ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Ben Frin, directeur financier d’Arthur Welter

«Nous avons peur d’être punis par des impôts supplémentaires»



«Le projet pour l’instant, c’est clairement de pouvoir satisfaire la demande de nos clients existants», résume Ben Frin. (Photo: Ben Frin)

«Le projet pour l’instant, c’est clairement de pouvoir satisfaire la demande de nos clients existants», résume Ben Frin. (Photo: Ben Frin)

Boosté par le Covid-19, le secteur des transports et de la logistique se heurte à un manque récurrent de chauffeurs et d’alternatives au diesel. Le point avec Arthur Welter, à l’occasion de l’inauguration de 25.000m² de panneaux photovoltaïques sur ses toits de Dudelange.

Arthur Welter inaugurera, ce jeudi 15 octobre, la toute nouvelle installation photovoltaïque du fournisseur d’électricité Enovos, posée sur le toit de son hall de stockage à Dudelange. L’occasion de faire le point sur la stratégie écologique et économique de l’entreprise familiale de transport et logistique avec son directeur financier, Ben Frin.

Que représente cette installation photovoltaïque pour votre entreprise?

Ben Frin. – «Le projet (en place depuis plus d’un mois, ndlr) s’est fait avec Enovos. Nous leur fournissons la surface et eux l’exploitent. (C’est aussi Enovos qui le finance, ndlr). Nous avions une très grande surface de libre sur le toit de notre hall dans le parc logistique Eurohub Sud à Dudelange: 25.000m². 8.150 panneaux photovoltaïques y ont été installés. Ils produisent 2,55 GW par heure, avec une puissance de 2,68 mégawatts-crête. Cela peut fournir l’électricité pour à peu près 500 foyers. Nous voulons montrer qu’on essaie toujours de travailler de la façon la plus verte possible, sachant que notre secteur n’a pas la meilleure image de propreté, parce qu’on roule au diesel.

Vous mettez donc le site à disposition gratuitement?

«Non, il y a un loyer, une redevance. Je pense que le montant restera entre Enovos et nous.

Comment votre entreprise, qui consomme environ 12 millions de litres de diesel par an avec une flotte de 850 véhicules, peut-elle se verdir?

«Nous avons une camionnette porteur qui est en électrique, mais je dois vous avouer que nous ne pouvons pas l’utiliser pour la totalité de nos activités, car, déjà, elle n’a pas de monte-charge. La plus grande partie de notre business concerne le transport de marchandises lourdes sur palettes, on ne fait presque pas de petits colis. Il existe des camions porteurs, on le sait, d’environ 19 tonnes. Mais ce sont des camions qui aujourd’hui coûtent environ huit fois le prix d’un véhicule diesel. Et nos camions font de très longues distances dans toute l’Europe. Les véhicules électriques n’ont pas une autonomie de 300 kilomètres.

En plus de Dudelange, nous avons déjà un entrepôt d’environ 5.000m² à Leudelange, et là aussi, il y a des panneaux photovoltaïques sur les toits.

Nous avons depuis plusieurs années le certificat Lean & Green de l’État luxembourgeois, nous avons prouvé pendant plusieurs années qu’on arrivait à réduire notre consommation de CO2 d’environ 20%. Par exemple, en n’utilisant que des camions de la norme Euro 6, en utilisant des pneus économiques. Nous renouvelons notre flotte d’environ 20% chaque année pour toujours avoir les camions les plus modernes et les moins consommateurs.

Nous avons peur d’être punis par des impôts supplémentaires sur le CO2 ou de nouvelles accises sur le diesel, sachant que nous n’avons pas d’alternatives au diesel, alors que pendant la crise, on nous a indiqué qu’on était systémiques et qu’il fallait pouvoir compter sur nous.

Justement, à quel point la crise a-t-elle affecté vos activités?

«Nous nous sommes rendu compte qu’on avait besoin de nous pour tout ce qui concerne la livraison d’alimentation, des pharmacies, d’aide à la logistique… Par exemple, transporter des masques, des hôpitaux mobiles. En ce qui concerne le fret aérien, on a connu une très forte hausse de la demande. Sauf quelques petites décroissances temporaires, on peut dire que pendant tous les mois du Covid, on a connu une croissance. En termes de chiffre d’affaires, presque +10%.

Maintenant, le plus gros challenge est de satisfaire cette demande, alors que nous connaissons un problème de recrutement de chauffeurs.

Comment tentez-vous d’y remédier?

«C’est un problème commun à toute l’Europe, on ne sait pas très bien pourquoi, une partie des gens ne veulent plus faire ce travail. Il faut savoir qu’il est fortement désavantagé par rapport à des lois européennes. Par exemple, un chauffeur français qui a un contrat de travail au Luxembourg, quand il roule plus de 25% de son temps dans son pays de résidence, doit se faire affilier auprès de la Sécurité sociale française. C’est un désavantage pour le Luxembourg: vous roulez cinq minutes et vous êtes déjà à la frontière. Nous sommes en discussion avec les autorités à ce sujet.

Combien de chauffeurs employez-vous?

«720 chauffeurs. Nous voulons être plus visibles sur le marché du travail, nous avons lancé une petite campagne de communication.

Nos marges sont très limitées, nous n’avons pas la possibilité d’augmenter le niveau du salaire pour recevoir plus de CV, les frais sur les salaires sont très importants. ( Selon l’OGBL en 2017 , un chauffeur peut espérer entre 2.000 et 3.250 euros en moyenne au Luxembourg. Le salaire moyen chez Arthur Welter reste confidentiel, ndlr.)

En plus d’essayer de verdir l’entreprise et de booster le recrutement, avez-vous d’autres projets stratégiques pour la suite?

«Le projet pour l’instant, c’est clairement de pouvoir satisfaire la demande de nos clients existants. Nous n’avons pas de stratégie pour rechercher la croissance, car elle n’est pas facile à gérer pour le moment.

Avec le hall logistique à Dudelange, nous allons terminer l’un des plus grands projets que l’entreprise n’ait jamais faits. Il est fonctionnel depuis le début de l’année pour la première et la deuxième partie. Pour la troisième, le déménagement des installations du client devrait commencer durant le mois d’octobre. Ceci est un véritable élargissement de nos activités dans la pure logistique. Jusqu’à maintenant, cela représentait un tiers de notre activité. Le reste était du transport routier. Cela va naturellement se rebalancer maintenant.

Quel est le montant de l’investissement?

«Ce sera certainement entre 20 et 25 millions d’euros.»