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Tests Covid: le paradoxe des ordonnances à imprimer



Pour se faire tester, il faut une ordonnance papier. Mais tous les patients ne disposent pas d’imprimante. (Photo: Maison Moderne/Archives. Montage: Maison Moderne)

Pour se faire tester, il faut une ordonnance papier. Mais tous les patients ne disposent pas d’imprimante. (Photo: Maison Moderne/Archives. Montage: Maison Moderne)

Les patients soupçonnés d’être positifs au Covid doivent fournir une ordonnance papier pour se faire tester, et ce même s’ils n’ont pas d’imprimante et sont censés limiter leurs contacts. Un paradoxe auquel chaque laboratoire tente de répondre à sa façon, malgré la demande qui croît depuis le début d’année.

Située face au P+R de Junglinster où les Laboratoires Réunis ont installé leur centre de test Covid, la station-service Gulf accueille elle aussi certains de ses patients. «Une vingtaine par jour», confie son assistant-gérant, Steven Fontainhas. En cause, l’obligation de présenter une ordonnance imprimée sur papier pour se faire tester.

«J’ai déclaré un autotest positif à la Caisse nationale de santé (CNS), qui m’a envoyé une ordonnance pour passer un test PCR», témoigne Agathe Goisset. Elle s’est donc rendue au drive-in des Laboratoires Réunis à Junglinster, où l’agent de sécurité qui gère les files lui a dit qu’elle ne pouvait pas présenter son ordonnance sur téléphone, mais devait l’imprimer. Agathe n’a pas d’imprimante et, par précaution, n’est pas censée se rendre dans un établissement ou même chez des amis pour imprimer son papier, au risque de contaminer d’autres personnes. Pourtant, on l’invite à aller imprimer son ordonnance dans la station-service d’en face, comme de nombreux patients.

«Cela ne nous dérange pas. Nous faisons toujours attention, nous portons un masque et continuons à proposer notre service aux clients pour leur faciliter la tâche», relativise Steven Fontainhas.

Chacun sa solution, ou non

Une situation tout de même paradoxale. À l’accueil téléphonique, on corrige: «Nous n’envoyons pas les gens imprimer leur ordonnance ailleurs, nous leur indiquons qu’ils doivent le faire chez eux.» Comment une personne positive peut-elle faire si elle n’a pas d’imprimante? «Nous n’avons actuellement pas de plan B», admet le directeur des Laboratoires Réunis, Bernard Weber. «Nous avons toujours besoin d’une ordonnance papier pour obtenir le remboursement.» Il n’est même pas possible de l’envoyer par e-mail, car les drive-in ne disposent pas d’imprimantes. Interrogé sur la possibilité d’en installer, le directeur réfléchit: «Il faudrait que je voie. Pour l’instant, cela ne nous a pas causé de problèmes majeurs.»

Les Laboratoires Réunis sont formels: une version imprimée de l’ordonnance est impérative pour pouvoir se faire tester. (Photo: Maison Moderne)

Les Laboratoires Réunis sont formels: une version imprimée de l’ordonnance est impérative pour pouvoir se faire tester. (Photo: Maison Moderne)

Le souci n’est pas propre aux Laboratoires Réunis. «Je sais que c’est un problème», admet Jean-Luc Dourson, directeur de Bionext Lab. Ici aussi, les ordonnances doivent être imprimées: «La CNS nous demande l’ordonnance papier», justifie-t-il. «C’est pour cela que je milite pour mettre en place l’ordonnance électronique», ce qui permettrait aussi de gagner du temps au niveau administratif. En attendant, pour les patients qui n’ont pas la possibilité de l’imprimer, «nous nous arrangeons», assure-t-il. Si la personne présente son ordonnance sur téléphone, elle peut se faire tester, mais on lui demande d’envoyer son ordonnance par e-mail. Même si le service Picken Doheem ne dispose pas toujours d’imprimantes et que, de toute façon, «nous n’avons pas le temps», le laboratoire les imprime dans un second temps.

Aux Laboratoires Ketterthill aussi, l’ordonnance papier est obligatoire. Mais «si vous venez dans l’un de nos centres et que vous expliquez que vous n’avez pas d’imprimante, nous vous donnerons l’adresse e-mail à laquelle envoyer votre ordonnance et nous l’imprimerons», assure-t-on à l’accueil.

Des pics de demande

Une problématique de plus pour les laboratoires, déjà sous pression avec la recrudescence des cas de Covid-19. «Au niveau technique, nous avons la capacité. Mais nous n’avons pas assez de personnel» pour faire face à la hausse de la demande, détaille Bernard Weber. Les Laboratoires Réunis effectuent en ce moment «entre 1.200 et 1.800 tests par jour». Un rythme déjà dépassé lors de précédents pics, «surtout en novembre 2020, où nous étions à près de 3.000 par jour». Le laboratoire emploie 260 personnes, dont une centaine affectée aux prélèvements. «Il pourrait y avoir une possibilité, ce serait d’autoriser les assistants de cabinet médical, après une formation, à effectuer des prélèvements», explique-t-il.

Chez Bionext Lab, «nous observons des pics comme jamais depuis le début du Covid», estime Jean-Luc Dourson. Son laboratoire effectue jusqu’à 3.500 tests par jour, alors que lors des précédentes vagues, il n’avait jamais dépassé les 1.500 à 1.800 tests quotidiens. «Pour fluidifier, nous essayons d’élargir nos horaires. Mais cela veut dire augmenter les ressources pour les prélèvements, et nous n’en trouvons plus», regrette-t-il. Les capacités techniques permettent de faire 3.500 tests par jour, bientôt 6.000 avec l’arrivée prévue d’une nouvelle machine. Mais l’entreprise qui emploie 210 salariés, dont une centaine d’infirmiers, aurait besoin de «40 personnes supplémentaires pour absorber la demande», calcule son directeur.

Reste à savoir si la situation va s’aggraver le 15 janvier, quand le CovidCheck deviendra obligatoire dans toutes les entreprises. «C’est une crainte que nous avons.»