ENTREPRISES & STRATÉGIES — Finance & Légal

LES PRIORITÉS DANS LA SUITE DE LA CRISE (2)

«Co-créer les modèles de demain»



«L’humain est l’enjeu fondamental sans lequel les autres défis qui nous attendent ne seront pas relevés», analyse John Psaila. (Photo: Deloitte Luxembourg)

«L’humain est l’enjeu fondamental sans lequel les autres défis qui nous attendent ne seront pas relevés», analyse John Psaila. (Photo: Deloitte Luxembourg)

Quelles doivent être les priorités des entreprises dans ce qui sera l’après-crise? Sur invitation de Paperjam, plusieurs experts répondent à cette question. Pour John Psaila, CEO et managing partner de Deloitte Luxembourg, ce qu’il appelle l’esprit de la résilience par l’innovation devra notamment être au cœur de la culture des entreprises.

L’année 2020 s’est terminée avec un constat clair. Celui que les bouleversements que nous traversons, en tant qu’individus, en tant qu’acteurs économiques et sociaux, en tant que sociétés interconnectées, auront des répercussions multiples et durables. Il y a urgence à tirer les enseignements de cette crise afin d’en saisir toutes les opportunités. Je suis convaincu que celles-ci sont multiples et qu’elles peuvent constituer une base solide sur laquelle construire des modèles économiques et sociaux répondant aux nombreux défis de notre avenir commun.

Il ne s’agit pas ici de plaquer des solutions toutes faites, mais plutôt d’identifier les forces sur lesquelles les acteurs économiques peuvent et doivent s’appuyer.

Faire de la capacité de résilience une constante

Des pans entiers de marchés ont été bouleversés, certains acteurs économiques faisant l’expérience d’une remise en cause totale de leurs modèles. Pour d’autres, des usages nouveaux sont apparus, nécessitant une adaptation rapide. Enfin, ceux qui avaient intelligemment misé, en amont de la crise, sur leurs capacités d’innovation et qui s’étaient construits sur de solides fondations, ont su tirer leur épingle du jeu et ont mis à profit cette situation pour accélérer leurs mutations.

Dans ce contexte, la capacité de résilience est une composante majeure de la pérennité des acteurs économiques, et elle ne sera effective que si habilement conjuguée avec une stratégie solide en matière d’innovation. Il s’agit de s’équiper des compétences à même de traduire ces innovations en de nouveaux modèles, de nouveaux services, adaptés à un contexte mouvant. C’est ce que j’appelle la résilience par l’innovation, et cet esprit doit être au cœur de la culture des entreprises.

Renforcer les processus de transformation

Nombre d’acteurs économiques ont dû affronter une transformation digitale à marche forcée, démontrant dans le même temps que des changements structurels profonds que l’on pouvait parfois penser nécessiter plusieurs mois ou années afin d’être déployés ont, dans certains cas, pu être réalisés en l’espace de quelques jours. Nous avons, chez Deloitte, pu constater que les investissements entrepris de longue date en matière de digitalisation, mais aussi d’agilité de nos collaborateurs, ont permis d’assurer la continuité de nos activités et de nos services à nos clients. Une véritable stratégie de transformation doit ainsi avoir pour objectif de devancer les changements en renforçant les capacités d’adaptation.  

La digitalisation n’est plus aujourd’hui une manière de prendre de l’avance sur la compétition, mais une manière de rester dans la compétition. Ce qui était perçu comme un avantage est devenu un prérequis.

Valoriser l’agilité, celle des structures et des individus

L’organisation du travail est également questionnée avec l’émergence de nouvelles attentes de la part des collaborateurs. Les entreprises se doivent d’apporter des réponses à ces enjeux, sans quoi leur attractivité pour les talents et la pertinence de ce qu’elles ont à offrir sur le marché seront remises en cause.

Dans ce contexte, de grandes entreprises, y compris parmi les Gafa, ont récemment annoncé proposer à leurs employés de rester en télétravail autant qu’ils le souhaitent à l’avenir. Pour rendre un tel changement possible, l’investissement dans la formation de tous les acteurs concernés – leaders, managers, collaborateurs – est essentiel. Dans le même temps, une plus grande flexibilité des personnes s’accompagne d’une plus grande agilité des structures elles-mêmes. Hubs de coworking pour les employés, modèles hybrides présentiel/télétravail et flexibilité des horaires sont autant de pistes pour accompagner cette nouvelle donne.

Incorporer la durabilité au cœur des systèmes et des acteurs économiques

Le dernier pilier, complémentaire aux précédents, est l’intégration de la durabilité dans toutes les dimensions de la vie économique. Il s’agit de repenser les priorités, de (re)définir les objectifs et de rassembler les énergies autour d’un projet commun. Il nous faut collectivement établir une stratégie sur le temps long, qui englobe les externalités négatives potentiellement engendrées et établit des objectifs mesurables, tout en demeurant génératrice de valeur ajoutée. Non seulement parce que les investisseurs et les consommateurs sont en attente de cela, mais simplement parce que le seul futur à construire est un futur dont nos enfants pourront se saisir sans craindre un effondrement général du système qui prévaut aujourd’hui.

Établir le Luxembourg comme une référence

Le Luxembourg a des atouts indéniables afin de demeurer un acteur dynamique et créateur de valeur ajoutée. Je vis au Luxembourg depuis bientôt 20 ans, et suis impressionné par la robustesse économique de ce petit pays. Sa stabilité, le pragmatisme éclairé de ses décideurs économiques et politiques, et son positionnement au cœur de l’Europe, sont autant d’atouts à valoriser. Dans le même temps, l’entrepreneuriat qui, malgré la crise, continue de montrer son dynamisme, peut être soutenu encore davantage, par le biais d’un écosystème complet capable de favoriser les synergies, et d’accompagner les acteurs dans le financement, la réalisation et la mise sur orbite de leurs projets.

Couplées aux choix ambitieux du pays des secteurs d’avenir – je pense ici à l’espace, aux data, aux fintech ou encore aux healthtech –, le Luxembourg est à même de créer de nouvelles poches de croissance, en parallèle de son système financier de premier plan.

Chez Deloitte, nous continuerons à accompagner tous ces acteurs sur le chemin de ces transformations, tout en poursuivant nous-mêmes notre réflexion sur les nouveaux modèles qui rendent possibles les succès futurs. Une conviction fondamentale et de longue date reste au cœur de ce processus: l’importance de mettre nos collaborateurs au premier plan de ces transformations en les rendant acteurs et innovateurs. L’humain est l’enjeu fondamental sans lequel les autres défis qui nous attendent ne seront pas relevés. Ensemble, nous pouvons créer les conditions d’un futur durable, qui puisse bénéficier à tous, et je suis, pour ma part, déterminé à contribuer à faire de cette ambition une réalité.