PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Mode de financement

Pourquoi le private equity?



Le private equity concentre l’attention de nombreux investisseurs prêts à prendre davantage de risques pour obtenir plus de rendement. Mais pourquoi et comment accéder à cet univers encore très fermé?

Mode de financement des entreprises non cotées à différents stades de leur existence, le private equity, ou ­capital-investissement, est réputé pour sa capacité à dégager de la performance à long terme. «Sur 10 ou 20 ans, le private equity présente 2 à 3 points de rendement supérieur par rapport aux actions. Cela peut varier d’une région à l’autre. Sur ces 10 dernières années, le marché coté américain, poussé notamment par la technologie, affiche des performances en ligne avec le private equity. Par contre, en Europe et en Asie-Pacifique, le capital-investissement a surperformé les actions», analyse David Seban-Jeantet, chief investment officer de Société Générale ­Private Wealth Management. Dans un environnement de taux d’intérêt très bas qui s’inscrit dans la durée, il est dès lors logique que de plus en plus d’investisseurs en quête de rendement s’intéressent à ce placement alternatif.

Dans l’espoir d’atteindre cette performance plus élevée, l’investisseur doit toutefois accepter de prendre davantage de risques et d’immobiliser son épargne pour une longue période. «Si on revient aux principes de base, le triangle de l’investisseur comprend trois dimensions que sont le rendement, le risque et les liquidités. À chacun de se situer entre ces trois sommets quand on souhaite placer son argent en fonction de ses attentes de rentabilité, de son aversion au risque et de son horizon de placement, explique Sébastien ­Collard, head of relationship management Europe d’Alter Domus. Dans le cas du private equity, on trouve un rendement intéressant, supérieur à celui du marché boursier. Les candidats sont donc davantage prêts à prendre des risques, en connaissance de cause. Il s’agit par ailleurs, la plupart du temps, de fonds fermés, dont on ne peut sortir qu’à des horizons d’investissement de 5 à 7 ans. La liquidité est pratiquement absente de l’équation.»

On assiste à un alignement idéal des intérêts entre l’investisseur, le gestionnaire de fonds et la société dans laquelle l’argent est investi.

Sébastien Collard,  head of relationship management Europe,  Alter Domus

Une diversification importante

Les fonds de private equity ont l’avantage d’être décorrélés du marché coté. Là où une élection, une crise sanitaire ou des turbulences géopolitiques peuvent faire chuter la bourse, le capital-­investissement permet de soutenir au quotidien des entreprises non cotées, dans une perspective de croissance pérenne. «On assiste par ailleurs à un alignement idéal des intérêts entre l’investisseur, le gestionnaire de fonds et la société dans laquelle l’argent est investi, précise Sébastien Collard. Le gérant de fonds alternatifs est rémunéré par des management fees. Si le fonds atteint un certain niveau de performance, des performance fees viennent s’ajouter. À l’autre bout de la chaîne, l’entreprise profite des capitaux et ­parfois du savoir-faire d’investisseurs pour construire et financer sa croissance.» À l’arrivée, tout le monde y gagne.       

L’investisseur réduit toutefois le risque total qui pèse sur son portefeuille, tout simplement parce qu’il joue la carte de la diversification.

David Seban-Jeantet,  chief investment officer,  Société Générale ­Private Wealth Management

Le private equity est à considérer comme une piste de diversification au sein d’un portefeuille d’investissement qui contient des actifs liquides comme des actions et des obligations. Cela implique cependant que l’investisseur dispose d’une surface financière suffisante pour allouer une part de ses investissements dans ces actifs plus risqués et illiquides. «Il faut comprendre que, bien qu’abandonnant l’aspect liquidité, l’investisseur réduit toutefois le risque total qui pèse sur son portefeuille, tout simplement parce qu’il joue la carte de la diversification, précise David Seban-Jeantet. Un fond de private equity se déploie habituellement sur une période de trois ans, ce qui permet tout d’abord une diversification en termes de millésime. Mais le capital-investissement couvre aussi beaucoup de réalités différentes, avec le venture capital et son soutien aux jeunes sociétés, le développement des entreprises en croissance, les solutions aux problématiques de changement d’actionnariat, notamment dans le cadre de la transmission des entreprises patrimoniales (LBO). Chaque proposition de valeur est différente et permet de varier son exposition au risque.» ­L’investisseur peut encore miser sur des entreprises situées dans différentes régions du monde et actives dans des secteurs très variés.

Il existe différentes manières de s’engager dans le private equity. L’investissement peut se faire en ligne directe, en prenant des parts dans une société privée. «Nous avons par exemple des clients qui ont cédé leur entreprise familiale, mais qui gardent l’envie de rester impliqués dans la gestion d’une société, d’apporter leurs connaissances et leurs idées et qui disposent donc d’un portefeuille de sociétés. Cela demande toutefois énormément d’implication de leur part pour accompagner le management et participer aux comités de direction», relate David Seban-Jeantet. Il existe bien d’autres stades d’implication, moins contraignants. L’investissement dans un fond dont la gestion est confiée à un tiers est le plus courant.

À qui s’adresse le marché?

