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Morgan Gromy – Luxexpo the box

«Une large palette de services à la carte»



Morgan Gromy: «Il serait réducteur de considérer Luxexpo The Box comme une infrastructure uniquement.» (Photo: Mike Zenari)

Morgan Gromy: «Il serait réducteur de considérer Luxexpo The Box comme une infrastructure uniquement.» (Photo: Mike Zenari)

Au Luxembourg, l’activité Mice se structure progressivement. Les acteurs du secteur gagnent en professionnalisme et s’organisent pour attirer des événements toujours plus prestigieux. Pour Morgan Gromy, CEO de Luxexpo The Box, les congrès et grandes expositions qui se tiendront à l’avenir au Luxembourg doivent davantage soutenir le développement économique du pays.

Cette interview est parue dans le  Paperjam Plus Mice  d’avril 2019.

Quel regard portez-vous sur le développement de l’activité Mice au Luxembourg?

Morgan Gromy .- «C’est un secteur qui, à l’échelle du Grand-Duché, s’est considérablement structuré et professionnalisé en quelques années. Aujourd’hui, il est animé par la volonté d’évoluer, en se plaçant au service de la stratégie nationale de développement de l’économie dessinée par le gouvernement, et traduite notamment à travers la démarche de nation branding. Cela dit, on peut trouver beaucoup de choses derrière ces quatre lettres. Et le Luxembourg compte une grande diversité d’acteurs qui développent des activités en lien avec chacun des éléments du Mice.

Si l’on parle de Luxexpo The Box, plus particulièrement, quelle est votre place dans cet écosystème?

«Le développement de notre activité se concentre aujourd’hui sur les deux dernières lettres du Mice: le ‘C’, pour conférences et congrès, et le ‘E’, à travers l’organisation de grandes expositions. Notre volonté est de parvenir à développer davantage le volet congrès et conférences, la partie expositions étant déjà bien couverte. Nous voulons aussi proposer davantage des formules mixtes, appelées ‘confex’, entre conférence et salon.

Quelle est l’importance d’une infrastructure comme la vôtre pour le secteur du Mice?

«Il serait réducteur de considérer Luxexpo The Box comme une infrastructure uniquement. Il s’agit d’un lieu avec une équipe de 35 personnes, qui continue de grandir, avec la volonté de permettre à des événements de qualité de voir le jour. Nous mettons en œuvre certaines organisations nous-mêmes, en nous occupant de l’ensemble des aspects. Mais nous plaçons aussi notre savoir-faire au service d’acteurs tiers, désireux de pouvoir proposer un événement au sein de notre lieu et, plus généralement, au Luxembourg. Dans ce contexte, nous proposons une large palette de services à la carte.

« Aujourd’hui, il y a lieu de proposer des événements qui vont permettre au Luxembourg de mieux rayonner à l’international » (Photo: Mike Zenari)

« Aujourd’hui, il y a lieu de proposer des événements qui vont permettre au Luxembourg de mieux rayonner à l’international » (Photo: Mike Zenari)

Qu’est-ce qui est déterminant dans le choix des organisations que vous mettez en place?

«Notre souhait est d’inscrire notre action dans une dynamique plus large de développement économique du pays. Aujourd’hui, il y a lieu de proposer des événements qui vont permettre au Luxembourg de mieux rayonner à l’international, autour notamment des principaux piliers de diversification de l’économie. Au-delà, nous pensons que c’est autour d’axes stratégiques clairs que le développement du secteur Mice doit se structurer. Notre rôle, au-delà de l’organisation d’événements, est de contribuer à la prospérité économique du pays.

Quelle stratégie adoptez-vous pour poursuivre ces ambitions?

«Notre plan stratégique 2019-2022 s’articule autour de trois axes principaux. Le premier vise le développement de la visibilité du territoire. Le second a pour objectif de générer un impact économique réel pour le Luxembourg. Nous avons estimé que, pour l’année 2017, les retombées économiques en lien avec notre activité s’élevaient à 306 millions d’euros. Mais, au-delà de ces retombées, nous nous voyons comme un outil de développement du Luxembourg à l’international, avec la volonté de générer un impact positif à plus long terme. Enfin, le troisième axe de notre plan stratégique vise l’autonomie financière de notre activité.

Concrètement, comment l’économie luxembourgeoise peut-elle mieux rayonner à travers un acteur comme Luxexpo The Box?

