POLITIQUE & INSTITUTIONS

Yves Wagner (ACL)

«Une démarche un peu hypocrite envers Volkswagen»



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Pour Yves Wagner, président de l’ACL, la responsabilité du scandale Volkswagen incombe aussi bien au constructeur allemand qu’aux États qui savaient. (Photo: Luc Deflorenne/archives)

Pour le président de l’Automobile Club Luxembourg (ACL), la volonté des États comme le Luxembourg de porter plainte contre Volkswagen ne devrait pas avoir de conséquences concrètes pour les automobilistes. Interview.

Mercredi, François Bausch, ministre du Développement durable, a annoncé son intention de porter plainte contre Volkswagen après les nouvelles révélations sur les manipulations de CO2. Quelles seraient les conséquences concrètes pour les automobilistes?

«L’un des problèmes que je constate tient dans le fait que le Luxembourg, tout comme l’Allemagne, entend défendre ses intérêts en jugeant que les subventions versées l’ont été à tort puisqu’il a été démontré qu’il existe un écart entre les tests en laboratoire et la réalité sur la route. De ce point de vue, la situation est relativement simple. Mais là où les choses deviennent plus complexes, c’est quand on s’interroge sur l’impact sur les individus. A priori, cela ne devrait avoir aucun impact, du moins si je me base sur les déclarations du ministre. À ma connaissance, il n’est pas question que les automobilistes soient concernés par cette plainte.

Pour le moment, la seule déclaration officielle provient d’un tweet posté par le ministre. Jugez-vous cela suffisant?

«De mon point de vue, les messages mis sur les réseaux sociaux relèvent de la communication personnelle, même si le message publié l’est sur le compte d’un ministre. Nous devrions avoir droit à une communication officielle de la part du gouvernement. Encore une fois, qu’un État estime qu’il doit récupérer des fonds versés, selon lui, de manière impropre relève de son droit le plus strict. Mais il est tout de même étonnant que les États n’aient pas été au courant des différences qui existent entre les tests réalisés en laboratoire et ceux réalisés sur route. Dans ce sens, c’est une démarche un peu hypocrite envers Volkswagen.

Selon les derniers chiffres avancés par le gouvernement, 56.000 véhicules immatriculés au Luxembourg étaient concernés. Au vu des nouvelles informations, ce chiffre devrait être plus important…

«Effectivement, si on prend désormais en compte les manipulations effectuées sur les émissions de CO2, le nombre de véhicules concernés, diesel comme essence, devrait être plus conséquent, mais impossible à dire de combien pour le moment. C’est bel et bien une fraude, puisque nous avons la documentation qui révèle les écarts d’émissions. Mais ces différences étaient connues depuis très longtemps. La FIA (Fédération internationale de l’automobile, ndlr) a publié différentes études, en 2011 et 2013, sur le sujet et l’avait transmis notamment à la Commission européenne, qui savait du coup également. Je mettrais donc cette fraude à la fois sur le dos du constructeur, mais aussi sur celui des instances gouvernementales qui savaient.

Aujourd’hui encore, la voiture reste indispensable pour se déplacer.

Yves Wagner, président de l'ACL

Le focus actuel est placé sur le constructeur allemand. Mais d’autres pourraient-ils être concernés?

«La réponse, sur ce point, doit être nuancée. Les écarts de performances sont connus, tout comme la possibilité de manipuler les résultats en laboratoire. Chez Volkswagen, ces manipulations se font via un logiciel qui n’est pas utilisé, je pense, par les autres constructeurs. Dans ce sens, c’est une fraude. Mais il existe d’autres moyens plus traditionnels pour fausser les résultats, comme d’alléger les véhicules ou utiliser une huile de moteur différente pour réduire les frottements pour faire baisser la consommation.

Quel sera, selon vous, l’impact de ce scandale sur les consommateurs, à un moment où les autorités entendent développer la mobilité douce et les transports en commun?

«Peut-être que cela aura effectivement un impact, même léger, car il est évident qu’il y a une perte de confiance envers un constructeur. Pas sûr que cela concerne les autres. Car aujourd’hui encore, la voiture reste indispensable pour se déplacer. Une situation liée à l’absence d’investissements réalisés par le passé dans des alternatives efficaces. Il faut bien reconnaître que la voiture est polluante et que les tentatives pour la rendre plus écologique n’ont pas vraiment réussies. Peut-être que cette affaire va permettre une prise de conscience supplémentaire.»