PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

analyse

Guy Wagner (BLI): «Le rôle de l’État dans l’économie augmentera»



Guy Wagner estime que les banques centrales n’auront d’autre choix que de maintenir les taux bas pour une longue période. (Photo: Banque de Luxembourg)

Guy Wagner estime que les banques centrales n’auront d’autre choix que de maintenir les taux bas pour une longue période. (Photo: Banque de Luxembourg)

Dans un contexte où, malgré l’optimisme ambiant, les investisseurs devront prendre plus de risques pour aller chercher du rendement, le chief investment officer de la BLI (Banque de Luxembourg Investments) conseille de s’intéresser aux secteurs de la consommation de base et de la santé.

Il y a en ce début d’année sur les marchés un consensus plein d’optimisme, selon la dernière analyse de Guy Wagner. «Les investisseurs prévoient une reprise économique avec un rebond des bénéfices des entreprises et s’attendent même à ce que les banques centrales restent généreuses et les taux d’intérêt très bas», peut-on lire sur son blog. En indiquant qu’en cas de creux, ces prévisions optimistes soulignent les principaux risques pour les marchés boursiers.

Le premier est celui d’une reprise économique décevante, voire absente. Guy Wagner doute ouvertement du scénario dit de rattrapage dans lequel les agents économiques vont se précipiter pour dépenser tout ce qu’ils n’ont pu dépenser en 2020.

Quant au second, celui d’une remontée des taux obligataires, alors même que les banques centrales maintiennent leur politique monétaire accommodante, il est en train de se réaliser.

«C’est ainsi qu’aux États-Unis, le taux à 10 ans est passé de 0,9% à 1,2% depuis le début de l’année. Cette remontée traduit justement les anticipations de reprise économique, mais elle reste aussi le reflet d’un environnement potentiellement plus inflationniste à moyen et long termes. Jusqu’à présent, cette progression est trop faible pour inquiéter les marchés boursiers, mais si elle devait se prolonger, la situation pourrait changer», indique-t-il.

Des banques centrales contraintes aux taux bas

Quant au risque que les banques centrales deviennent moins accommodantes, il le juge négligeable. Pour lui, les politiques monétaires très expansives des banques centrales ont contribué au ralentissement structurel de la croissance, au surendettement des économies et à la déflation.

La pandémie a changé la donne en obligeant les politiques budgétaires à – enfin – prendre le relais. «Le rôle de l’État dans l’économie augmentera, et l’économie de marché continuera à faire place à une économie planifiée.» La conséquence est que malgré leur indépendance revendiquée, les banques centrales vont être contraintes «de maintenir un environnement propice dans lequel le financement des déficits budgétaires ne rencontre aucun problème.» Autrement dit, les taux directeurs vont rester bas et tout sera fait pour que les taux obligataires le restent également.

Des investisseurs contraints au risque

Pour les investisseurs, les placements monétaires et obligataires traditionnels ne présentent plus que très peu d’intérêt. «Les rendements de ces placements sont pratiquement certains d’être négatifs en termes réels», estime Guy Wagner. Pour qui les placements généralement considérés comme les moins risqués, car les moins volatils, devraient progressivement être délaissés au profit de placements plus risqués, car plus volatils.

L’alternative pour les investisseurs contraints, pour avoir du rendement, à prendre plus de risques est les actions. Une option qui a ses inconvénients. Dont la principale est le niveau très élevé des multiples de valorisation. La solution pour les investisseurs est d’adopter une approche sélective, afin de séparer les segments du marché actions surévalués, voire valorisés de façon absurde, de ceux qui en l’absence de «frénésie des investisseurs» gardent une valorisation raisonnable.

Quels sont donc aujourd’hui les segments délaissés à l’intérieur des marchés boursiers? Il écarte les secteurs des banques, des matières premières ou les valeurs très cycliques qu’il juge confrontés à de sérieux problèmes structurels que la pandémie a renforcés au profit des secteurs plus défensifs de la consommation de base et de la santé.

Pour lui, les résultats des entreprises de ces secteurs sont d’abord moins sensibles à la conjoncture. Ensuite, elles disposent d’une capacité plus importante à augmenter leurs prix de vente étant donné le caractère souvent essentiel des produits qu’elles vendent. Ce qui leur permet de servir des dividendes réguliers et en augmentation sur le long terme et offrant donc une certaine protection contre l’inflation.