ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Fashiontech

Les start-up à la mode durable



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La Fashion revolution a invité chacun à poster sur les réseaux sociaux une pièce de son dressing avec le hashtag #WhoMadeMyClothes et interpeller ses marques préférées sur leur engagement social et environnemental. (Photo:  What Eve Wears )

Vêtements intelligents, centres de recherche ou matériaux vivants: l’industrie de la mode est en pleine ébullition. Au regard du succès de la Fashion Revolution Week 2019, le Luxembourg voit le nombre de ses «Fashiontech» s’accroître.

Dépoussiéré par les nouvelles technologies, le secteur de la mode dite «traditionnelle» prend un autre visage. Créativité, innovation et responsabilité sont ainsi devenues les maîtres mots des entreprises du secteur.

«De plus en plus de projets naissent du fruit de cette union», précise Guylaine Bouquet-Hanus, business manager à la House of Entrepreneurship. «On constate clairement une augmentation de projets ‘mode’ ou ‘loisirs’ qui sont liés au digital ou aux nouvelles technologies. Cela concerne, par exemple, le design et la production de montres ou d’objets connectés, des sites de vente en ligne avec cabines d’essayage virtuelles, des objets ou des vêtements en bioplastiques issus de l’impression 3D ou encore la production écoresponsable en fibres végétales de vêtements ou accessoires.»

Cette volonté de consommer de manière plus éthique et plus responsable prend tout son sens quand on sait que la mode arriverait en deuxième place des industries les plus polluantes au monde, juste après le secteur pétrolier. À titre de comparaison et selon la Fondation Ellen MacArthur, son impact environnemental serait plus important que les vols internationaux et le trafic maritime réunis. Un constat qui s’expliquerait par une consommation de vêtements doublée en seulement 15 ans et l’explosion du phénomène de «mode jetable» ou «fast fashion».

C’est également la deuxième industrie la plus consommatrice d’eau après l’agriculture. Utilisation d’agents chimiques dans la préparation des fibres textiles, pollution des cours d’eau, durée de vie très courte des objets: l’industrie de la mode est sous le feu des projecteurs et les actions de prise de conscience se multiplient. De nombreuses initiatives et projets pour une mode plus durable voient le jour au Luxembourg.

Aimer les vêtements autant que la planète

Stylianee Parascha a créé What Eve Wears, une start-up luxembourgeoise aux origines grecques qui propose des vêtements en coton ou lin bio et en tissus recyclés. «À Athènes, où j’ai vécu, une personne sur deux avait un lien avec les industries créatives. Au Luxembourg, l’avantage est que vous pouvez vous démarquer et faire la différence. Votre créativité est plus appréciée ici qu’ailleurs», témoigne-t-elle.

Quand on évoque le concept de mode durable, le mot associé qui revient le plus est «transparence». Où sont fabriqués mes vêtements? Comment? Et par qui? Le mouvement Fashion Revolution a été l’un des premiers à proposer aux citoyens de réfléchir à la question «Qui a fait mes vêtements?». Chacun est invité à poster sur les réseaux sociaux une pièce de son dressing avec le hashtag #WhoMadeMyClothes et interpeller ses marques préférées sur leur engagement social et environnemental.

Créé à la suite de l’effondrement des ateliers de confection textile du Rana Plaza en avril 2013 au Bangladesh, faisant plus de 1.100 morts et 2.500 blessés, le Fashion Revolution Day est célébré chaque année à travers le monde en l’honneur de plus de transparence et d’éthique dans la mode. Depuis 2017, la journée s’est transformée en semaine de sensibilisation, donnant ainsi lieu à la Fashion Revolution Week, qui s’est tenue du 22 au 28 avril.

La fondatrice de What Eve Wears est aussi la coordinatrice du mouvement pour le Luxembourg: «Cette année, nous avons organisé deux événements à guichets fermés. Nous avons eu d’excellents retours qui nous demandent de rendre ces événements récurrents, mais aussi d’élargir ces activités à l’organisation d’ateliers dédiés aux enfants, parce qu’apprendre à consommer autrement commence dès le jeune âge!»

Une table ronde sur la durabilité, l’innovation et la technologie dans la mode a également été organisée en collaboration avec Silicon Luxembourg et l’espace de travail The Office City. «Nous avions cinq panélistes, un mélange intéressant de personnes d’horizons différents. En tant que coordinatrice, j’ai été très heureuse de réunir cinq start-up dont Zoe Muse et Einfuhlung, toutes deux membres du Creative Industries Cluster comme moi. Aujourd’hui, elles discutent même de futures collaborations», se réjouit Stylianee Parascha.

Deux fois plus de membres actifs dans les Fashiontech

Intelligence artificielle, big data, blockchain, impression 3D, nouveaux matériaux ou micro-capteurs: toutes ces innovations amènent à la mode 2.0, repoussant toujours plus loin les limites de la technologie. «Avec l’aide de la biofabrication, nous pouvons maintenant obtenir du cuir végétalien fait de champignons, de soie d’araignée et d’autres matériaux à faible impact environnemental et respectueux des animaux.»

«Les nouvelles solutions technologiques aident également à s’attaquer au problème des déchets, soit en recyclant plus efficacement les matériaux, soit en utilisant les déchets de l’industrie alimentaire pour créer de nouveaux matériaux», explique Mme Parascha. «En Sicile, par exemple, on transforme des oranges et des agrumes en fibres naturelles. Nous devons être ouverts à l’innovation, elle est là pour nous aider à améliorer le monde dans lequel nous voulons vivre.»

Grâce aux nouvelles technologies, il est à présent possible de prendre en compte la personnalité et les goûts des consommateurs dès le processus de création. 

Marc Lis,  Manager,  Creative Industries Cluster

Comme la start-up What Eve Wears, d’autres membres du Luxembourg Creative Industries Cluster ont aussi compris l’importance de mettre les nouvelles technologies au service du développement durable dans le secteur de la mode. «Grâce aux nouvelles technologies, il est à présent possible de prendre en compte la personnalité et les goûts des consommateurs dès le processus de création. Cette volonté de créer et consommer de manière responsable est de plus en plus forte», explique Marc Lis, manager du Creative Industries Cluster.

«Le nombre de membres actifs dans le secteur des Fashiontech a quasi doublé en un an seulement au sein du cluster. Plusieurs d’entre eux, qui sont recensés sur la plate-forme creativecluster.lu, ont lancé ou s’apprêtent à lancer des projets communs avec comme leitmotiv la mode durable», complète Marc Lis.

Un bon signe que l’innovation dans la mode n’est pas juste un effet de mode.

Ce contenu a été rédigé par Luxinnovation .