PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Robert Scharfe (CEO de la Bourse de Luxembourg)

«Les volumes de transactions ont fortement augmenté»



Robert Scharfe, CEO de la Bourse de Luxembourg, explique comment il gère le quotidien dans le contexte actuel. (Photo: Matic Zorman / Archives)

Robert Scharfe, CEO de la Bourse de Luxembourg, explique comment il gère le quotidien dans le contexte actuel. (Photo: Matic Zorman / Archives)

Robert Scharfe, CEO de la Bourse de Luxembourg, parvient à faire fonctionner une place boursière totalement à distance, dans le contexte de la pandémie de coronavirus. Il prépare déjà son institution aux semaines à venir.

Quel est l’impact de cette crise sur votre activité?

Robert Scharfe * – «Notre point fort consiste dans le trading d’obligations, et les volumes de transactions ont fortement augmenté ces derniers jours. Les nouveaux emprunts et les nouvelles cotations ont également atteint des niveaux quasi records.

Il faut donc parvenir à gérer cette hausse d’activité tout en fonctionnant de manière décentralisée, avec les mêmes délais de validation des cotations et des prospectus. Ce qui est pour l’instant le cas!

Comment vous organisez-vous au quotidien?

«97% de nos 175 salariés travaillent à leur domicile. Les personnes qui viennent au bureau assurent la transmission des appels non déviés, le support technique ou encore la réception du courrier, qui est scanné et envoyé aux salariés concernés.

Nous sommes probablement la seule bourse qui soit pleinement opérationnelle sans présence physique! Pour cela, nous nous concertons deux fois par jour avec le comité de direction, car il y a de nombreuses décisions opérationnelles à prendre.

Pendant la première semaine de télétravail, nous avons donc passé beaucoup de temps à gérer les priorités et à réorganiser le quotidien. Échanger en vidéo call est nouveau pour la plupart des collaborateurs. D’une pratique sporadique, c’est devenu une pratique permanente.

Nous avons donc dû les sensibiliser à de nouvelles règles, pour conserver une routine et une attitude professionnelles. Pour ceux qui peuvent se sentir isolés, il est important de continuer à se voir en vidéo, qui a une dimension plus humaine que le simple appel téléphonique.

La décision de télétravailler a été prise assez tôt, ce qui nous a permis de disposer du matériel nécessaire et de le configurer dans les temps. Ce qui représente une très grande performance des équipes techniques.

Nos employés ont d’ailleurs tous un comportement exemplaire. Nous avons notamment beaucoup de jeunes parents qui ont choisi de ne pas prendre leur congé pour raisons familiales et nous sommes flexibles avec les contraintes de chacun, en estimant que même quelques heures de travail par jour sont les bienvenues pour l’entreprise.

Il faut éviter une trop grande dépendance à un seul scénario de crise.
Robert Scharfe

Robert Scharfe,  CEO,  Bourse de Luxembourg

Préparez-vous déjà l’après?

Oui. Nous sommes justement en train de tout organiser en sens inverse pour être prêts pour le retour au bureau.

Mais nous organisons aussi de nouveaux scénarios pour nos plans de continuité d’activité. Il faut par exemple imaginer une configuration dans laquelle les réseaux internet ne tiendraient plus. Dans un cas comme celui-ci et dans un contexte de pandémie, il ne s’agirait pas que tout le monde se retrouve au bureau dans les deux heures…

Il faut éviter une trop grande dépendance à un seul scénario de crise. Toutes les entreprises disposent d’un plan de continuité d’activité. Mais est-il bien configuré? Par exemple, le nôtre était conçu sur la base de locaux de repli. Ce qui ne sert à rien dans la situation actuelle…

Après, assisterons-nous vraiment à un «retour à la normale»? Ou allons-nous en tirer les leçons pour faire évoluer nos organisations et nos habitudes de travail, par exemple en matière de voyages d’affaires ou de télétravail?

Concernant le télétravail, ce n’est pas la preuve que tout le monde peut télétravailler, mais qu’il peut être en tout cas élargi à davantage de salariés. Sur ce sujet, peut-être le gouvernement va-t-il aussi évoluer, ce qui permettrait entre autres de réduire le trafic routier et d’augmenter la productivité…

*L’interview de Robert Scharfe a été réalisée le 20 mars 2020.