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Violaine Champetier de Ribes

«Le taux d’utilisation atteint 97%!»



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Violaine Champetier de Ribes, coauteure avec Jean Spiri du livre «Demain, tous Estoniens? L’Estonie, une réponse aux Gafa», paru aux éditions Cent mille milliards. (Photo: DR / Paperjam)

Il existe un pays où l’administration n’a pas le droit de vous demander deux fois la même information. Où toutes les démarches peuvent se faire en ligne facilement. Ce paradis, c’est l’Estonie. Violaine Champetier de Ribes a étudié ce qu’il y avait derrière la réussite de cette société numérique.

Pourquoi l’Estonie sert-elle souvent d’exemple en matière de politique numérique?

Violaine Champetier de Ribes.- «À propos de l’Estonie, je parle volontiers d’un État plate-forme. C’est bien simple, là-bas, il n’y a que trois démarches que vous ne pouvez pas effectuer en ligne: vous marier, divorcer et acquérir un bien immobilier. Et ce n’est pas le fait d’un hypothétique frein technique, mais parce que le pays en a décidé ainsi.

C’est un choix délibéré de maintenir dans ces cas-là un engagement traditionnel, matérialisé physiquement. S’il fallait encore une autre preuve que l’Estonie est un modèle d’État numérique, regardez les taux d’usage: bien qu’il n’existe aucune obligation à passer par les plus de 2.000 services publics en ligne, le taux d’utilisation est de 97%!

Quelles explications avez-vous trouvées à ce succès?

«D’abord, cet État numérique est né pratiquement d’une page blanche. Au sortir de la mainmise de l’Union soviétique, en 1991, l’Estonie s’est retrouvée avec un énorme chantier de reconstruction devant elle, et peu de moyens aussi bien en termes de finances que d’effectifs. La solution numérique s’est ainsi imposée comme une nécessité. En 1996, le pays a alors lancé une campagne nationale de formation à l’informatique dans toutes les écoles, les bibliothèques.

Dès le départ, la transparence, la confiance et l’adhésion des citoyens ont été les bases de la construction du service public estonien.

Violaine Champetier de Ribes

Et elle a bâti sa plate-forme de services ad hoc, en choisissant un système décentralisé, X-Road, que l’on peut voir comme un précurseur de la blockchain. Dès le départ, la transparence, la confiance et l’adhésion des citoyens ont été les bases de la construction du service public estonien.

Vous êtes vous-même devenue e-résidente d’Estonie. Qu’est-ce que ça signifie?

«Depuis la France, j’ai fondé une société estonienne, Digeetrips, qui organise justement des voyages d’études en Estonie. Cela a été possible grâce à mon statut d’e-résidente. Ce statut offert par l’Estonie est surtout intéressant pour les entreprises en dehors de l’UE qui souhaitent avoir accès au paiement en euros ou pénétrer facilement le marché européen. Et quel bonheur de créer son entreprise estonienne: toute la gestion administrative est entièrement dématérialisée et d’une simplicité renversante!»