bases de données. Donc dès qu’on nous informe d’un événement après l’administration d’un médicament ou d’un vaccin et que cela survient dans la chronologie (à savoir après l’injection d’un vaccin, ndlr), alors, nous l’enregistrons. Nous ne rejetons aucun cas. Les seuls cas que nous écartons, c’est lorsque les symptômes surviennent avant la vaccination. Nous sommes donc très, très exhaustifs quant à ce que nous enregistrons. Donc les cas recensés ne sont pas forcément liés au vaccin.

Il faut donc ensuite évaluer le degré du lien potentiel entre l’effet indésirable et la vaccination…

«C’est cela. Nous recontactons les personnes, et nous consultons la documentation. Notre travail est de documenter et d’analyser au mieux. Et, par la suite, de conclure sur le degré du lien, qui peut être douteux, possible, probable ou certain.

Vous avez enregistré 129 cas graves, dont 13 hospitalisations, trois menaces de pronostic vital et trois décès suspects ayant un lien potentiel avec la vaccination. Suite à votre évaluation, le lien avec le vaccin est-il avéré?

«Pour l’instant, nous n’avons aucun cas où le lien avec la vaccination est certain. Sur les 13 hospitalisations, un lien avec le vaccin n’est pas écarté, mais aucune n’a mené à un nouveau signal par rapport à ce qui est attendu pour les vaccins actuellement utilisés.

Qu’en est-il des trois décès suspects?

«Trois cas de décès ont été enregistrés en post-vaccination. Sur deux de ces cas, il s’agit du vaccin de Pfizer-BioNTech, et il y a un biais: ce sont des personnes âgées. Dans ces deux cas, le lien de causalité est donc évalué comme douteux. Pour le troisième cas, une autopsie est en cours .

Plus de 100.000 personnes ont désormais reçu au moins une dose de vaccin dans le pays. L’ampleur de la vaccination n’a-t-elle pas un impact sur le nombre d’effets secondaires graves répertoriés?

«Oui, comme on vaccine beaucoup plus, et sur une courte période, le hasard joue un rôle. Car ce sont des manifestations cliniques qui peuvent survenir en temps normal, hors vaccination. Une de ces personnes âgées serait-elle décédée même sans la vaccination? Le lien avec le vaccin n’est de toute façon pas établi.

Sept cas de thrombose ont été enregistrés. Ce chiffre ne paraît-il pas élevé quand on le compare aux quelques cas de thrombose répertoriés aux États-Unis ou au Royaume-Uni, sur des millions de doses de vaccin injectés?

«On ne parle pas de la même chose. Aux États-Unis, ce sont des cas très spécifiques de thrombose, au sein d’une population particulière, qui sont eux-mêmes issus d’un bien plus grand nombre de thromboses enregistrées.

Sur les 1.125 personnes qui ont présenté des effets indésirables, 996 sont des cas non graves. Quels sont les plus fréquents?

«Pour beaucoup, il s’agit de douleurs au point d’injection. Ou alors de réactogénicité: de la fièvre, des frissons, des douleurs musculaires – des syndromes pseudo-grippaux express, en quelque sorte. Si on enlève tout ça, il ne reste pas grand-chose… Les effets indésirables restent à une fréquence très rare.

Ne sommes-nous pas dans une situation d’hypervigilance par rapport à ces effets secondaires?

«Il y a en effet une surnotification par rapport à une période normale. Les gens les notifient d’ailleurs davantage parce que nous avons stimulé la notification – nous avons notamment beaucoup sensibilisé à la pharmacovigilance, notamment dans les centres de vaccination. Et nous sommes quand même dans un cadre de surveillance renforcée.

Ne craignez-vous pas que les gens se focalisent sur les rares effets indésirables graves, voire les décès suspects, et s’inquiètent?

«L’objectif n’est pas d’effrayer. Notre démarche est au contraire de rassurer en faisant preuve de transparence, en montrant que le système de surveillance est très rigoureux, ce qui permet d’adopter les mesures adéquates en cas de nécessité. Car la plupart des événements enregistrés au Luxembourg ne sont pas graves. Les vaccins en Europe et au Luxembourg sont de bons vaccins.

Surtout, il ne faut pas oublier les bénéfices de la vaccination. Et le fait que le Covid-19 provoque beaucoup de complications graves, beaucoup plus que ce qui pourrait être observé avec les vaccins…»