ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Technologie multimédia

Voyage dans le monde des «fake news» avec un spécialiste belge



Le nombre de ces vidéos truquées est en constante augmentation. (Photo: Shutterstock)

Le nombre de ces vidéos truquées est en constante augmentation. (Photo: Shutterstock)

Le journaliste et documentariste belge Tom Van de Weghe était au Luxembourg, mercredi dernier, afin d’évoquer les «deepfakes» lors d’une conférence de presse passionnante. L’occasion d’évoquer ce qui risque d’être un des fléaux des prochaines années.

Les «deepfakes», ces vidéos truquées hyper réalistes dans lesquelles des personnalités tiennent des propos jamais prononcés ou commettent des actes jamais réalisés dans la réalité, sont en pleine expansion ces dernières années. Dans les films, les émissions de télévision ou les shows humoristiques, mais aussi dans le domaine de l’information, ou plutôt de la désinformation, où beaucoup les considèrent comme l’avenir de la «fake news». C’est de ces «deepfakes» que le journaliste belge Tom Van de Weghe est venu parler mercredi lors d’une conférence donnée du côté de Neumünster.

 «Une des plus grandes menaces qui nous guettent en termes de sécurité.» Voilà comment Van de Weghe a introduit son exposé sur ce terme de «deepfake», apparu voici désormais trois ans, contraction de «deep learning» (apprentissage profond, une forme d’intelligence artificielle) et «fake news». Et il en connaît un rayon sur la question, ce journaliste néerlandophone, lui qui, à côté de ses casquettes de reporter et de documentariste (déjà récompensé), est également chercheur au sein de l’université de Stanford dans le domaine des «deepfakes» et de l’intelligence artificielle qui y est associée.

De moins de 100 à plus de 100.000 vidéos en trois ans

Dans le cadre de ses recherches, il a ainsi pu constater le nombre exponentiel d’apparitions de ces vidéos ces dernières années. Alors qu’on en répertoriait moins de 100 fin 2017, on en est désormais, en 2021, à plus de 100.000. Et ce principalement aux États-Unis et en Grande-Bretagne dans les domaines de l’entertainment et de la mode. Mais la politique et le monde des affaires ne sont pas épargnés et risquent d’être encore plus durement touchés dans le futur. Qui plus est qu’aujourd’hui, il n’y a plus besoin d’être un petit génie de l’informatique pour réaliser des «deepfakes» plus vraies que nature. «On trouve même des tutoriels sur Youtube pour vous expliquer comment faire…», expliquait ainsi Tom Van de Weghe, mercredi.

Il n’est pas très compliqué de comprendre à quel point ces ‘deepfakes’ peuvent se transformer en arme.

Tom Van de Weghe,  journaliste/chercheur

Recréation de voix, animation d’un visage tiré d’une photo… Cette technologie avance chaque jour un peu plus. Photo à l’appui, le natif de Gand a ainsi prouvé qu’il n’était plus possible aujourd’hui de faire la différence entre une «vraie photo» et une autre produite par intelligence artificielle. Ce dont certains profitent à des fins qui peuvent être nuisibles. Telle la multiplication des faux profils sur les réseaux sociaux. Le journaliste natif de Gand évoquant l’exemple des nombreux comptes pro-Trump, ou celui apparu ces derniers jours de la création du côté de la Russie d’une fronde anti-Alexeï Navalny.

 «Imaginez des soldats américains mettant le feu à un Coran»

«On doit bien avoir en tête que les ‘deepfakes’ ont le potentiel nécessaire pour causer de graves nuisances personnelles et sociétales», a encore enchaîné le natif de Gand. «Il n’est pas très compliqué de comprendre à quel point ces ‘deepfakes’ peuvent se transformer en arme (…) Imaginez une vidéo de soldats américains mettant le feu à un Coran dans un pays du Moyen-Orient. Suivie de celle d’un imam qui pousserait à la vengeance…» Effectivement, les conséquences pourraient être dramatiques. Et dans une société où démêler le vrai du faux est de plus en plus compliqué, le risque d’érosion de la vérité est une grande menace.

C’est de tout ça, mais également des possibles réponses à y apporter, qu’a parlé Tom Van de Weghe plus d’une heure durant. Une conférence passionnante à (re)découvrir ci-dessous. Mais attention, après l’avoir regardée, vous risquez de ne plus vraiment voir le monde de la même façon.