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Que faut-il attendre en 2019 sur les marchés?

Ralentissement quasi certain, peut-être récession



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Jacques Chahine: «Les facteurs de risque sont multiples et tendent à s’aggraver pour certains.» (Photo: Étienne Delorme / archives)

Les contributeurs de la chronique financière livrent leurs prévisions sur les marchés en 2019. Que faut-il attendre comme tendances? Quels marchés seront porteurs? Éléments de réponse avec Jacques Chahine, président de JAJ Investment Group.

Avec notre très longue expérience des économistes et analystes financiers, leurs prévisions n’ont jamais donné un signe précurseur de l’arrivée d’une crise. Par exemple, personne n’a vu venir la crise des subprimes et ses effets dévastateurs. En pratique, c’est toujours le marché qui donne le signal des grandes inflexions.

Une récession est toujours précédée par une correction de cours, mais toute correction de cours ne signifie pas récession. Dans l’actualité que nous vivons, bien malin celui qui pourra prédire que la baisse va s’accélérer et nous faire rentrer en récession ou que les choses vont rentrer dans l’ordre.

Il est toujours facile après coup de dire qu’il était évident que telle ou telle bulle devait éclater. Le niveau de correction des marchés américains avec une baisse de 13% du S&P 500 de son plus haut de septembre dernier a franchi le territoire de correction situé à 10% et s’approche du territoire du bear market des 20% qui anticipent une récession.

Le secteur financier est déjà en bear market, étant le premier exposé aux risques d’une récession. Les facteurs de risque sont multiples et tendent à s’aggraver pour certains. Voici une liste non exhaustive:

  1. La montée en ligne des guerres commerciales tous azimuts: Chine en priorité, l’Union européenne, l’Asie…;
  2. La remontée des taux de la Fed et risques de défaillances dans les high yield;
  3. La montée du populisme en Europe, créances douteuses dans les banques italiennes et autres;
  4. Le retour des sanctions sur l’Iran et risque de déstabilisation du marché pétrolier;
  5. Le risque sur les devises émergentes fortement endettées en dollars;
  6. Les tensions avec la Russie et la cyberguerre;
  7. La crise en Corée du Nord qui a peu d’espoir de se terminer malgré les pourparlers en cours;
  8. L’approche de l’échéance du Brexit.

Donald Trump a déstabilisé le commerce mondial avec la guerre livrée notamment avec la Chine, non sans un certain impérialisme en faisant arrêter le directeur financier de Huawei et fille du fondateur. Les pauvres Canadiens en font les frais avec prise d’otages de leurs citoyens en Chine. La conséquence perceptible est le ralentissement programmé de la croissance chinoise en 2019 qui passera à 6,2% contre 6,5% en 2018 et qui est encore sujette à révision.

La remontée des taux de la Fed impacte l’économie américaine en augmentant substantiellement le spread sur les emprunts high yield qui risquent de faire faillite notamment dans le secteur pétrolier, qui fait face à la chute brutale du prix du baril. Avec la correction des marchés, beaucoup d’investisseurs se sont retirés et réfugiés dans les emprunts du trésor et du coup la courbe des taux s’est aplatie entre 1 an et 5 ans.

Le marché a peur que la Fed inverse sa politique, ce qu’elle fait en cas de récession.

Jacques Chahine, président de JAJ Investment Group

Cela signifie que la Fed va se contenter d’une ou deux hausses de taux dans les mois prochains, contre quatre attendues avant la crise. Le marché a peur que la Fed inverse sa politique, ce qu’elle fait en cas de récession. L’aplatissement de la courbe est défavorable aux banques qui n’ont pas de marge entre le coût des dépôts et le coût des prêts à long terme. La hausse du dollar pose des risques aux pays émergents endettés dans cette devise comme la Turquie, où la croissance est stoppée en 2019 avec un risque de défaut sur des emprunts auprès de banques européennes. 

L’environnement en Europe s’est passablement dégradé avec l’impact sur l’Allemagne de la guerre commerciale, la montée des nationalismes et la continuelle fragilité du système bancaire italien, mais également du géant Deutsche Bank. Le pauvre Draghi a beau injecter des milliards avec son programme Q/E et ses taux négatifs la machine a tendance à s’essouffler.

L’année 2018 se terminera moins bien qu’elle n’a commencé, avec une croissance révisée à la baisse à 1.9% pour la zone euro et 1.7% en 2019, mais revue constamment en baisse. Un ralentissement aux US et en Asie risque de dégrader rapidement cette perspective. La croissance mondiale en 2019 sera en recul à 3,2% (en devises) contre 3,4% en 2018, mais la montée des risques que nous avons évoqués risque de réduire passablement ce chiffre.

Après la correction des cours vient la correction des profits et elle est maintenant visible dans le consensus des analystes. La hausse des profits du S&P 500 passera de 21,7% en 2018 (impact réforme fiscale) à 7,3% en 2019, qui était de 10% avant la baisse des marchés. Les révisions à la baisse se multiplient dans le secteur industriel, les microprocesseurs et les géants Apple et Facebook.

La chute du prix du baril n’a pas été encore répercutée sur les profits de 2019. Nous estimons la hausse des profits à 5% dans un scénario de simple ralentissement. L’objectif de cours du S&P 500 serait de 2.732 points fin 2019 dans une hypothèse d’un modeste ralentissement. Pour une récession modérée, l’objectif serait de 2443 points pour un dernier cours de 2.546 points. Dans la mesure où on est sous-pondéré déjà, une baisse additionnelle de 100 points de l’indice peut être un point d’entrée sans risque excessif.