PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fintech

Pascal Aerens (cofondateur de Neterium)

«Appliquer les sanctions est très complexe!»



La particularité de Neterium, cofondée par Pascal Aerens, est de répondre au besoin de screening des personnes à risque des grandes banques et des très petites entités. (Photo: Neterium)

La particularité de Neterium, cofondée par Pascal Aerens, est de répondre au besoin de screening des personnes à risque des grandes banques et des très petites entités. (Photo: Neterium)

Le cofondateur et chief product officer de Neterium, Pascal Aerens, apporte un regard éclairé sur la difficulté à appliquer les sanctions internationales. La fintech de screening des personnalités et entités visées entend devenir un leader mondial du secteur d’ici 5 à 10 ans.

«C’est à chaque fois comme ça depuis le 11 septembre 2001! Dès que surgit un événement international, on se rend compte de l’importance de ce sujet réglementaire – vérifier qu’on a un client visé par des sanctions ou potentiellement problématique – qui est à la fois une obligation et quelque chose qui ne rapporte pas.»

Après plus de vingt ans passés sur le sujet, Pascal Aerens a fait de cette habitude le point de départ d’une fintech membre de la Lhoft, Neterium .

Pascal, c’est quoi votre proposition de valeur? Que propose Neterium?

Pascal Aerens. – «Notre solution permet de vérifier au moment d’une transaction ou dans un processus d’onboarding s’il y a une contrepartie, que ce soit des personnes, des entités ou des endroits, qui est référencée dans une liste de sanctions, qui est une personne exposée politiquement ou si elle est considérée négativement dans les médias. Nous sommes capables de fournir une réponse exacte dans les dix millisecondes et quel que soit le volume des transactions que nous devons analyser pour nos clients. Nous avons aussi intégré une signature électronique qui permet à l’établissement bancaire ou au fond de montrer au régulateur ou aux autorités qu’il a fait le job. Et notre API nous permet de répondre à la fois aux besoins de grandes entités – comme d’autres acteurs – ou de petites entités, que ce soit des ManCo ou des fintech.

Oui, parce que dans le cadre des sanctions contre la Russie, au rythme où on va, à coup de centaines de personnes et des changements quasiment quotidiens, beaucoup ne doivent pas suivre…

«Appliquer les sanctions est très complexe. Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Parce que beaucoup d’entités travaillent sur des développements incessants depuis 30 ou 40 ans, parce qu’il y a des paiements instantanés, les cryptos, les paiements sur mobile. Je trouve que les sanctions sont devenues un sujet très technologique. Autrefois, c’était un sujet légal. Or c’est plus facile de trouver un avocat que de trouver un informaticien. Il y a aussi des problématiques liées à la langue, comme on peut le voir en ce moment avec le cyrillique, qui nous valent des prises de contact avec des banques américaines en ce moment…

Ce qui n’est pas banal pour une fintech luxembourgeoise…

«Ça montre qu’il y a un problème opérationnel. Nous intégrons les listes de sanctions internationales, au niveau de l’Onu, puis continentales, comme les sanctions américaines ou européennes et les sanctions nationales. On voit que les sanctions internationales sont très catégorisées, ce qui permet de mieux les appliquer. À condition de le vouloir. Vous avez aussi des entités qui ont un appétit au risque.

Les oligarques russes sont aussi un exemple intéressant parce qu’ils se cachent non seulement derrière des structurations complexes mais font intervenir leurs proches…

«Oui c’est complexe et les tags sont très précieux. Le problème est le manque de transparence financière…

Oui mais parfois, ça peut s’expliquer par des raisons très pertinentes, liées à la culture locale, aux relations entre les parents et les enfants, il y a 1.000 raisons…

«À ce moment-là, le fait que vous ayez 156 structures doit quand même amener à se poser des questions. Le système et les processus ne sont jamais mauvais en eux-mêmes, ce sont les abus qui sont problématiques.

Donc vous êtes en temps réel, sur toutes les listes de sanctions. Certaines sociétés qui commercialisent ce genre de données doivent vous détester…

Nous sommes une API, vendue à certaines plate-forme et on voit plutôt que les vendeurs de données nous sont plutôt reconnaissants à la fois de pouvoir corriger leurs erreurs mais aussi de les aider à les rendre plus pertinentes.

Quelle est votre ambition? Vous êtes combien? Parlez-nous de vos clients?

«Nous avons crée la fintech en 2017 à deux ou trois. Nous sommes aujourd’hui 15 et nous n’avons pas vraiment à voir avec la start-up traditionnelle parce que nous avons tous au moins vingt ans d’expérience dans ce domaine de niche. Nous n’avons pas vraiment eu besoin d’aller lever des capitaux pour notre développement et nous visons le million d’euros de chiffre d’affaires cette année et d’être le leader mondial ou parmi les leaders mondiaux d’ici 5 à 10 ans. Dans nos clients, nous avons des solutions comme Altares, Acuris, Iban First ou Cascade au Luxembourg. Nous n’allons pas vendre au client final. Ce qu’on constate, c’est que si dans le secteur bancaire, il faut 24 à 48 mois pour se décider, de grands acteurs ont commencé à chercher des solutions de remplacement à ce qu’ils utilisaient. Ça peut les aider comme ça peut aider les petits acteurs qui proportionnellement font davantage d’efforts pour être en règle.»

Cet article est issu de la newsletter hebdomadaire Paperjam Trendin’, le rendez-vous pour suivre l’actualité de l’innovation et des nouvelles technologies. Vous pouvez vous y abonner en cliquant ici.