ENTREPRISES & STRATÉGIES — Services & Conseils

Jean-Paul Neu (Dussmann Luxembourg)

«Nos salariés nous sont fidèles»



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Jean-Paul Neu: «Le facteur essentiel est celui de l’appartenance de nos salariés à notre société.» (Photo: Matic Zorman)

CEO de Dussmann Luxembourg, cinquième employeur du pays avec 3.880 salariés, Jean-Paul Neu poursuit notre série d’entretiens sur les grands employeurs du pays, après Claude Strasser (Post), Marc Wengler (CFL), Laurent Schonckert (Cactus), et Roland Bastian (ArcelorMittal).

Monsieur Neu, vous êtes le cinquième employeur du Luxembourg, dans des métiers de services, dont certains souvent dits «pénibles». Subissez-vous un certain turnover?

«Au cours de ces dernières années, nous avons embauché en moyenne plus de 150 personnes par an. Face à un client qui me demande pourquoi il devrait choisir notre société, je réponds que le facteur essentiel est celui de l’appartenance de nos salariés à notre société. Nos salariés nous sont fidèles très longtemps, et c’est sur ce point que le choix du prestataire se décide. Près de la moitié des salariés ont quasiment 20 ans d’ancienneté ou plus au sein de nos sociétés, et moi-même j’y travaille depuis 28 ans.

Comment expliquez-vous cette appartenance à l’entreprise?

«Nous misons énormément sur la qualité de notre personnel, originaire de près de 60 pays, tout comme sur la formation, notamment la formation continue. Nous travaillons sans cesse à l’amélioration de l’ergonomie de nos outils et machines, afin d’améliorer les procédures tout en réduisant aussi, ainsi, les raisons de certaines maladies voire certains absentéismes. Certaines machines d’application dans le domaine du nettoyage sont modifiées et adaptées à nos besoins par nos fournisseurs.

La plupart de nos salariés travaillent dans les locaux et bâtiments de nos clients, cela a un impact conséquent sur notre communication. La digitalisation est un soutien important par le biais de réseaux sociaux internes notamment. Nous avons fortement développé notre communication et notre marketing internes afin que l’ensemble du personnel soit informé de manière uniforme, identique et rapide du développement de nos entreprises.

Souhaitez-vous développer de nouveaux marchés?

«Nous sommes présents dans quatre secteurs d’activité. Je ne souhaite pas attribuer une importance particulière aux parts exactes qu’ils représentent dans notre chiffre d’affaires. Ce que je peux dire, c’est que Dussmann Service, qui représente le domaine des services du nettoyage, est le plus grand, suivi par Dussmann Security, qui concentre les activités de gardiennage et de sécurisations de biens immobiliers. Notre troisième pilier est Dussmann Catering, dans la restauration, où est greffé notre service traiteur Culinaris. Vient enfin notre activité de blanchisserie et de location de linge et de vêtements de travail pour professionnels: Dussmann Lavador.

La digitalisation est un créneau extrêmement important pour nous.

Jean-Paul Neu, CEO de Dussmann Luxembourg

Nous réalisons aujourd’hui une centaine de missions dans ces quatre domaines et nous souhaitons continuer à nous développer sur ces métiers, mais nous n’excluons pas de nous diversifier dans les années à venir, toujours dans le domaine des services aux professionnels. 

Le marché des communes et de l’État central dans le secteur du nettoyage est-il un point de développement?

«Que ce soit dans le public ou dans le privé, tous les secteurs cherchent à faire muter leurs frais variables vers des frais fixes. S’ils font appel à des prestataires de services comme nous, ils auront des frais fixes, et par exemple, en cas d’absentéisme, ils auront la garantie que d’autres équipiers seront opérationnels sans surcoût, chose qui n’est pas le cas dans le fonctionnement variable. Nous faisons régulièrement des reprises de salariés dans tous les domaines.

Toutes les structures, publiques comme privées, pensent que c’est moins coûteux de faire appel à un effectif interne pour ces métiers, alors qu’il y a des spécifications et des normes au niveau des produits chimiques à respecter, ce qui n’est pas évident si on n’est pas essentiellement actif dans ce métier. Il y a également des formations à réaliser en continu, et ce sont des métiers techniques en évolution permanente. 

Vos métiers doivent-ils s’adapter aux nouvelles technologies?

«Notre façon de travailler a particulièrement évolué. La digitalisation est un créneau extrêmement important pour nous, ce n’est pas un critère de rationalisation de personnel, mais c’est une question de modernisation et d’adaptation de nos activités et de nos actions dans tous les domaines. Dans la plupart de nos activités, les responsables d’équipe sont munis d’outils digitaux portables pour évaluer instantanément sur place soit la qualité du travail, soit l’événement constaté lors d’une ronde de contrôle.

Assurer la flexibilité du temps de travail.

Jean-Paul Neu, CEO de Dussmann Luxembourg

Nous avons des outils de mesure de qualité, qui sont intégrés dans un programme informatique qui nous permet de transmettre les informations en temps réel, soit au client, soit aux supérieurs hiérarchiques, afin de pouvoir agir sans délai.

Vous restez très discret sur les chiffres relatifs à l’entreprise, en termes de chiffre d’affaires, d’investissements, etc. Pourquoi ce choix?

«Ce n’est pas dans nos gènes de publier des chiffres. Nous préférons publier par exemple les développements de nos services. Ce que je peux dire, c’est que nous travaillons avec des marges très raisonnables, voire faibles, mais correctes. Nous ne sommes pas une institution financière, mais une entreprise de travailleurs, qui mise beaucoup plus sur ses personnes que sur la publication des chiffres. Notre capital le plus cher, c’est notre personnel.

Si vous aviez une chose à demander au futur gouvernement, ce serait quoi? 

«Je souhaite que la flexibilité du temps de travail soit assurée pour les entreprises. Si nous nous bloquons nous-mêmes par des réglementations strictes, nous perdons notre flexibilité. Tous les métiers ne souhaitent pas la même flexibilité, mais pour que les entreprises puissent se développer, il faut leur accorder une certaine liberté, et leur laisser une marge de manœuvre. Il faut aussi laisser un certain goût aux jeunes de vouloir entreprendre. Si on réglemente trop les choses, ils n’en auront plus l’envie.

Le public aspire les salariés du privé.

Jean-Paul Neu, CEO de Dussmann Luxembourg

Et de manière plus générale, à quoi demanderiez-vous aux futurs élus d’être attentifs? 

«Il y a une tendance à vouloir augmenter le salaire minimum, soit de 10, soit de 20%, mais il ne faut pas oublier que nous sommes en compétition constante avec les pays limitrophes et il faut veiller à ne pas devenir trop chers en termes de salaires. Toutes ces revendications ne feraient qu’augmenter davantage le coût de la vie et mettraient encore plus en péril l’existence de nos entreprises nationales. 

Parallèlement, nous sommes face à un enjeu majeur. Autrefois, l’État formait son propre personnel. Aujourd’hui, nous, entreprises du privé, sommes ses formateurs, et le public se sert souvent dans le réservoir des salariés privés, ce n’est pas bon. Il y a une trop grande différence entre la grille salariale dans le public et le privé. Ainsi, le public aspire les salariés du privé. Une entreprise artisanale ne peut pas concurrencer l’État en termes de salaires.»