PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

VOUS AVEZ DIT CRISE? (4/7)

L’absence de grands déséquilibres limite les risques



257287.jpg

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne)

Les experts l’annoncent pour bientôt, les professionnels du secteur s’y préparent. La prochaine secousse financière est-elle vraiment inévitable? La réponse d’Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg.

Ce mois-ci, les États-Unis entrent dans la plus longue expansion économique de leur histoire. En effet, ce pays n’a plus connu de récession économique depuis 2009, alors que la zone euro a traversé la crise de la dette souveraine de 2012-2013. L’expansion américaine actuelle fut toutefois bien plus molle que celles qui ont eu lieu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Selon le dicton «les arbres ne montent pas jusqu’au ciel», toute bonne chose a naturellement une fin. Sommes-nous, dès lors, à la veille d’une importante récession économique mondiale? Un autre dicton stipule que le cycle économique ne meurt pas de vieillesse. Autrement dit, il doit y avoir un élément déclencheur pour qu’une récession survienne.

L’analyse des causes des contractions économiques passées à travers différents pays nous enseigne quelques leçons. La première est que les crises aiguës ont souvent été précédées de déséquilibres macroéconomiques importants. Parmi ceux qui ont déjà causé des crises économiques, soulignons l’endettement excessif du secteur privé et le surinvestissement dans un secteur particulier de l’économie.

Pour qu’une crise mondiale se déclenche, il doit exister des déséquilibres économiques importants, qui semblent aujourd’hui absents.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Par exemple, la frénésie immobilière – et l’endettement des ménages qui l’accompagne généralement – fut la source de la crise japonaise du début des années 90, de celle de l’Espagne en 2012 et de la dernière crise mondiale de 2008. Ces récessions sont souvent les plus profondes, car le secteur bancaire est exposé à une vague d’insolvabilité des créditeurs.

Une politique monétaire qui devient trop restrictive dans le but de combattre l’inflation dans une économie en surchauffe peut être un autre élément déclencheur d’une récession économique. Si cette situation n’est pas accompagnée de déséquilibres économiques majeurs, la récession qui s’en suit est généralement bénigne.

Le troisième cas de figure est la survenance d’un événement externe imprévisible, comme un choc pétrolier ou une guerre qui détruit l’outil de production. 

Même s’il est vrai que l’endettement public dans le monde développé peut poser problème à long terme, la dette publique élevée ne constitue actuellement qu’un risque limité étant donné que le coût de la dette est très faible. Le Japon, qui a le taux d’endettement public le plus élevé au monde, n’éprouve aucun problème à refinancer sa dette dans ce contexte de taux d’emprunt extrêmement bas, voire négatifs.

Certains risques non négligeables persistent pour l’économie mondiale, tels que le protectionnisme américain et la possibilité d’un Brexit sans accord.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

En somme, pour qu’une crise mondiale se déclenche, il doit exister des déséquilibres économiques importants, qui semblent aujourd’hui absents. À l’exception de quelques pays (Canada, Australie, pays nordiques), l’endettement du secteur privé reste contenu. De plus, les principales banques centrales du monde se trouvent dans une optique de baisse de taux, alors même que la politique monétaire n’est pas encore devenue restrictive.

 Cependant, certains risques non négligeables persistent pour l’économie mondiale, tels que le protectionnisme américain et la possibilité d’un Brexit sans accord. Si ces risques venaient à se matérialiser, ils devraient néanmoins plutôt secouer l’économie mondiale que la faire sombrer.

Enfin, même si elle n’a pas atteint des niveaux alarmants, une dette privée relativement élevée peut être un autre risque en période de tassement de l’activité économique.