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Pandémie

Les stations-service désertées, mais toujours debout



Romain Hoffmann: «Nous avons des problèmes de chiffre d’affaires et de couverture de nos frais de fonctionnement. Mais notre secteur est essentiel, nous devons rester ouverts. Nous servons un maillon essentiel, les camions qui livrent le matériel médical, les vivres… Sans carburant, plus rien ne fonctionne.» (Photo: Shutterstock)

Romain Hoffmann: «Nous avons des problèmes de chiffre d’affaires et de couverture de nos frais de fonctionnement. Mais notre secteur est essentiel, nous devons rester ouverts. Nous servons un maillon essentiel, les camions qui livrent le matériel médical, les vivres… Sans carburant, plus rien ne fonctionne.» (Photo: Shutterstock)

À cause des nombreuses activités à l’arrêt, les ventes dans les stations-service s’effondrent, jusqu’à 90% pour les frontalières. Même si ce n’est pas toujours rentable, elles doivent continuer d’approvisionner en essence ceux qui en ont besoin pour aller travailler ou livrer le matériel nécessaire.

Comme leurs conducteurs, beaucoup de voitures restent confinées à cause du Covid-19. Les pleins se font rares, les prix de l’essence dégringolent. Un manque à gagner pour les stations-service…

En témoigne la station Q8 route de Longwy à Rodange, près de la frontière française. Ses ventes ont diminué de 80 à 90% selon un employé. Cela concerne aussi bien les produits pétroliers que ceux du magasin, toujours ouvert. «À l’annonce du confinement, nous avons eu un assaut de clients qui ont pris leurs dispositions, mais cela s’est vite calmé», raconte-t-il.

Les frontaliers qui ont cessé de venir travailler ne font plus le plein au Luxembourg, ils ne sortent plus non plus le week-end.

«Cela ne pourra pas durer des semaines», estime-t-il. Moins de la moitié des dix salariés travaillent encore. Les autres sont en congé ou au chômage partiel. «Nous avons dû fermer le dimanche. La semaine, nous ouvrons plus tard et fermons plus tôt», ajoute-t-il. De 6h-22h, les horaires sont passés à 7h30-20h. «Nous avons tout ce qu’il faut pour nous protéger, il y a des traits au sol pour garder les distances avec les clients», note-t-il.

À la frontière comme sur les autoroutes

Même si la circulation se poursuit sur les autoroutes, la diminution touche aussi les stations qui s’y trouvent. «Le week-end, nous avons une baisse de 80 à 90% des ventes. La semaine, 50%», calcule Arthur Sequeira, gérant de la station-service autoroutière Aral de Berchem. «Le trafic camion se fait toujours, mais avec une baisse», constate-t-il. Beaucoup d’entreprises ont arrêté leurs activités et les chantiers ont fermé dans le pays. La station reste ouverte 24 heures sur 24 et n’a pas fermé son magasin ou ses douches afin de continuer  d’assurer le service nécessaire aux chauffeurs de poids lourds.

En ville aussi, on ressent les effets du Covid-19. Le gérant de la station Shell rue de Hollerich à Luxembourg-ville note «une perte considérable» sans donner de chiffres. La station, ouverte de 10h30 à 22h d’habitude, a réduit les horaires de 10h30 à 20h en semaine. Sur les sept salariés, deux partent au chômage partiel.

Travailleurs essentiels

Romain Hoffmann, président du Groupement pétrolier luxembourgeois (GPL), parle d’un «effet dramatique». «Beaucoup d’activités non essentielles ont fermé, elles représentent la majorité de notre clientèle», explique-t-il. «En moyenne, la perte de chiffre d’affaires s’élève à 50%. Mais pour certains, notamment les stations aux frontières, cela peut aller jusqu’à 90%», calcule-t-il. Aussi administrateur délégué d’Aral Luxembourg, il assure avoir fermé certaines stations quand une autre se trouve à proximité, comme celles de Remich ou de Merl.

«Beaucoup sont des indépendants, ils doivent payer leurs salariés et attendent de recevoir les aides du gouvernement», rapporte-t-il. «Nous avons des problèmes de chiffre d’affaires et de couverture de nos frais de fonctionnement. Mais notre secteur est essentiel, nous devons rester ouverts. Nous servons un maillon essentiel, les camions qui livrent le matériel médical, les vivres… Sans carburant, plus rien ne fonctionne. Le personnel des stations-service fait un travail important.»

Il poursuit: «Nous ne nous attendons pas à une reprise rapide, mais graduelle. Cela pourra prendre entre trois et quatre mois pour qu’on retrouve un rythme de croisière. Nous serons aussi dépendants des pays voisins et européens.» Il estime entre 20 et 30% la part des ventes d’essence réalisées par des frontaliers au Luxembourg.

Chute des prix

Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du GPL, ajoute: «Nous avons connu un manque de personnel au départ, beaucoup étaient absents pour raisons familiales, mais l’activité a tellement baissé que ce n’est plus le problème principal.»

La demande baisse. Conséquence: les prix de l’essence s’effondrent. «Le prix du baril de pétrole est à 20 dollars, au plus bas. La Russie et l’Arabie saoudite n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une baisse de la production, donc les prix continuent de diminuer», explique Jean-Marc Zahlen, qui n’exclut pas une hausse des prix lors de la reprise.

Pour limiter la chute, le gouvernement a annoncé un prix maximal des produits pétroliers applicable à partir du jeudi 2 avril au Luxembourg. Il sera de 1,015 euro le litre avec TVA pour l’essence Super 98.