«En proposant des congrès ou d’autres grands événements qui vont mettre en avant les atouts de notre territoire, en lien avec les forces du pays. L’Arch Summit, qui vise à faire se rencontrer les start-up et les sociétés corporate, les 3 et 4 avril, illustre bien cette démarche. Le salon Fiber to the Home, dédié à la fibre optique, que nous avons accueilli en 2016, a été une autre opportunité de mettre en avant la haute connectivité du pays. Beaucoup d’autres manifestations en lien avec les secteurs d’activité sur lesquels Luxembourg entend appuyer son développement peuvent être organisées ou prendre leurs quartiers chez nous. Notre outil, aujourd’hui, permet d’accueillir au Grand-Duché des événements et congrès internationaux de 1.500 à 2.000 personnes.

La stabilité du pays est aussi un atout fort.
Morgan Gromy

Morgan Gromy,  CEO,  Luxexpo The Box

Quels sont les atouts du Luxembourg pour attirer de tels événements?

«Il y a d’abord les atouts régulièrement évoqués, que sont le multilinguisme et le multiculturalisme propres au pays. En outre, un événement de 1.500 à 2.000 personnes disposera d’une réelle aura au Luxembourg et offrira le plus souvent aux organisateurs la possibilité d’accéder à des décideurs de haut niveau, notamment aux dirigeants politiques. Un même événement à Paris, par exemple, n’aura pas la même visibilité.

En venant au Luxembourg, les organisateurs accèdent à un statut d’événement international avec beaucoup de facilité. La stabilité du pays est aussi un atout fort. Il faut avoir à l’esprit que l’organisation d’un congrès s’effectue sur une période de trois à six ans. Le porteur du projet qui ambitionne de rassembler des acteurs d’un secteur entier souhaite donc avoir des garanties de sécurité. Il peut les trouver facilement au Luxembourg.

Et sur un plan pratico-pratique, à quoi les organisateurs et les participants sont-ils attentifs?

«Les organisateurs vont généralement évaluer l’accessibilité, la capacité d’accueil, la qualité de l’accueil, le confort, la sécurité, et encore l’architecture de l’infrastructure.

Peut-on procéder à un état des lieux de la situation luxembourgeoise pour chacun de ces critères?

«Si l’on considère l’accessibilité, par exemple, Luxembourg est aujourd’hui bien connecté à toutes les Places européennes. Si l’on vise des événements avec des participants venant de plus loin, ça se complique un peu plus, d’autant que je ne pense pas que Lux-Airport ait vocation à devenir un grand hub international. On sait dès lors sur quelle zone concentrer nos efforts de prospection. En outre, quand le tramway rejoindra le Findel, on franchira un nouveau cap. Au niveau du transport, donc, les choses s’améliorent grandement.

Mais quand on évoque l’accessibilité, il faut aussi considérer d’autres enjeux, comme l’acheminement du matériel dans le contexte d’un salon dédié. Si vous souhaitez organiser un congrès sur la mobilité de demain, il peut être nécessaire de faire venir des têtes de tramway jusqu’ici ou des bus en grand nombre. Cela soulève des questions d’ordre logistique. J’ai déjà essayé de faire venir un bateau ici, et ce n’est clairement pas possible, au regard de notre infrastructure.

Je pense qu’il est aussi important de pouvoir définir une vision à long terme partagée entre les divers acteurs du Mice, de fixer un cap et de pouvoir le garder.
Morgan Gromy

Morgan Gromy,  CEO,  Luxexpo The Box

Dans une optique de soutien des secteurs économiques-clés, en sachant que le Luxembourg nourrit de grandes ambitions dans le domaine spatial, ce serait peut-être davantage des fusées et des navettes spatiales qu’il faudrait être en mesure d’accueillir…

«Oui, pourquoi pas! Cette réflexion, en tout cas, nous oblige à mieux penser l’avenir au niveau du Mice. Il faut, au-delà de ce que l’on est capable de faire aujourd’hui, mieux envisager ce que l’on souhaite proposer demain. C’est dans cette optique que nous définissons un plan stratégique à trois ans, en initiant par la même occasion une réflexion à plus long terme. Je pense qu’il est aussi important de pouvoir définir une vision à long terme partagée entre les divers acteurs du Mice, de fixer un cap et de pouvoir le garder.

Nous concernant plus particulièrement, en outre, on sait que notre contrat de bail court jusqu’en 2028. Il y a lieu de commencer à se préparer à un éventuel déménagement et de définir dès à présent une vision et des ambitions pour l’avenir de notre activité et, par la même occasion, les besoins liés au futur site.

