PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Renforcer et prolonger, dernier recalibrage de la BCE en 2020



Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la BIL. (Photo: BIL)

Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la BIL. (Photo: BIL)

Alors que la résurgence de la pandémie de coronavirus freine la reprise dans la zone euro, la Banque centrale européenne a annoncé un renforcement de son soutien. Les nouvelles mesures prolongent son programme d’achat d’obligations et incluent de nouveaux apports de liquidités à des conditions très avantageuses aux banques, à condition que celles-ci continuent de les transmettre aux entreprises et aux consommateurs sous forme de nouveaux prêts.

Les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement de la BCE ainsi que ceux de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt demeurent inchangés, à respectivement 0,00%, 0,25% et -0,50%. Le Conseil des gouverneurs a indiqué que les taux devraient rester à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu’à ce que les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à, 2%. À en juger par les chiffres actuels, le compte n’y est pas: l’inflation est ressortie à -0,3% en glissement annuel au mois de novembre, comme lors des deux mois précédents. Malgré un «engagement en faveur de la symétrie», la BCE ne pense pas être en mesure de faire remonter l’inflation au-delà de 1,4% d’ici 2023.

S’agissant de son programme d’achat d’actifs, la BCE a augmenté l’enveloppe consacrée à son programme d’achats d’urgence face à la pandémie (pandemic emergency purchase program, PEPP) de 500 milliards d’euros, la portant à un total de 1.850 milliards d’euros. Elle a aussi étendu l’horizon fixé pour les achats nets au titre du PEPP jusqu’à fin mars 2022 au minimum, tandis que les produits des titres arrivant à échéance seront investis au moins jusqu’à la fin de 2023. Ces dispositifs viennent compléter le programme d’achat d’actifs (asset purchase program, APP), qui se poursuivra à un rythme mensuel de 20 milliards d’euros et sera maintenu aussi longtemps que nécessaire pour renforcer les effets accommodants des taux directeurs. Les principaux taux d’intérêt ne seront pas relevés tant que ce programme sera en cours.

Une batterie de nouvelles mesures

Afin de veiller à ce que les banques de la zone euro disposent de liquidités suffisantes, la BCE a déployé une batterie de nouvelles mesures. Elle a prolongé d’un an, jusqu’à juin 2022 (alors que le consensus s’attendait à un prolongement de six mois), la période durant laquelle les banques peuvent se refinancer à -1%, à condition de respecter certaines conditions de prêt. Elle a également annoncé qu’elle effectuerait trois opérations de refinancement supplémentaires pour les prêts à trois ans, la dernière étant programmée pour décembre 2021.

La BCE a déclaré: «Les mesures de politique monétaire adoptées aujourd’hui contribueront à préserver des conditions de financement favorables pendant la période de pandémie, favorisant ainsi le flux de crédits vers l’ensemble des secteurs de l’économie, soutenant l’activité économique et maintenant la stabilité des prix à moyen terme.»

La BCE a équipé la zone euro d’une sorte de coupe-vent.
Olivier Goemans

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation,  BIL

C’est un hiver très rude qui s’annonce pour la zone euro, au bord d’une récession à double creux et exposée à un risque de «no deal» (ou d’accord très limité) pour le Brexit. La BCE a équipé la zone euro d’une sorte de coupe-vent, mais comme Christine Lagarde l’a elle-même indiqué, c’est d’un ensemble de mesures budgétaires ambitieuses et coordonnées dont la région a réellement besoin. Ce dossier est resté en stand-by ces derniers temps en raison du désaccord de la Hongrie et de la Pologne à l’égard du principe de conditionnalité. Il faudra encore attendre quelques heures pour savoir si l’optimisme du chef du parti au pouvoir en Pologne concernant une sortie de l’impasse budgétaire n’est pas feint. La politique monétaire peut seulement apporter des financements à des conditions avantageuses, et tenter d’alléger le fardeau de la dette pesant sur les entreprises et les consommateurs. Elle n’a pas la capacité de stimuler la demande et l’investissement.

En tout cas, au moment où les 350 millions d’habitants de la zone euro sont dans l’attente d’un vaccin contre le coronavirus, la BCE a abattu ses meilleures cartes pour que les dirigeants européens puissent s’entendre sur un ensemble de mesures budgétaires qui se répercutera sur l’économie réelle.