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Bilan 

Pas plus de violences domestiques signalées en confinement



En 2019, 849 interventions ont été enregistrées pour violence domestique au Luxembourg. (Photo: Gouvernement luxembourgeois)

En 2019, 849 interventions ont été enregistrées pour violence domestique au Luxembourg. (Photo: Gouvernement luxembourgeois)

Le nombre d’interventions et expulsions pour violence domestique a augmenté d’environ 14% en 2019. Les chiffres sont en revanche restés stables début 2020, malgré le confinement. Les victimes sont, toujours, majoritairement des femmes.

849 interventions policières suivies de 265 expulsions. Taina Bofferding (LSAP) a présenté jeudi 11 juin le rapport du Comité de coopération entre les professionnels dans le domaine de la lutte contre la violence pour l’année 2019, dans les locaux de la police grand-ducale. Bilan: des chiffres en augmentation par rapport à l’année dernière, de 14,88% pour les interventions et de 14,71% pour les expulsions.

Une hausse qui s’explique, en partie, par une libération de la parole selon le gouvernement. Ainsi, l’écart entre interventions et expulsions grandit d’année en année. Par exemple, en 2010, on ne comptait que 589 interventions policières, mais 264 expulsions.

«La police est appelée dès qu’il y a un acte de violence. Elle remet un rapport d’intervention au Parquet qui, au vu de la gravité, décide s’il y a expulsion ou non. À la lecture de ces rapports, on remarque qu’appeler la police est de plus en plus facile, les gens se cachent moins. Heureusement, la gravité des altercations n’a pas augmenté», détaille Laurent Seck, du Parquet auprès du Tribunal d’arrondissement de Luxembourg. La plupart des délits d’expulsion sont des coups et blessures, avec ou sans incapacité de travail. Arrivent ensuite les menaces de mort, et injures.

1.337 victimes

Les expulsions sont provisoires et valent pour 14 jours. Sur les 265 prononcées en 2019, 79 ont été prolongées et 148 ont donné lieu à des jugements relatifs à la violence domestique. Les autres auteurs de violences ont pu recevoir un avertissement ou être envoyés en thérapie, soit chez Riicht Eraus, soit dans un centre spécialisé lorsqu’il s’agit de problèmes de dépendance à l’alcool par exemple. Ce qui suffit rarement, puisqu’ils récidivent. Dans 43,3% des cas d’expulsion, l’auteur présumé était déjà connu pour des faits similaires. Le Comité déplore également trois «affaires d’homicide».

Au total, 1.337 victimes ont été répertoriées au Luxembourg en 2019, 248 de plus qu’en 2018. 192 sont des mineurs et plus de la moitié (63,58%) des femmes. Les auteurs de ces violences se font eux aussi plus nombreux (+17,66%). Ils étaient 1.206 en 2019 et restent majoritairement de sexe masculin (68,32%).

Les victimes peuvent compter sur l’écoute de structures spécialisées. En 2019, le SAVVD (Service d’assistance aux victimes de violence domestique) a effectué 448 consultations et 2.905 appels téléphoniques pour assister les victimes dans le cadre des 265 dossiers d’expulsion qui lui ont été communiqués. De son côté, Riicht Eraus, service de consultation pour les auteurs de violence domestique, a effectué 1.803 consultations.

«Cette tendance à la hausse doit être suivie et observée en permanence», souligne Taina Bofferding. Le Comité, dont font partie la police grand-ducale, les services d’assistance aux victimes et Riicht Eraus, recommande un meilleur retracement des antécédents policiers et judiciaires des auteurs de violences et une professionnalisation des statistiques grâce au nouvel Observatoire de l’égalité. L’État a d’ailleurs alloué un budget de 13 millions d’euros à la lutte contre les violences domestiques en 2020. Ce dernier «augmente chaque année», précise Taina Bofferding.

Pas d’effet confinement

Avec le confinement, on pouvait s’attendre à des chiffres encore plus alarmants en 2020 . Ce n’est pourtant pas le cas: «Les expulsions et les interventions policières provisoires durant la phase aiguë de la crise n’affichent pas d’augmentation substantielle par rapport aux chiffres mensuels retenus des années précédentes», affirme le gouvernement. En mars, on comptabilise 91 interventions et 26 expulsions. En avril, 73 interventions et 19 expulsions. Et en mai, 79 interventions pour 23 expulsions. Alors qu’en 2019, la police est intervenue 71 fois par mois en moyenne et a procédé à 22 expulsions. Le Parquet assure ne pas avoir réduit le nombre d’expulsions à cause du Covid-19 et avoir continué à appliquer la loi de 2003 sur les violences domestiques .

Pour suivre au mieux la situation, le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes a mis au point pendant le confinement et le déconfinement un monitoring hebdomadaire avec le Parquet, les gestionnaires sociaux et la police. Une FAQ «Violence domestique et Covid-19» a été publiée sur le site violence.lu. Les gestionnaires sociaux ont également mis sur pied une helpline commune sous le numéro 20601060 et l’adresse e-mail info@helpline-violence.lu . Ce projet pilote sera évalué et pourrait, peut-être, être prolongé au-delà de la crise.