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LES GRANDS CHANTIERS DE LA MOBILITÉ (3/6)

Un énorme potentiel pour le vélo



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Le ministre Bausch est convaincu qu’il faut d’autres arguments que le seul argument environnemental pour doper la pratique du vélo. (Photo: Shutterstock)

La gratuité des transports publics a été un buzz mondial. Au point de faire un peu d’ombre à tous les autres projets qui ont également pour but de faire du Luxembourg un pays où circuler serait un plaisir. Zoom sur le vélo pour la suite de cette série sur les grands chantiers de la mobilité.

Cet article est paru dans l’édition d’avril 2019 de  Paperjam .

Le vélo sera intégré dans toutes les chaînes de mobilité planifiées par l’État, y inclus dans les bâtiments publics.» Dans son acte de coalition, la majorité DP-LSAP-Déi Gréng ne fait pas de mystère autour de ses ambitions pour le vélo.

À raison, car ce moyen de transport est celui qui connaît le plus grand succès ces dernières années. Un retour en grâce dû notamment au développement des ventes du vélo électrique, qui a remis en selle nombre de personnes. «Les ventes sont en croissance constante», indiquait récemment Frédéric Biltgen, chef des ventes au Vélocenter Goedert. «Cela fait 7 ou 8 ans, depuis que le vélo électrique s’est popularisé. Chaque année, nous vendons environ 1.200 vélos, dont plus de 200 sont électriques.» L’abattement fiscal de 300 euros a aussi joué un rôle. 1.523 contribuables en avaient profité en 2017.

Le ministre Bausch est convaincu qu’il faut d’autres arguments que le seul argument environnemental pour doper la pratique du vélo. «Dire aux gens: ‘faites du vélo, c’est bon pour le climat’, cela ne marche pas. Je ne dis pas que cela ne touche personne, mais ce n’est certainement pas le levier principal. Il faut dire que le vélo c’est cool, génial, flexible, qu’il n’y a pas de parking à chercher, qu’on peut avoir une prime à l’achat, que c’est bon pour votre santé... Puis, qu’en plus, c’est bon pour l’environnement. L’argument écolo dans le domaine de la mobilité, c’est désormais la cerise sur le gâteau.»

Le vélo, c’est un mode de transport très intéressant pour des distances de moins de 20 km grâce à l’assistance électrique. Aucun autre moyen de transport n’est aussi flexible.

François Bausch,  Ministre de la Mobilité

Or, le vélo a un énorme potentiel de développement. Qui tient pour une grande part en la qualité et la sécurité des infrastructures. L’étude Luxmobil de 2017 a révélé en tout cas des chiffres surprenants: 90% des gens qui ont fait du vélo au cours des 12 derniers mois seraient prêts à se déplacer ainsi plutôt qu’en voiture s’il y avait davantage d’infrastructures séparées du trafic motorisé!

Actuellement, le pays compte 600 kilomètres de pistes cyclables nationales. 24 autres kilomètres sont en chantier et une réflexion porte sur 290 kilomètres de plus. L’objectif est de dépasser les 900 kilomètres de pistes cyclables prévus par la loi.

Mais l’enjeu est aussi communal. À Esch, c’est l’initiative citoyenne Vël’Ok qui a vu le jour. À Luxembourg, le Vel’Oh! connaît aussi le succès et est même passé à l’électrique. Et si quelques couacs ont retardé les mises en service, puis que des problèmes au niveau de l’assistance ont nécessité le retour en atelier de 400 machines, on garde confiance en ce moyen de déplacement.

«Le vélo, c’est un mode de transport très intéressant pour des distances de moins de 20 km grâce à l’assistance électrique. Aucun autre moyen de transport n’est aussi flexible», souligne encore François Bausch .

Le retour de Troty

Mais le vélo n’est plus le seul moyen «tendance» pour se déplacer facilement en ville. Mono-roues, hoverboards, Segway ont aussi gagné du terrain. Le problème est que ces engins ne sont pas définis par le Code de la route. «Ils sont donc interdits sur la voie publique, confirme la police. La voie publique inclut la chaussée, les trottoirs, les accotements, les places publiques, les pistes cyclables...» Bref, à moins de rouler sur un terrain privé, vous risquez une amende.

Reste le cas des trottinettes, motorisées ou non. Elles non plus ne figurent pas dans le Code de la route. «On pourrait les assimiler aux cycles. Mais selon la définition du cycle, celui-ci est propulsé à l’aide de pédales ou de manivelles.» La police, même si elle ne l’avoue pas, fait preuve d’une certaine forme de tolérance. Tant mieux, car un service de trottinettes motorisées électriquement fera son retour à Luxembourg fin du mois d’avril, via la société belge Troty. Une première expérience a été tentée l’an dernier via un entrepreneur local. Mais pour différentes raisons, elle a tourné court.

«Nous sommes implantés à Bruxelles, Liège, Anvers, Monaco, Varsovie... Et l’ingrédient indispensable au succès est la – logistique, qui est un métier spécifique. Nous avons trouvé un nouveau prestataire pour cela à Luxembourg, une société de taxi», nous confirme Jean-Paul de Ville, cofondateur et CEO de Troty. C’est cette société qui déposera en ville les trottinettes le matin et les reprendra le soir. «Sa connaissance de la ville permettra aussi, comme c’est le cas ailleurs, de mieux cibler les endroits où les trottinettes sont les plus nécessaires, les plus demandées...»

Trottinette et vélo, ce n’est pas le même usage.

Jean-Paul de Ville,  cofondateur et CEO ,  Troty

Le concept Troty veut coller parfaitement aux tendances du moment: fun, simple, peu coûteux. Les trottinettes électriques sont en libre-service. Après s’être inscrit, on peut savoir où se trouve une trottinette libre. Un code envoyé par SMS permet de la libérer de son cadenas. Une fois arrivé à destination, on verrouille le cadenas et on laisse l’engin sur place.

Jean-Paul de Ville ne nourrit en tout cas pas de craintes par rapport aux autorités locales, qui développent de leur côté leur réseau de vélos. «Trottinette et vélo, ce n’est pas le même usage. Avec un vélo, vous faites 5 ou 6 kilomètres. La trottinette est un appoint qui s’inscrit dans le cadre d’un transport multimodal. Moi-même, j’utilise les deux en fonction des circonstances. Nous sommes d’ailleurs prêts à ouvrir notre appli aux vélos mis en location par la Ville de Luxembourg, aucun problème à ce niveau.»