POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Frédéric Krier (membre du bureau exécutif de l’OGBL)

«Une nouvelle étape plutôt qu’une révolution»



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Frédéric Krier: «L’OGBL a son rôle à jouer dans le cadre de la prospection des impacts des mutations à venir, pour éviter que celles-ci se traduisent en une perte d’emplois». (Photo: capture d'écran / Youtube)

Ce jeudi, à la Chambre des députés aura lieu une audition publique en vue du débat de consultation, à la mi-novembre, concernant le rapport de l’économiste américain Jeremy Rifkin sur la troisième révolution industrielle. En prévision de cette rencontre, tour des acteurs de la société civile impliqués avec aujourd’hui Frédéric Krier, membre du bureau exécutif de l’OGBL.

Monsieur Krier, un an après la publication de l’étude Rifkin, peut-on déjà observer un effet tangible des conclusions de cette réflexion dans la société luxembourgeoise?

«Il est plutôt difficile d’identifier des exemples de réalisations concrètes à l’heure actuelle. Ceci dit, l’étude commanditée par le gouvernement a certainement contribué à ancrer davantage le sujet de la digitalisation et de ses répercussions sur l’économie et la société dans le débat public. Il s’agit cependant de processus qui, de toute façon, sont déjà en cours depuis un certain nombre d’années.

Comment pourrait-on définir schématiquement la «troisième révolution industrielle», selon la grille de lecture de l’OGBL?

«Plutôt qu’une révolution, la digitalisation constitue une nouvelle étape dans l’évolution de l’économie capitaliste, la quatrième en fait, après l’introduction du moteur à vapeur, l’électrification et l’informatisation. L’objectif de ces évolutions est en fait toujours le même depuis l’introduction des premières machines dans l’industrie: utiliser les innovations technologiques afin d’augmenter la productivité, raccourcir le temps de production et limiter les besoins en main-d’œuvre pour la fabrication d’un produit donné. Il est vrai, cependant, que ces mutations tendent à s’accélérer.

Quelle pourrait être la contribution concrète de l’OGBL pour la mise en place de ce nouveau modèle de société?

«En tant que premier syndicat du pays, l’OGBL s’engagera pour que les gains de productivité permis par l’évolution technologique se traduisent en plus-value pour chaque individu et pour les salariés en particulier (baisses du temps de travail sans perte de revenu, amélioration des conditions de travail…). En bref, que la digitalisation soit mise au service de l’être humain, plutôt que l’inverse.

L’OGBL a aussi son rôle à jouer dans le cadre de la prospection des impacts des mutations à venir, pour éviter que celles-ci se traduisent en une perte d’emplois. Il faut dès maintenant préparer les instruments nécessaires pour protéger l’emploi et sécuriser les parcours professionnels. Un des moyens clés, à ce niveau, réside dans la formation professionnelle continue. L’OGBL réclame à cet égard le développement de centres de compétences sectoriels gérés paritairement par les représentants du patronat et des salariés.

Estimez-vous que la société civile, et plus particulièrement l’OGBL, soit suffisamment impliquée dans le suivi et la mise en place de cette étude au Luxembourg?

«L’OGBL n’a pas participé à l’élaboration de l’étude stratégique TIR. Après la présentation de l’étude, l’OGBL a demandé à être impliquée à tous les niveaux de la discussion, donc à l’ensemble des plateformes et groupes de travail prévus dans ce contexte, y compris ceux – tel que le Haut Comité pour l’industrie – où il n’y avait jusqu’ici aucune présence des syndicats et des chambres professionnelles du salariat. Le ministre de l’Économie a répondu positivement à cette demande».

Cependant, l’OGBL estime qu’il y a lieu de prévoir un dialogue structuré sur le sujet de la digitalisation également au-delà du processus actuel, en utilisant le cadre des institutions tripartites existantes, en particulier le conseil économique et social, le comité permanent du travail et de l’emploi, ainsi que le comité directeur de la Caisse nationale de Santé (pour les questions plus spécifiquement liées à la sécurité sociale et aux soins de santé).