Les fonds de private equity ont la particularité d’être des fonds fermés affichant des tickets d’entrée très élevés, autour de 250.000 euros minimum. Ils ne sont donc pas accessibles à toutes les bourses, et les petits épargnants en sont exclus. «À l’origine, cette classe d’actifs s’adresse à une clientèle institutionnelle, professionnelle, aux high net worth individuals qualifiés, dont ­l’expertise est établie, parce qu’il faut d’abord comprendre dans quoi on investit», reprend Sébastien Collard. Si l’accès est plutôt réservé, l’industrie entre dans une phase de maturation. «À l’image de ce que le Luxembourg a connu avec les fonds Ucits, on assiste à un phénomène de standardisation dans le domaine des investissements alternatifs. L’automatisation accrue et les gains d’efficience dans les processus conduisent à une réduction des coûts opérationnels, ce dont profite directement l’investisseur. Plus la classe d’actifs se développe, plus la gamme s’élargit, plus le produit se démocratise.»

Le Luxembourg a prouvé à maintes reprises sa capacité à anticiper et à ­s’adapter aux besoins du marché.

Sébastien Collard,  head of relationship management Europe,  Alter Domus

Les promoteurs et les gestionnaires de fonds alternatifs trouvent aujourd’hui au Luxembourg tous les outils nécessaires pour construire des fonds de private equity qui répondent aux attentes très variées du marché. De leur côté, les banques privées, les family offices et les investisseurs privés regardent avec davantage d’intérêt le monde du private equity. «Le Luxembourg a prouvé à maintes reprises sa capacité à anticiper et à ­s’adapter aux besoins du marché. Tout a commencé avec la société d’investissement en capital à risque (Sicar), véhicule lancé en 2004. Elle a été suivie par le fonds d’investissement spécialisé (Fis) ou specialised investment fund (Sif) en 2007. En 2013, c’est la société en commandite spéciale (SCSp) qui a fait son apparition, avant la création du fonds d’investissement alternatif réservé (Raif) en 2016, véhicule flexible et indirectement régulé au travers de sa société de gestion, détaille ­Sébastien Collard. Ce dernier véhicule connaît un large succès avec plus de 1.250 fonds Raif répertoriés aujourd’hui.» Ce type de fonds répond en partie à l’ouverture du marché vers d’autres investisseurs, moins fortunés. « Il demande toutefois la capacité de placer 125.000 euros au minimum, ce qui n’est pas encore à la portée de tout le monde», précise le head of relationship management Europe d’Alter Domus.

Vers des fonds plus liquides?

D’autres véhicules d’investissement, un temps oubliés, reviennent sur le devant de la scène aujourd’hui. «C’est notamment le cas de l’European long-term investment fund, ou ELTIF, qui existe au Luxembourg depuis 2015. On ne compte que 27 fonds ELTIF en Europe, dont moins de 10 au Luxembourg. On peut donc parler de faux départ, mais cela évolue, et on constate un regain d’intérêt pour ce label. Le seuil d’entrée n’y est que de 10.000 euros. L’accès est donc plus facile. On se rapproche davantage des fonds Ucits, la notion de protection de l’investisseur est plus forte, tout comme la diversification des assets» poursuit Sébastien Collard.

La tendance est donc à l’ouverture. Les fonds de fonds, tout comme les fonds nourriciers ­(feeder funds) attirent notamment les banques privées et les family offices. Dans ce modèle, les asset managers ou les banques créent un fonds qui va investir uniquement dans d’autres fonds de ­private equity.

Nous voyons une très forte demande des fonds institutionnels avec des levées de fonds records sur de très longs horizons de placement.

David Seban-Jeantet,  chief investment officer,  Société Générale ­Private Wealth Management

L’autre défi est d’augmenter la liquidité des fonds dédiés au private equity, en prévoyant des clauses de sortie plus courte, à trois ou cinq ans par exemple, pour s’adresser à une clientèle moins fortunée. «Il est clair que l’un des axes de croissance des fonds de private equity est d’élargir le panel d’investisseurs privés qui peuvent y participer. Nous sommes toutefois encore très loin d’un produit retail accessible à tous. Le régulateur est là pour protéger les petits investisseurs privés, et les réglementations sont trop contraignantes pour permettre une ouverture rapide», termine Sébastien Collard. Nous restons encore aujourd’hui sur la notion d’investisseurs qualifiés disposant d’une surface financière très importante et capables de faire face à d’éventuelles pertes. «Nous voyons d’ailleurs une très forte demande des fonds institutionnels avec des levées de fonds records sur de très longs horizons de placement, précise David Seban-Jeantet. Les promoteurs n’ont souvent pas besoin de l’apport d’in­vestisseurs moins fortunés.» À l’avenir, le succès du private equity résidera notamment dans la capacité de ses promoteurs à réduire le ticket d’entrée pour élargir la clientèle en mesure d’offrir une ­nouvelle rentabilité à ses économies, avec un risque mesuré. Un véritable challenge pour toute ­l’industrie des fonds alternatifs.

Cet article a été rédigé pour le supplément «Guide de l’investisseur» accompagnant l’édition magazine de  Paperjam datée de décembre  qui est parue le 25 novembre 2020.

Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine, il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.

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