ENTREPRISES & STRATÉGIES — Finance & Légal

les priorités dans la suite de la crise (3)

«2021 sous le signe de la relance et de l’investissement»



Pour Keith O’Donnell, «il faut réagir avant que la situation ne se dégrade davantage. L’économie doit être relancée, et ce malgré les efforts considérables qu’il faudra faire et la dette engendrée qui devra être remboursée.» (Photo: Edouard Olszewski/Archives)

Pour Keith O’Donnell, «il faut réagir avant que la situation ne se dégrade davantage. L’économie doit être relancée, et ce malgré les efforts considérables qu’il faudra faire et la dette engendrée qui devra être remboursée.» (Photo: Edouard Olszewski/Archives)

Quelles doivent être les priorités des entreprises dans ce qui sera l’après-crise? À l’invitation de Paperjam, plusieurs experts répondent à cette question. Pour Keith O’Donnell, managing partner chez Atoz Tax Advisers, l’année 2021 devra être celle de la relance, et plusieurs actions pourront y contribuer. 

2020 fût l’année du bouleversement et de l’adaptation, tant au niveau professionnel que personnel. Pour Atoz, comme pour d’autres firmes, notamment du secteur financier, particulièrement adaptées pour le télétravail, l’impact fut limité, mais notre façon de travailler et d’échanger avec nos collaborateurs, partenaires et clients a été complètement transformée pour correspondre à ce nouvel environnement et répondre à de nouveaux besoins. Pour autant, Atoz voit 2021 de façon optimiste et place cette nouvelle année sous le signe de l’investissement afin de se préparer à la reprise.

Comme pour bon nombre d’entreprises, tous secteurs confondus, la pandémie a joué un rôle d’accélérateur de transformation digitale. Certaines entreprises ont profité de la «pause» forcée qu’elle a engendrée pour rattraper leur retard en la matière: création de site e-commerce, développement de la vente à distance, démarchage et relation client en virtuel, marketing digital, etc. Il faut s’attendre à ce que la digitalisation des relations professionnelles et commerciales, et donc de la relation client, perdure même après la crise grâce aux échanges plus fluides et efficaces qu’elle permet – surtout au Luxembourg, un marché d’export par excellence. Même si, à court terme, nous souhaitons à nouveau revoir nos clients et nos partenaires, les interactions par voie digitale s’avèrent être plus ou tout aussi riches, permettant notamment de réduire les voyages d’affaires et leur impact environnemental.

Le gouvernement et autres institutions se sont également adaptés et ont su simplifier certaines démarches administratives grâce au digital – un enjeu pour la compétitivité et l’attractivité du Luxembourg. La lourdeur des procédures faisait d’ailleurs partie des axes d’amélioration adressés au gouvernement par 42% des répondants à notre dernier sondage

Une chose est sûre: tôt ou tard, le gouvernement devra trouver un juste équilibre entre les mesures sanitaires et le bien-être général de la population.
Keith O’Donnell

Keith O’Donnell,  managing partner,  Atoz Tax Advisers

Maintenant que cette longue phase d’adaptation est passée, ou en tout cas bien entamée par la plupart des acteurs luxembourgeois, il convient de se préparer à l’avenir et être prêt pour la reprise. Voilà maintenant un an que nous vivons dans l’incertitude, passant de confinement à couvre-feux et autres mesures restreignant le contact physique. Une chose est sûre: tôt ou tard, le gouvernement devra trouver un juste équilibre entre les mesures sanitaires et le bien-être général de la population. On constate un réel besoin d’un retour à la vie quasi normale, surtout pour le tissu entrepreneurial dans les domaines de l’horeca, le tourisme ou encore l’événementiel, durement touchés par cette crise.

Il faut réagir avant que la situation ne se dégrade davantage. L’économie doit être relancée, et ce malgré les efforts considérables qu’il faudra faire et la dette engendrée qui devra être remboursée. Pour autant, le Luxembourg fait partie d’un bloc économique solide; nos voisins anglais sont en revanche déjà contraints d’augmenter les impôts sur les entreprises pour combler les dépenses liées à la crise – une mesure qui, selon le consensus international que nous partageons, serait à éviter.

