PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Perspectives 2021 

Des taux d’intérêt anesthésiés



Le besoin d’infrastructures pour réussir la transition climatique est une aubaine pour les investisseurs. (Photo: Maison Moderne/Nader Ghavami)

Le besoin d’infrastructures pour réussir la transition climatique est une aubaine pour les investisseurs. (Photo: Maison Moderne/Nader Ghavami)

Pour Vincent Juvyns, global market strategist, 2021 sera marquée par une reprise vigoureuse au second semestre. Le danger? Une accélération inattendue de l’inflation, qui pourrait obliger les banques centrales à cesser leur politique de soutien économique.

Pour l’économiste Vincent Juvyns, global market strategist chez JP Morgan Asset Management, le fait marquant de 2020 a été la coopération réussie entre les autorités monétaires et budgétaires. «Du jamais vu en Europe», dit-il.

Aux États-Unis, cette coopération va de soi. «C’est ce qui explique la bonne santé de l’économie de l’autre côté de l’Atlantique cette dernière décennie.» Cette coopération a permis d’écarter un scénario similaire à celui des années 30. Ce qui impressionne encore plus Vincent Juvyns, c’est que la vague de faillites prévue n’a pas eu lieu: «Une bonne surprise qui laisse espérer que, dès que le vaccin sera déployé, la reprise ira plus vite grâce aux entreprises.» La raison de cette résilience? «La garantie des États aux banques pour les prêts aux entreprises a été une bonne idée.»

Les investisseurs vont payer

Ce «sans-faute» des politiques budgétaires et monétaires aura-t-il un coût? Évidemment. Mais pas où on l’attend. Ce coût, ce ne sont pas les contribuables qui vont le payer, mais les investisseurs. «Au sortir d’une récession comme celle que l’on a vécue, les actifs devraient être bon marché. Ce n’est pas le cas. La reprise est déjà intégrée dans les cours. Conséquence: il faudra être réaliste dans ses attentes de rendements.»

Ce sera encore plus vrai sur le marché obligataire.

La dette n’est pas un danger pour l’instant grâce à l’action des banques centrales, qui fait baisser son coût de services, la rendant ainsi soutenable. «Il fallait faire de la dette pour combler le trou du corona et, l’an prochain, pour relancer la croissance, ce qui permettra de rembourser la dette de 2020 et de 2021.»

La conséquence de cette politique est que les banques centrales doivent «anesthésier» leurs taux d’intérêt pour ne pas provoquer une crise de la dette. Vincent Juvyns serait surpris par une remontée des taux avant quatre ans. «Une normalisation sera lente et à un taux d’équilibre plus bas. Pour l’investisseur obligataire, la traversée du désert continue.»

Peut-être au tour de l’Asie de briller

Les bonnes affaires, c’est en Chine et en Asie qu’il va falloir aller les chercher. «Après une décennie de domination du marché américain, ce pourrait être au tour de l’Asie de briller. Non seulement la région a mieux réussi à contenir la pandémie, mais les perspectives de croissance structurelle sont également à son avantage.»

«Là-bas, la reprise économique n’est pas conditionnée par l’apparition d’un vaccin. La consommation domestique est bien orientée. Le pays a relancé sa croissance sans trop de recours aux leviers budgétaires et monétaires, et il a profité des plans de relance américain et européen, notamment grâce au e-commerce et à Amazon», résume l’économiste.

Les changements structurels intervenant sur le marché obligataire chinois, et notamment son ouverture aux investisseurs étrangers, renforcent encore un peu plus son attractivité pour les investisseurs obligataires internationaux. Pour Vincent Juvyns, les récents défauts ne sont qu’un épiphénomène: le marché est sain, de qualité (il est noté «investment grade»), il offre du rendement (3% sur 10 ans) et une bonne décorrélation avec le reste des actifs. Quant au risque devise, il est négligeable. La monnaie chinoise va graduellement s’apprécier au fur et à mesure qu’elle deviendra une monnaie internationale.

Opportunités vertes

Un autre thème porteur pour les mois à venir sera le changement climatique.

Vincent Juvyns voit une dynamique mondiale se mettre en place. Longtemps en pointe, les Européens devraient voir les États-Unis et la Chine prendre leurs responsabilités sur le sujet. «Pour les gouvernements, c’est l’occasion de faire d’une pierre deux coups: verdir et relancer leur économie. Les niveaux élevés d’endettement public pourraient limiter les ambitions en matière de dépenses, mais cela implique probablement le recours par les responsables politiques à des leviers réglementaires afin de s’assurer que des capitaux privés représentent une composante-clé de la solution. Là encore, c’est un élément que les investisseurs doivent comprendre.»

Les projets d’infrastructures programmés pour les années à venir offrent d’appréciables opportunités aux investisseurs dans les actions, les obligations et les actifs réels. Le boom actuel des obligations vertes devrait continuer de bénéficier de leviers réglementaires. «Les banques centrales, telles que la BCE, qui considèrent de plus en plus le changement climatique comme faisant partie de leur mandat, débattent également du rôle des obligations vertes dans le cadre de leurs larges initiatives de politique monétaire, ce qui pourrait conférer un avantage de cours relatif aux obligations vertes par rapport à d’autres obligations dotées de notations et d’échéances similaires.»