PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Regain d’intérêt pour l’or



Grâce aux progrès réalisés en termes de rentabilité et à la reprise d’un mouvement haussier sur l’or, lié désormais au moindre soubresaut sur une reprise structurelle de l’inflation, les mines d’or devraient de nouveau séduire les investisseurs. (Photo: Shutterstock)

Grâce aux progrès réalisés en termes de rentabilité et à la reprise d’un mouvement haussier sur l’or, lié désormais au moindre soubresaut sur une reprise structurelle de l’inflation, les mines d’or devraient de nouveau séduire les investisseurs. (Photo: Shutterstock)

Après une année 2020 marquée par un plus haut historique, 2021 se présente comme une année en demi-teinte pour les cours de l’or dans un contexte de début de normalisation des politiques monétaires des banques centrales. Toutefois, la pérennité des pressions inflationnistes fait remonter les cours de l’or.

«L’or est une classe d’actif contracyclique, un actif défensif, une réserve de valeur dans les périodes un peu volatiles», résume Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques et spécialiste des ressources naturelles chez CPR AM. Pour ce dernier, le principal moteur de ce marché est l’évolution des taux d’intérêt réels américains. Autrement dit, la différence entre les taux d’intérêt nominaux et l’inflation. «Et depuis maintenant quelque temps, les taux d’intérêt réels américains sont en zone négative. Les perspectives d’inflation sont fortement remontées et, pour autant, les taux américains à long terme sont restés à des niveaux assez stables et très bas également. On est aujourd’hui sur ‘les 10 ans américains’ aux alentours de 1,33%, tandis que les taux long terme américains sont négatifs de presque 1%. C’est un environnement extrêmement positif pour le métal jaune.» L’or est en effet un actif qui ne génère pas de rendement. Donc, lorsque les taux d’intérêt réels sont négatifs, le fait de détenir ce métal ne constitue pas un manque à gagner pour l’investisseur. «S’il n’avait pas investi ses liquidités en or, elles seraient placées sur du marché monétaire à taux négatifs.»

Ces sociétés sont en pleine forme, alors que, dans le même temps, leur performance n’a pas été si bonne que cela.
Arnaud du Plessis

Arnaud du Plessis,  gérant actions thématiques et spécialiste des ressources naturelles,  CPR AM

Toute la question est de savoir si cet environnement est appelé à s’inscrire dans la durée. Pour Arnaud du Plessis, la clé sera le rythme de la normalisation de sa politique monétaire qu’amorce la Fed. L’analyste s’attend à ce que la Banque centrale américaine entame son tapering de «manière très progressive» dès novembre. Et pour ce qui est de la remontée des taux d’intérêt, question qui suscite plus de débats au sein du Comité monétaire de la Fed (FOMC), il estime que la normalisation sera également progressive et soigneusement monitorée. «Un atout pour le marché de l’or, car il y a une assurance d’éviter les à-coups.» La conjugaison d’une inflation plus persistante que prévu et de banques centrales contraintes à la modération en matière de remontée des taux pour ne pas gripper la reprise «devrait se traduire par un environnement de taux d’intérêt réels très bas, voire négatifs, durant un temps relativement important».

Plus que le métal jaune, Arnaud du Plessis privilégie les sociétés minières. Le coût d’exploitation des mines d’or est de 950 dollars l’once. Si on y ajoute les taxes, les investissements de croissance, les amortissements et autres frais, on est aux alentours de 1.200 dollars. Avec des cours oscillant autour de 1.700 dollars, la marge est importante. «Ces sociétés sont en pleine forme, alors que, dans le même temps, leur performance n’a pas été si bonne que cela.» Au contraire, elles sont même en retard par rapport au marché. Des bonnes affaires sont donc encore possibles.

Cet optimisme est partagé par Charles-Edouard Bilbault, gestionnaire du fonds R-co Thematic Gold Mining de Rothschild & Co Asset Management Europe.

Après plusieurs trimestres de contraction, la demande en or physique commence à se redresser.
Charles-Edouard Bilbault

Charles-Edouard Bilbault,  gestionnaire du fonds R-co Thematic Gold Mining,  Rothschild & Co Asset Management Europe

Lui aussi estime que les taux réels vont rester structurellement négatifs, avec une progression plus rapide des perspectives inflationnistes que celle des taux d’intérêt. «Et donc favorables aux cours de l’or.»

Il observe qu’«après plusieurs trimestres de contraction, la demande en or physique commence à se redresser, portée par un regain d’intérêt des investisseurs pour les actifs tangibles, sous forme de lingots ou d’ETF. Mais aussi de la part des ménages chinois et indiens pour la bijouterie, même si cette dernière s’est fortement tarie au cours de la crise sanitaire. Les banques centrales se repositionnent également à l’achat après avoir été nettes vendeuses au cours de l’année 2020.»

Si la demande décolle, l’offre n’est pas dans cette dynamique.

Pour lui, «l’industrie aurifère évolue dans un environnement difficile. Le taux de succès de l’exploration est faible, seule une découverte sur dix est exploitée. Les conditions financières, environnementales et techniques d’exploitation des mines se sont durcies, rendant plus longues et compliquées les conditions d’octroi des permis. Entre la découverte d’un gisement, le premier forage d’exploration, la construction de la mine et l’extraction de la première pépite, une dizaine d’années se sont écoulées. La production d’or des mines est légèrement en baisse sur les dernières années, mais l’appauvrissement des ressources géologiques s’accélère. Alors que la concentration en minerai s’élevait à 1,6 gramme par tonne en 2004, elle est tombée à 0,80 gramme en 2020. Conséquence, les mines s’appauvrissent. Leur durée moyenne d’exploitation est passée de 15 ans à 10 ans aujourd’hui.»

Jouer le thème de la consolidation

Pour autant, les groupes aurifères ont su réduire leurs coûts de production en se reconcentrant sur les projets les plus rentables. «Cette restructuration de l’industrie a rendu les groupes aurifères plus sains, plus profitables, capables de générer d’importants flux de trésorerie, et ce, sans même bénéficier d’une remontée des cours de l’or.»

Si, pendant longtemps, le secteur aurifère a détruit de la valeur, ce n’est plus le cas, estime l’analyste. Ce dernier conseille de faire un peu de place aux valeurs aurifères dans un portefeuille en jouant le thème de la consolidation. Ce mouvement a concerné les principaux acteurs de l’industrie et touche désormais les sociétés «midcaps» et «juniors», des sociétés qui exploitent un ou deux projets, qui souhaitent rationaliser leurs coûts administratifs et atteindre une taille critique afin d’être plus attrayantes auprès des investisseurs. «La poursuite de la consolidation offrira des opportunités aux investisseurs, sachant que les primes d’acquisition ressortent en moyenne à 30%. Les petites sociétés d’exploration pourraient constituer des cibles pour les majors dans le but d’accroître leurs découvertes, assurer la pérennité de leurs productions minières et leur rentabilité du capital.»