Il existe plusieurs actions pouvant être mises en place pour amorcer la relance. Premièrement, il faut redonner confiance aux consommateurs. Selon le Statec, le volume de la consommation privée a baissé de 6% en 2020, ceci en raison des diverses mesures restrictives ayant conduit à une épargne «forcée» voire une «sur-épargne» pour les ménages dont le pouvoir d’achat a été moins impacté par la crise. Il est important de favoriser la réinjection de cet argent dans le circuit de l’économie réelle et locale. L’opération des vouchers a ainsi permis à la population de (re)découvrir le Luxembourg et de rebooster le tourisme. Le Luxembourg pourrait s’inspirer de l’Allemagne qui, entre le 1er juillet 2020 et le 31 décembre 2020, a baissé la TVA de 19 à 16%, menant à une augmentation significative des immatriculations de véhicules privés. De plus, le gouvernement allemand a décidé de maintenir l’application de TVA réduite à 7% sur les aliments dans les restaurants et cafés jusqu’à fin 2022 – une des mesures les plus populaires en ce contexte de crise. Le plan de relance devra poursuivre cette dynamique afin de renforcer la consommation locale. Il est d’ailleurs à noter qu’en 2019, lors de notre sondage sur les résidents luxembourgeois et le changement climatique , 56% des répondants se disaient prêts à limiter leur consommation alimentaire à des produits provenant d’un rayon de 100km.

Nombre d’entreprises au Luxembourg, selon la taille. (Graphique: DR/Atoz)

Nombre d’entreprises au Luxembourg, selon la taille. (Graphique: DR/Atoz)

Nombre de personnes employées par taille d’entreprise au Luxembourg. (Graphique: DR/Atoz)

Nombre de personnes employées par taille d’entreprise au Luxembourg. (Graphique: DR/Atoz)

 Il faut également relancer l’investissement par des mesures ponctuelles/transitoires encourageant l’entreprise et la prise de risque afin de sortir de cette crise de façon dynamique. De longue date, les PME et les start-up sont reconnues comme étant un moteur pour la croissance économique et la création d’emploi, ainsi que pour l’innovation et le développement.

Toute entreprise ayant les ressources et les capitaux nécessaires devrait profiter des mois à venir pour se réinventer, déployer de nouveaux services, investir pour en améliorer d’autres ou injecter des ressources dans des PME en situation délicate.
Keith O’Donnell

Keith O’Donnell,  managing partner,  Atoz Tax Advisers

Au Luxembourg, les PME représentent la quasi-totalité de l’ensemble des entreprises et sont à l’origine de +/– 70% de l’emploi total. Or, on sait que l’accès au financement est un frein pour celles-ci, surtout dans ce contexte. Il faudrait encourager le secteur privé à investir dans ces entreprises touchées par la crise grâce, par exemple, à un système de «matching-funding» de l’État ou de subventions directes. L’Europe, avec son plan de relance, a d’ailleurs un budget alloué aux PME pour l’initiative d’investissement en réponse à la crise. Bien entendu, l’intervention publique devra s’effectuer dans le respect du régime-cadre de l’aide aux PME de la réglementation communautaire en matière d’aides d’État.

L’idée est de trouver des solutions permettant de motiver et mobiliser les acteurs du tissu économique afin de soutenir la relance. Des modèles innovants pourraient ainsi être mis en place afin que les entreprises B2C puissent bénéficier d’un système de financement par les consommateurs via du «crowdfunding», couplé à un «matching-funding» de l’État. Le retour sur investissement des consommateurs pourrait alors être (en partie) sous forme d’avantages en nature, à hauteur du capital investi.

En définitive, l’année 2021 devrait être placée sous le signe de la relance et de l’investissement. Toute entreprise ayant les ressources et les capitaux nécessaires devrait profiter des mois à venir pour se réinventer, déployer de nouveaux services, investir pour en améliorer d’autres ou injecter des ressources dans des PME en situation délicate. La productivité de certains services/produits est aujourd’hui mise à mal du fait de la conjoncture. Elle sera certainement à nouveau de retour demain – d’où l’intérêt de s’y préparer.