ENTREPRISES & STRATÉGIES — Finance & Légal

les priorités dans la suite de la crise (1)

«Construire l’avenir en capitalisant sur nos forces»



David Capocci est managing partner de KPMG depuis le 13 mars 2020. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

David Capocci est managing partner de KPMG depuis le 13 mars 2020. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Quelles doivent être les priorités des entreprise dans ce qui sera l’après-crise? À l’invitation de Paperjam, plusieurs experts répondent à cette question. Pour David Capocci, Managing Partner de KPMG, il est important de soutenir l’entrepreneuriat au cœur même de l’entreprise afin d’aller au-devant de nouvelles opportunités. Le Luxembourg dispose de beaux atouts, de réelles forces au départ desquelles il faut innover avec pragmatisme.

C’est le vendredi 13 mars 2020 que j’ai été nommé Managing Partner de KPMG . Le projet défini pour ce mandat, juste avant que la crise ne bouscule nos vies, était orienté vers le changement. La crise n’a fait qu’amplifier le challenge initial que nous souhaitions relever.

Soutenir le changement

La plupart des dirigeants avaient pris conscience de l’importance de s’inscrire dans une dynamique de transformation. Depuis plusieurs années, on nous annonce que certains métiers sont appelés à disparaître, que des pans entiers de l’économie vont laisser place à d’autres. La nécessité d’évoluer était latente dans de nombreux secteurs. Toutefois, le changement ne peut être conduit que si l’on dispose de l’adhésion des gens qui animent l’entreprise au quotidien. Avec la crise, l’exigence d’une transformation s’est imposée. À ce titre, elle a été un accélérateur.

Insuffler l’entrepreneuriat dans l’organisation

Si l’on veut être en capacité de saisir les opportunités qui découleront de la crise, nous devons tous nous inscrire dans une dynamique proactive, éviter de se laisser endormir par la routine, innover. Pour cela, il importe d’insuffler un esprit entrepreneurial au cœur même de toutes les organisations.

Les entreprises disposent d’une réelle force frappe: les talents qui soutiennent l’activité au quotidien. Notre plus grande richesse, ce sont nos collaborateurs et leurs idées.

Au niveau d’une structure comme KPMG, qui compte aujourd’hui plus de 1.800 personnes, un des objectifs est de parvenir à offrir la possibilité à chacun de prendre des initiatives, de développer des idées à l’intérieur même de l’organisation. Plus que jamais, nous souhaitons que nos employés agissent en prenant des responsabilités, en se recentrant sur les clients et la relation qu’ils entretiennent avec chacun d’eux, en étant animés par le désir de développer de nouveaux projets en leur compagnie. Notre volonté aussi est de faire grandir les employés, à travers la formation, le coaching. Par exemple, nous avons mis en place un MBA dédié aux enjeux numériques. L’idée n’est pas de faire de chacun de nos dirigeants un «tech guy», mais de leur permettre de disposer des clés de compréhension de la technologie et de la mettre en œuvre au mieux.

Développer une dynamique entrepreneuriale peut et devrait se traduire à l’échelle de toutes les organisations du pays. À l’échelle du Luxembourg, c’est aux CEO que revient la responsabilité de mettre en place le cadre nécessaire pour que s’épanouisse chaque salarié et pour faciliter l’émergence et la concrétisation de nouvelles idées.

Innover et renforcer notre valeur ajoutée

L’innovation est clé. En la matière, l’enjeu n’est pas de trouver des idées révolutionnaires. Je pense qu’il faut faire preuve de pragmatisme vis-à-vis de l’innovation, en considérant au quotidien les possibilités d’améliorer notre manière de travailler, de servir le client, de mener nos opérations.

Le pays dispose de nombreux atouts, des secteurs économiques florissants que l’on doit de cette manière transformer pour aller plus loin encore.

Le secteur financier a eu à maintes reprises l’occasion de faire valoir sa capacité à se réinventer. La finance de demain sera incontestablement verte et durable. Et Luxembourg doit maintenir l’ambition de se positionner en leader dans ces domaines. Au-delà, l’activité doit gagner en efficacité et en sécurité grâce aux possibilités offertes par le numérique: automatisation, intelligence artificielle, blockchain, etc. La technologie doit aussi servir la valorisation des données financières, pour améliorer l’offre des institutions actuelles et permettre l’émergence de nouveaux acteurs, à l’instar des fintech et des néo-banques qui viendront compléter l’écosystème financier.

Dans le domaine de la logistique, le Luxembourg a une carte à jouer, notamment dans le développement d’activités à haute valeur ajoutée. La position centrale du pays, au cœur de l’Europe, lui a permis d’attirer de grands acteurs. Les technologies émergentes, la robotique, ainsi que les technologies propres, au service de l’économie circulaire ou de l’optimisation des ressources, ouvrent de nouvelles perspectives aux acteurs de ce secteur très dynamique.

Dans le domaine technologique, au départ des acteurs déjà présents, il y a sans doute des opportunités à saisir autour de l’adoption du cloud et de l’utilisation des données.

Envisager l’avenir en capitalisant sur nos forces

Dans chacun de ces pôles, nous devons chercher à renforcer notre valeur ajoutée, à gagner en envergure et à développer l’écosystème.

En tant que dirigeants, notre rôle est d’anticiper l’avenir en capitalisant sur nos forces. En regardant avec nos équipes vers demain et après-demain, en les sortant de la routine et en les faisant évoluer tout en maintenant la garantie de qualité qui caractérise l’économie luxembourgeoise, nous devons aller de l’avant. Les acteurs nationaux, en profitant de toute l’agilité d’un petit pays, pourront de cette manière saisir de nombreuses nouvelles opportunités.

Le Luxembourg dispose d’un tissu entrepreneurial parmi les plus développés de l’Union européenne. À l’heure actuelle, il reste cependant compliqué pour des nouvelles ou des petites structures de trouver des financements. Par contre, pour les acteurs établis, les capacités d’investissement sont plus importantes. À nous d’insuffler auprès de nos équipes cette envie d’entreprendre au cœur de nos organisations, d’inviter nos collaborateurs à développer leurs idées au sein de l’entreprise. S’ils trouvent de quoi financer leurs projets au cœur même de l’entreprise, nos collaborateurs y resteront et continueront de contribuer à sa croissance.

Soutenir la prise d’initiative à l’échelle de l’entreprise, de mon point de vue, permet aussi de redonner du sens à ce que nous faisons. Pour le personnel, c’est aujourd’hui essentiel.