POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Commission européenne

Schmit freine sur le chômage des frontaliers



Le ministre du Travail a réitéré jeudi sa position sur la proposition de la Commission, qui prévoit que les chômeurs frontaliers soient rétribués par le pays du dernier emploi. Selon lui, le Luxembourg n’a pas les ressources nécessaires pour prendre en charge le suivi des demandeurs d’emploi français.

Le Luxembourg est remonté contre la proposition de la Commission que des pays comme le Luxembourg prennent en charge le chômage de leurs frontaliers. Ce n’est pas une affaire d’argent, a martelé Nicolas Schmit jeudi à l’issue du conseil «Emploi, politique sociale, santé et consommateurs» (EPSCO), mais plutôt une question de ressources: difficile pour l’Adem d’absorber le suivi des chômeurs français dans les deux ans à venir.

«Comme dans les tragédies, il n’est question que d’amour et de fric», Nicolas Schmit a planté le décor jeudi à la salle de presse de l’European Convention Center, alors que les États-membres (en majorité qualifiée) ainsi que le Parlement doivent trancher en matière de rétribution des indemnités chômage pour les travailleurs frontaliers.

Aucun autre pays en Europe n’a 46% de travailleurs frontaliers.

Nicolas Schmit, ministre du Travail

«Le Luxembourg ne peut pas adhérer à la proposition de la Commission, surtout en ce qui concerne le suivi des demandeurs d’emploi. Ce n’est pas une question d’argent, mais aucun autre pays en Europe n’a 46% de travailleurs frontaliers», s’est justifié le ministre. Côté financier, les Luxembourgeois sont actuellement en négociations avec les Français pour trouver un arrangement, Nicolas Schmit ayant fait des «propositions», sans rentrer dans les détails.

Le ministre du Travail insiste donc sur la particularité du pays: «Si nous opérons un basculement du système, cela signifie plus de 10.000 personnes qui vont franchir les portes de l’Adem. Nous gérons actuellement quelque 16.000 demandeurs d’emploi, en avoir 10.000 de plus serait un saut quantitatif impossible à réaliser dans les deux ans. Notamment parce qu’au Luxembourg, nous réalisons un suivi intensif pour les ramener rapidement à l’emploi.»

Alors que les États auront deux ans pour appliquer cette mesure, le Luxembourg demande donc plus de temps pour réaménager l’Adem afin que l’administration puisse absorber tous ces chômeurs supplémentaires. «J’ai demandé cinq ans de plus pour le Luxembourg, l’Union européenne s’est construite sur des périodes de transition. Il faut donner du temps au temps, je ne veux pas que l’Adem des résidents se détériore juste pour obéir à l’Union européenne.»

Et si le Luxembourg n’obtient pas gain de cause, Nicolas Schmit brandit alors la menace de l’article 48, qui prévoit une mesure exceptionnelle pour aller plaider sa cause au Conseil européen, pour «situation de déséquilibre substantiel» de son service public.

Et de tacler au passage «certains à la Commission» qui connaissaient pourtant la situation particulière du Luxembourg...