POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Troisième révolution industrielle

Des propositions chiffrées pour avancer



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«Beaucoup de ministères travaillent encore en silo et nous espérons qu’un gouvernement futur parviendra à développer une vision plus globale», a précisé Francis Schartz, le président du CSDD. (Photo: Sébastien Goossens)

Dans son avis sur l’étude stratégique de Jeremy Rifkin, présentée lundi, le Conseil supérieur pour un développement durable estime que la réflexion à mener devrait s’inscrire dans une perspective plus large et bénéficier d’une vision politique ambitieuse et plus concrète.

Écologie, société, éducation, gouvernance… C’est l’opportunité d’une remise en question globale que le Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD), un forum de discussion sur le développement durable qui regroupe des experts indépendants, voit dans les conclusions proposées par la Troisième révolution industrielle décrite dans l’étude stratégique de l’économiste américain Jeremy Rifkin.

Si le document, rendu il y a tout juste un an, a le mérite d’envisager la question de la transformation du pays de manière participative et transversale, la stratégie nationale de long terme qui suivra «devrait adopter une vision holistique des problématiques et défis majeurs auxquels le pays fait face», note en effet le CSDD.

L’étude Rifkin devrait s’intégrer dans l’agenda 2030 des Nations unies.

Jean Stoll, membre du Conseil supérieur pour un développement durable

«Avec une empreinte écologique disproportionnée, basée sur un modèle de consommation de ressources équivalent à celles de six planètes, il est impératif de réagir vite et bien», a expliqué Jean Stoll, l’un des membres du CSDD. «L’étude Rifkin devrait donc s’intégrer dans une autre feuille de route pour laquelle le Luxembourg s’est engagé: l’agenda 2030 des Nations unies, qui est une sorte d’ébauche de master plan pour un monde plus sûr, juste, prospère et respectueux de l’environnement.»

Multiplier les groupes de travail

Les efforts à mener pour lutter contre le réchauffement climatique seront toutefois vains s’ils ne prennent pas en compte l’aspect humain, prévient le CSDD. Ainsi, les objectifs indiqués dans l’étude Rifkin d’atteindre 100% de décarbonisation et 100% de production biologique d’ici 2050 seront difficilement atteignables si la composante sociale est laissée de côté, car toute évolution technologique exige un changement radical des comportements et des mentalités.

L’éducation est un autre aspect sur lequel le CSDD insiste, estimant que «la compétence de chacun d’analyser de manière systémique les relations entre le changement économique, environnemental et en société doit être renforcée dans l’apprentissage tout le long de la vie.» L’agriculture, la construction et les biotechnologies sont autant d’autres domaines dans lesquels des réflexions approfondies devraient encore être menées par des groupes de travail dédiés, continue le CSDD dans son avis.

Un travail en silo

Mais loin de se perdre en réflexions trop abstraites, l’organisme recommande que les propositions qui seront désormais faites soient chiffrées, que des garde-fous soient créés et un calendrier annoncé. Une façon d’inscrire le travail à mener dans un cadre concret.

Interrogés sur la compatibilité des aspirations offertes par la Troisième révolution industrielle prônée par Rifkin et l’initiative Spaceresources.lu, qui elle aussi s’inscrit dans une vision à long terme, les représentants du CSDD n’ont pas voulu se prononcer. «Le gouvernement ne nous a pas demandé de commenter cet aspect de sa politique», s’est contenté de dire l’un des membres du CSDD.

«Beaucoup de ministères travaillent encore en silo et nous espérons qu’un gouvernement futur parviendra à développer une vision plus globale», a pour sa part précisé Francis Schartz, le président du CSDD. «Mais il faut retenir que l’un des points forts de cette étude est d’avoir lancé un processus, et c’est bien là son aspect le plus positif.»