ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Liberty Steel menacé par la faillite de Greensill

OGBL et LCGB inquiets pour Dudelange, la Lorraine pour Hayange



Le CEO de GFG Alliance – maison mère de Liberty Steel –, Sanjeev Gupta, ici lors de la prise de contrôle de l’usine de Dudelange en 2019, a assuré qu’il trouverait une solution alternative à Greensill. (Photo: archives Maison Moderne)

Le CEO de GFG Alliance – maison mère de Liberty Steel –, Sanjeev Gupta, ici lors de la prise de contrôle de l’usine de Dudelange en 2019, a assuré qu’il trouverait une solution alternative à Greensill. (Photo: archives Maison Moderne)

Au Luxembourg, à Liège ou en Lorraine, syndicats et hommes politiques expriment leurs inquiétudes autour de l’avenir des sites de Liberty Steel après la faillite en cours de Greensill, une société d’affacturage à laquelle les dirigeants du sidérurgiste recouraient pour 5 milliards de dollars.

«L’OGBL a demandé une entrevue d’urgence à la direction du groupe au Luxembourg et reste en contact étroit avec les syndicats européens concernés par le dépôt de bilan du créancier de Liberty, ainsi qu’avec l’État luxembourgeois», indique le syndicat dans un communiqué, ce mercredi matin, non sans rappeler que Liberty Steel, filiale de GFG Alliance, avait annoncé 100 millions d’euros d’investissements, l’an dernier, au moment de prendre le contrôle de l’ancien site d’ArcelorMittal de Dudelange.

«Dès le début, l’OGBL avait fait part de son inquiétude face au nouveau repreneur. GFG Alliance Group est en effet connu pour son expansion brutale et le rachat de plusieurs sites en Europe, en s’endettant massivement. Cette expansion brutale ressemble de plus en plus à un château de cartes», dit encore le communiqué.

«Ce jour», enchaîne l’autre syndicat de référence dans le secteur, «le LCGB participe au groupe spécial de communication dans le cadre de l’instauration du comité d’entreprise européen où la question est soulevée et débattue».

Le syndicat chrétien social s’est dit «très inquiet et s’interroge sur les conséquences liées à cette annonce non seulement pour la santé financière de l’entreprise malmenée par les derniers évènements, mais également de l’incidence sur le comportement de ses fournisseurs et clients».

Le LCGB «exige des explications claires et des garanties concernant un éventuel risque sur l’emploi du site de Dudelange. D’autre part, au terme de la négociation de l’accord tripartite sidérurgie, le LCGB avait également envoyé un courrier en date du 20 janvier 2020 aux différents ministres de l’Économie et du Travail afin de leur faire part et de les sensibiliser sur une situation difficile que traversait le site, qui pourrait se détériorer.»

Le député du CSV, Marc Spautz , a aussi demandé des comptes aux ministres du gouvernement concernés, à propos de «l’impact du dépôt de bilan du groupe financier britannique sur la situation financière de Liberty Steel et, par extension, sur le site de Dudelange et les personnes y employées» et sur les «investissements par Liberty Steel dans le site de Dudelange depuis son annonce du début de l’année 2020».

Nous avons un financement adéquat pour nos besoins actuels tout en comblant le manque de refinancement de l’entreprise. L’obtention d’un financement alternatif à long terme progresse bien, mais il faudra du temps pour s’organiser.

Sanjeev Gupta,  CEO de GFG Alliance

«Les regards se tournent désormais vers les grands clients, parmi lesquels GFG Alliance, le groupe industriel de l’Indo-Britannique Sanjeev Gupta», indique le média belge L’Avenir. «Cet empire industriel compte 35.000 salariés dans 30 pays, avec une forte présence au Royaume-Uni (5.000 emplois), mais également en Belgique, où il a racheté les sites sidérurgiques d’Arcelor Mittal à Liège (Ferblatil et Flémalle), et en France, où il possède trois sites, l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve (Nord), l’usine de rails d’Hayange (Moselle) et un site d’aluminium à Dunkerque.»

«Je n’ai pas de crainte là-dessus, et tous les salariés d’Hayange, d’Ascoval, de Dunkerque doivent savoir que l’État sera derrière eux, qu’il sera là pour les protéger», a dit Bruno Le Maire sur France 2. «Dans tous les cas de figure, l’État sera derrière ces sites industriels et derrière les salariés», a insisté le ministre français de l’Économie. «S’il y a des difficultés financières, l’État saura faire le pont, trouver des solutions alternatives.»

N’empêche, le patron de la région Grand Est, Jean Rottner (Les Républicains), s’est dit «préoccupé» dans les colonnes du Républicain Lorrain. «La Région s’était mobilisée, en 2020, en soutien aux dirigeants et salariés du site d’Hayange dans le contexte de la reprise du site par Liberty Steel, confirmée il y a moins d’un an […]. Cette usine est un fleuron de notre industrie régionale, pour laquelle plus de 400 femmes et hommes contribuent chaque jour à la qualité des produits et font de ce site un fournisseur internationalement reconnu. Le maintien de l’activité de production et de l’emploi sur ce site représente un enjeu de souveraineté nationale.»

«Dès connaissance de l’information sur la faillite de Greensill et ses possibles conséquences sur Liberty Steel à Hayange, j’ai pris plusieurs contacts afin d’avoir une vision plus précise de la situation. Les carnets de commandes – comme les approvisionnements – sont en bon ordre. L’excellence de la production en fait un fournisseur reconnu au niveau national et international notamment pour les rails destinés aux trains à grande vitesse», a expliqué Michel Liebgott, président de la Communauté d’agglomérations du Val de Fensch. «Je note avec satisfaction l’attention portée par l’État depuis de très nombreuses années sur ce dossier. Les 400 salariés du site peuvent être certains de ma vigilance sur les suites de ce dossier et sur ma volonté de préserver ce fleuron de l’industrie de la vallée, dont la production est tout à fait stratégique pour notre pays.»

Selon Reuters, le dépôt d’insolvabilité est intervenu après que Greensill Capital a perdu la couverture d’assurance pour son activité de reconditionnement de dette. Dans son dossier, la société indiquait que GFG Alliance, qui est son plus gros client, avait commencé à faire défaut sur ses dettes. Des sources proches du dossier évoquent une exposition de 5 milliards de dollars. Greensill aura été un des principaux prêteurs de GFG Alliance.

«Nous avons un financement adéquat pour nos besoins actuels tout en comblant le manque de refinancement de l’entreprise», a déclaré le CEO du groupe sidérurgique, Sanjeev Gupta, selon une réaction préparée. «L’obtention d’un financement alternatif à long terme progresse bien, mais il faudra du temps pour s’organiser.»

Contacté directement par Paperjam, le groupe Liberty Steel n’a pas donné suite à nos questions.

Après un an de travail, Liberty Steel, Paul Wurth et SHS – Stahl-Holding-Saar avaient également annoncé, fin février, signer un protocole d’accord pour développer une importante usine de fabrication d’acier à base d’hydrogène en France. Le partenariat paneuropéen travaillera ensemble sur un projet d’intégration d’une usine de production de fer à réduction directe (DRI) de 2 millions de tonnes, avec une unité intégrée de production d’électrolyse d’hydrogène d’une capacité de 1GW, à côté du site Alvance Aluminium Dunkerque de GFG.