LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Carrière

LES MÉTIERS INSOLITES (8/10)

La passion du maraîchage



Sandrine Pingeon dans les jardins maraîchers qu’elle dirige à Munsbach. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Sandrine Pingeon dans les jardins maraîchers qu’elle dirige à Munsbach. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Plébiscitée par les foodies pour ses produits locaux et de saison servis dans les restaurants des grands chefs luxembourgeois, la fondatrice des Paniers de Sandrine revient sur son rapport au plein air.

Lorsque Sandrine Pingeon avait 10 ans, ses parents ont repris la ferme de son grand-père dans les Vosges. Loin d’être un souvenir idyllique, elle se souvient de s’être sentie gênée d’être fille d’agriculteurs. «À l’époque, je m’ennuyais, mes amis étaient à la piscine pendant que je devais cueillir des haricots», dit-elle, en riant.

L’expérience et l’ingéniosité qu’elle a acquises à cette époque sont à la base de l’entreprise maraîchère qu’elle a lancée à Munsbach en 2012, entreprise qu’elle a refusé de créer pendant de nombreuses années.

Après des études d’aménagement paysager, Sandrine s’installe au Luxembourg, où elle travaille pour une boulangerie Fischer, avant de rejoindre co-labor. Elle a travaillé dans l’équipe d’aménagement paysager avant les paniers de nourriture. «J’ai eu mon premier enfant, et cela m’a aidée physiquement pour travailler à la préparation des paniers», a-t-elle déclaré. De l’idée au lancement des Paniers de Sandrine en 2012, il aura fallu cinq ans. «Je savais à quel point ce serait exigeant. Enfant, j’avais vu le peu de temps libre dont disposaient mes parents», se souvient-elle.

Mais très vite, elle retrouve le plaisir de travailler avec les plantes et la terre. «La première fois que j’ai planté des graines, j’étais aussi surprise qu’un enfant le serait de les voir pousser. C’était fantastique!», se rappelle l’entrepreneure, en ajoutant: «C’est bon pour l’esprit – vous faites une tâche, et voyez les résultats tout de suite.»

La récolte des fraises aux Paniers de Sandrine à Munsbach. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

La récolte des fraises aux Paniers de Sandrine à Munsbach. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Au départ, elle avait des doutes: à l’époque, cultiver des produits locaux n’était pas aussi tendance qu’aujourd’hui, et elle n’était pas sûre que ses récoltes soient assez bonnes. Elle a appris plus tard de chefs étoilés Michelin comme Cyril Molard (Ma Langue Sourit) et René Mathieu (La Distillerie) que le fait que ses récoltes soient différentes de celles trouvées dans un supermarché était leur force. «Les chefs m’ont dit qu’elles étaient peut-être plus petites que ce que vous achetez ailleurs, mais la saveur est là», dit-elle.

Près de 10 ans plus tard, l’entreprise a prospéré, mais non sans un travail acharné. Sandrine Pingeon et son équipe cultivent leurs produits sur un site de 3,5 hectares à Munsbach, où elle s’est battue pour avoir des serres (indispensables pour un maraîcher du nord de l’Europe) et n’a fait installer un raccordement à l’eau courante qu’en 2020. Cette année-là, l’équipe a dû travailler pour contrer les effets de la sécheresse et les attaques des sangliers locaux. Ils ont depuis installé une clôture électrique.

Il faut être passionné. Et j’aime ce métier, malgré tous ses inconvénients.
Sandrine Pingeon

Sandrine Pingeon,  maraîchère/entrepreneure,  Les Paniers de Sandrine

En 2021, le problème a été le froid et le manque de soleil. «Parfois, aller au jardin peut être stressant», dit-elle, ajoutant que le téléphone portable n’arrête pas de sonner.

Et alors qu’elle dit que le secteur maraîcher est assez grand pour accueillir plus d’acteurs au Luxembourg, elle est honnête sur la difficulté de parler à des personnes qui souhaitent créer leur propre jardin maraîcher. «Si je devais recommencer aujourd’hui, je ne le ferais pas», dit-elle.

Dans le même temps, Sandrine Pingeon ne montre aucun signe d’abandon. «Il faut être passionné. Et j’aime ce travail, malgré tous ses inconvénients.»

Cet article a été écrit pour  Delano , traduit et édité pour Paperjam.