ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Artisanat

Les artisans au pied du mur



L’artisanat est durement touché par la crise sanitaire actuelle. (Photo: LaLa La Photo, Keven Erickson, Krystyna Dul / Archives)

L’artisanat est durement touché par la crise sanitaire actuelle. (Photo: LaLa La Photo, Keven Erickson, Krystyna Dul / Archives)

Les entreprises artisanales sont confrontées à l’arrêt, aussi brutal sur le plan économique que nécessaire pour des raisons sanitaires, des chantiers. Au-delà des mesures d’aide du gouvernement, les patrons regardent déjà vers une reprise… incertaine.

Avec quelque 7.500 entreprises (en 2018) et 94.000 employés, le secteur artisanal attendait avec une certaine fébrilité les aides du gouvernement suite à la fermeture des chantiers le 20 mars. En coulisses, la Fédération des artisans et la Chambre des métiers ont été associées, comme toutes les instances patronales, à la préparation du programme de stabilisation de l’économie, dont les résultats ont été dévoilés le 25 mars par le ministre des Finances Pierre Gramegna (DP), le ministre des Classes moyennes Lex Delles (DP) et le ministre de l’Économie Franz Fayot (LSAP). «C’est un programme qui reflète, d’une manière générale, la préoccupation à sa juste valeur des problèmes que la crise peut entraîner au niveau de la croissance», pointe Romain Schmit , secrétaire général de la Fédération des artisans.

Le programme de stabilisation de l’économie et ses 8,8 milliards d’aides et de mesures variées (de la garantie sur les crédits aux reports de paiement, en passant par des aides directes) doivent désormais être mis en pratique au plus vite pour que l’hémorragie soit contenue. «Nous allons maintenant entamer le travail d’information auprès des entreprises pour que cela aille le plus vite possible. Nous attendons le retour du terrain pour faire remonter des questions complémentaires», ajoute Romain Schmit. Les discussions entre le patronat et le gouvernement vont donc se poursuivre pour ajuster certains éléments, voire imaginer d’autres mesures.

Le caractère inédit de la crise pousse en effet l’État à innover dans son soutien aux entreprises. «Nous observons par exemple que les 5.000 euros d’aide pour les entreprises de moins de neuf personnes ne s’appliquent qu’aux entreprises qui ont dû fermer et qui sont impactées directement par la crise, mais quid des centres de pédicure ou des agences de communication qui restent ouverts mais qui n’ont plus de clients?, s’interroge Romain Schmit. Dans l’artisanat, les investissements à financer sont lourds, nous devons aussi poursuivre les réflexions sur ce point.»

Crainte en mars, cauchemar en avril

Sur le terrain, les chefs d’entreprise font leurs comptes à l’heure de payer les salaires à la fin d’un mois de mars chaotique. «Nous avons eu la très grande chance que l’ancienne direction ait décidé de créer dans les années 80 un fonds de chômage interne alimenté par une partie de la masse salariale annuelle, nous n’y avions jamais touché», déclare Marc Thein, président du comité de direction de Socom.

L’entreprise fondée en 1971 emploie quelque 700 personnes dans les métiers liés aux travaux électriques, mécaniques, de tuyauterie et de montage. «Nous remercions le gouvernement, qui facilite le chômage partiel et a promis que les factures des entreprises seraient payées tout de suite, ce sont des mesures précieuses pour les prochains mois.»

Or, le mois d’avril va rimer avec un arrêt total de l’activité. «Si on continue le confinement et l’arrêt pendant le mois d’avril, nous aurons peut-être des problèmes différents pour payer les salaires», ajoute Marc Thein, qui envisage d’éventuelles difficultés au départ d’un geste effectué par le gouvernement: une flexibilité accrue pour le paiement de la TVA et au Centre commun de la sécurité sociale: «On peut se retrouver avec une facture énorme à payer par la suite, il faudra voir comment procéder.»

Pour Socom, la décision d’arrêter les chantiers a été prise immédiatement, dès l’annonce du gouvernement. Restent des équipes en poste à la Zithaklinik et au Centre hospitalier Emile Mayrisch, dans ces hôpitaux qui ont bien besoin de toutes leurs infrastructures en temps de crise.

Même désarroi du côté de Genista, née en 2017 de la fusion d’Electro Security et Sanichaufer. L’entreprise devait déménager dans un siège flambant neuf à Fentange. Mais c’est un moindre mal. «Depuis l’arrêt des chantiers, nous n’avons plus de productivité, pas de moyens de facturer et des frais fixes qui continuent de courir, déclare Alain Wildanger, associé de l’entreprise. Nous essayons de clore et de facturer ce que nous pouvons, ou de préparer des chantiers, mais lorsque la production extérieure ne tourne plus, les personnes au bureau ne sont pas non plus occupées.»

Le recours au chômage partiel est aussi arrivé à point nommé chez Genista. Les ministres socialistes Romain Schneider (Sécurité sociale) et Dan Kersch (Travail) ont déclaré que la mesure pourrait représenter une somme allant au-delà des 150 millions d’euros pour l’État, rien que pour le secteur artisanal. «Nous ne voulons toutefois pas laisser tomber les clients dans cette période, précise Alain Wildanger. Nous avons un service de dépannage de 35 collaborateurs en permanence d’astreinte, qui sont en faction chez eux. Ils ne sortent plus que pour leurs interventions. Plus personne ne vient à l’entreprise pour éviter tout risque.»

Solidarité souhaitée

La perspective d’une reprise, les entreprises artisanales l’envisagent de manière concertée avec le gouvernement, qui devra sans doute revenir avec un autre plan de relance. Les prochaines semaines permettront aussi d’aborder la question du congé collectif d’été et de sa pertinence alors que la première partie de l’année s’annonce, sinon désastreuse, du moins compliquée.

Sans compter le retard des chantiers prioritaires pour le pays. «C’est une vue personnelle, mais il me semble évident que nous sommes dans une crise sans précédent et que chacun devra y mettre du sien, notamment au niveau du congé collectif», note Alain Wildanger. Une décision nationale ou au cas par cas? Le débat est lancé. «Une partie de nos ouvriers ne sont pas concernés par le congé collectif, mais ceux qui le sont et avec qui j’ai pu parler font preuve d’une belle solidarité à l’égard du patron, de l’entreprise, dans l’intérêt de tous, appuie Marc Thein. Il ne faut pas abandonner l’idée du congé collectif, mais trouver des solutions au cas par cas avec les délégations du personnel et les syndicats.»

Autre élément de solidarité réclamé par les entrepreneurs: le paiement des factures de la part des clients. «Il serait dangereux de tomber dans un jeu où tout le monde essaie de bloquer la facture de son fournisseur, prévient Alain Wildanger.

Nous essayons de payer nos fournisseurs comme il se doit, nous espérons être payés également par nos clients.» «Tout le monde doit continuer à payer, insiste Marc Thein. Quelqu’un qui arrête de payer ses dettes envers ses fournisseurs fragilise tout le système.» Trésorerie, liquidité, maintien de l’emploi. Les objectifs affichés par le gouvernement dans le programme de stabilisation de l’économie sont en haut de l’agenda des chefs d’entreprise.