Si l’on évoque la capacité d’accueil, quels événements le Luxembourg peut-il ambitionner d’accueillir?

«Aujourd’hui, les deux infrastructures capables d’accueillir des organisations importantes sont l’European Convention Center et Luxexpo The Box. À nous deux, nous accompagnons quelque 200 événements par an, dont environ deux à trois congrès internationaux comptant entre 1.500 et 2.000 participants. Nous avons aujourd’hui l’ambition d’aller chercher plus d’événements de cette envergure. Au niveau de Luxexpo The Box, la volonté est de pouvoir proposer six confex et six congrès chaque année. C’est environ quatre fois plus qu’actuellement.

Pourrez-vous facilement intégrer ces événements d’envergure à votre calendrier?

«Si l’on regarde les chiffres, on voit que l’activité se densifie. En 2017, nous avons accueilli 74 événements. En 2018, nous en comptions plus de 90. On estime que notre capacité d’accueil plafonnera à 125 événements par an. Nous avons donc encore une marge de manœuvre. Actuellement, notre taux d’occupation est de 56%. Le taux maximal que l’on peut atteindre s’établira autour de 70%.

On sait que les 30% restants correspondent à des périodes nécessaires d’indisponibilité, liées à l’entretien ou encore à des réparations. Au niveau commercial, la volonté est donc d’aller chercher les événements les plus adaptés à notre infrastructure et aux services que nous proposons. Nous devons concentrer nos efforts sur des organisations plus importantes, comptant entre 800 et 2.000 participants, à travers lesquelles on pourra valoriser au mieux tout notre savoir-faire.

« Notre rôle est de démontrer que de tels événements d’envergure peuvent prendre place au Luxembourg. » (Photo: Mike Zenari)

« Notre rôle est de démontrer que de tels événements d’envergure peuvent prendre place au Luxembourg. » (Photo: Mike Zenari)

Quand on parle de capacité d’accueil au Luxembourg, on en vient inévitablement à évoquer l’offre hôtelière. Aujourd’hui, Luxembourg dispose-t-il de suffisamment de places d’hébergement de courte durée?

«Si vous posez la question comme cela, tout le monde vous répondra que l’offre actuelle peut être un frein dans la poursuite des ambitions évoquées. Je pense personnellement que cela ne doit pas être une fatalité. On a déjà démontré que l’on pouvait accueillir des événements de grande envergure, avec un nombre de participants allant au-delà de la capacité d’accueil du secteur hôtelier.

C’est dans cette situation qu’il faut faire preuve de créativité. On finit toujours par trouver des solutions. Cela ne doit en tout cas pas nous freiner. Notre rôle est de démontrer que de tels événements d’envergure peuvent prendre place au Luxembourg. L’offre d’hébergements, quand la demande sera avérée, suivra inévitablement.

Quels sont les enjeux en matière de qualité d’accueil?

«Au-delà de l’organisation en elle-même, il faut s’assurer que chaque participant pourra garder un souvenir inoubliable de son passage au Luxembourg. L’enjeu n’est pas forcément d’en mettre plein la vue, mais de proposer une expérience agréable de bout en bout. L’idée est de faire en sorte que, pour chaque besoin, il y ait une solution, et pas un problème. Le confort et la sécurité sont d’autres éléments essentiels.

La forme des événements proposés évolue aussi. Il n’y a pas si longtemps, l’automne et le printemps avaient leur «foire». Ces deux manifestations se sont radicalement transformées sous votre impulsion…

«Cela s’inscrit dans notre volonté de proposer des événements de qualité, en cohérence avec les attentes du public. La Foire d’automne est devenue Home & Living Expo, un événement dédié à l’habitat. Celle de printemps, Springbreak, un salon de la responsabilité citoyenne. Ces manifestations, qui hier étaient des foires commerciales, ont aujourd’hui évolué. Elles s’articulent davantage autour de thématiques et de contenus en phase avec les préoccupations du grand public.

On y ajoute aussi, de plus en plus, de la culture. Au cœur de Springbreak, une soixantaine de formations musicales se produiront en concert. On voit à travers ces deux manifestations comment une infrastructure comme la nôtre peut devenir un hyper-lieu. Pour chaque événement, on va chercher à casser les codes établis, à multiplier les initiatives, à proposer des événements dans l’événement. On peut, de cette manière, proposer des expériences nouvelles, transcendantes. C’est ce qui nous anime au quotidien.»