POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Rapport annuel

Les violences domestiques «assez stables» 



Taina Bofferding, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a présenté ce jeudi 10 juin le rapport sur la lutte contre la violence domestique pour l’année 2020. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Taina Bofferding, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a présenté ce jeudi 10 juin le rapport sur la lutte contre la violence domestique pour l’année 2020. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Contrairement à d’autres pays comme la France, où la crise sanitaire a fait fortement augmenter les violences domestiques, leur nombre est resté «assez stable» au Luxembourg, selon le dernier rapport annuel présenté ce jeudi 10 juin par Taina Bofferding.

«Il n’y a pas eu un effet Covid et ‘lockdown’ sur les violences domestiques dans notre pays, on observe certes pour l’année 2020 une hausse des interventions des forces de police et une légère hausse des décisions d’expulsion du Parquet, mais la flambée des cas de violences domestiques redoutée dans le cadre de la crise sanitaire a pu être évitée», s’est félicitée  Taina Bofferding  (LSAP), ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et également ministre de l’Intérieur, lors d’une conférence de presse organisée ce jeudi 10 juin, présentant le rapport annuel sur la lutte contre la violence domestique.

En 2020, la police grand-ducale a procédé à 943 interventions, ce qui représente une augmentation de 11,07% par rapport à 2019. Le nombre des expulsions autorisées par le Parquet a été de 278 (265 en 2019). 60,28% des victimes sont de sexe féminin (63,58% en 2019), et 356 victimes sont mineures.

«C’est notamment grâce au dispositif de gestion de crise mis en place en mars 2020, à un cadre institutionnel, légal et procédural performant et au réseau de partenaires engagés qu’une augmentation substantielle de la violence domestique a pu être évitée», ajoute Taina Bofferding. «Mais il y a toujours trop de femmes pour qui la maison est un endroit dangereux.»

Près de 30% de récidives

Ernest Nilles, procureur d’État au Parquet du tribunal d’arrondissement de Diekirch, confirme que «contrairement à la France, où les violences faites aux femmes ont par exemple progressé de 30% pendant le premier confinement, nous réussissons, en faisant coopérer nos services et des asbl, à garder un suivi à la fois avec les victimes, mais également avec les auteurs des violences». Une helpline a aussi été mise en place en avril 2020, joignable 7 jours sur 7 de 12h à 20h au numéro 2060 1060 ou par courriel à l’adresse [email protected]

Dans le contexte des expulsions en 2020, le SAVVD (service d’assistance aux victimes de violence domestique) a enregistré 81 récidives (29,24%), donc des mêmes auteurs qui ont déjà fait dans le passé l’objet d’une ou plusieurs mesures d’expulsion. En 2020, une prolongation de la mesure d’expulsion a été demandée dans 97 cas (35%).

Une coopération avec les asbl

Et si la France a connu ces dernières semaines de nombreux féminicides où des dysfonctionnements et des failles ont été pointés du doigt dans la communication et la coordination entre les services, «au Luxembourg, nous ne fonctionnons pas de la même manière, nous échangeons beaucoup entre les différents services et associations», complète Ernest Nilles. Et le dispositif de gestion de crise mis en place dès mars 2020 prévoit notamment un monitoring hebdomadaire sur l’évolution de la violence domestique, des alternatives de logement en cas de surpopulation des structures d’accueil d’urgence, ou encore la mise en œuvre de campagnes de prévention et d’information sur les réseaux sociaux et dans les médias nationaux.

Une coopération également soulignée par Kristin Schmit, secrétaire générale de la police grand-ducale. «Nous avions vraiment cette crainte de voir les violences domestiques bondir à cause du Covid et des confinements, mais la mise en place du dispositif de gestion de crise a fait que des asbl comme le Riicht Eraus, service prenant en charge les auteurs de violence domestique, ont vu leur travail renforcé.»