ENTREPRISES & STRATÉGIES — Services & Conseils

Marc Wengler (CFL Group)

«Nous sommes bien conscients des problèmes rencontrés»



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La «stratégie intégrée» des CFL doit permettre au réseau ferroviaire de supporter une croissance annuelle de 5% d’ici 2030, selon Marc Wengler, directeur général des CFL. (Photo: Nader Ghavami)

Les grands entretiens avec les principaux employeurs du pays se poursuivent. Après Claude Strasser (Post), c'est au tour de Marc Wengler, directeur général des CFL, d'évoquer l'avenir du groupe composé de quelque 4.260 personnes.

Monsieur Wengler, le développement des transports en commun figure dans la plupart des programmes électoraux. Les CFL sont-ils prêts à supporter ce surplus annoncé?

«Nous sommes prêts, dans un contexte marqué par l’explosion du trafic depuis 10 ans. Nous sommes désormais à 23 millions de passagers annuels en 2017 et le premier semestre de cette année a enregistré une croissance de plus de 5%. Malgré les grèves côtés belge et français. Mais il faut aussi être conscient que nous disposons d’un réseau saturé, raison pour laquelle nous ne pouvons pas, à court terme, augmenter le nombre de cadences comme nous l’avons fait ces dernières années. L’offre s’agrandit régulièrement, même si cela n’est pas linéaire compte tenu de la réalisation de grands travaux, comme la nouvelle ligne Bettembourg-Luxembourg, la création de deux nouveaux quais en gare de Luxembourg ou la mise en place du nouveau viaduc et la mise à double voie de la ligne vers Sandweiler.

De grands travaux qui impactent parfois directement le trafic passagers, comme cela a été le cas cet été avec une fermeture complète de plusieurs lignes, vers Arlon, Diekirch ou Bettembourg…

«L’idée était de rassembler un maximum de travaux pendant des périodes au cours desquelles il y a moins de fréquentation. À savoir les week-ends et les congés scolaires principalement. Nous avons alors mis en place un service de substitution qui doit permettre à nos clients de ne pas trop pâtir de ces situations.

Des centaines d’usagers ont pourtant montré leur mécontentement sur la «fluidité» annoncée, pas forcément toujours au rendez-vous. Comment jongler entre les attentes immédiates des voyageurs et la finalisation de ces projets, planifiée dans plusieurs années?

«Nous avons fait beaucoup d’efforts en termes de communication et dans la conception des services de substitution. Et nous avons aussi eu beaucoup de retours positifs de la part de nos clients, qui ont noté l’amélioration par rapport à ce qui était en place par le passé. Nous sommes bien évidemment conscients des problèmes rencontrés, mais la seule chose que nous pouvons faire est de rapidement lancer les travaux nécessaires, ce qui est un défi énorme de planification et de phasage. À ce jour, nous avons tenu nos engagements, ce qui explique que le niveau général de satisfaction est encore correct.

Nous aurons désormais une meilleure gestion des flux.

Marc Wengler, directeur général des CFL

Qu’en est-il des dates d’entrée en service des futures infrastructures destinées à améliorer la situation sur les rails?

«Nous avons bien entendu des étapes importantes. Cela avait commencé fin 2017 avec la création de deux nouveaux arrêts importants, à savoir la gare Pfaffenthal-Kirchberg et l’arrêt Howald, qui est un véritable succès puisque depuis le mois d’août, le seuil du million d’utilisateurs du funiculaire a été dépassé. La prochaine sera la mise en service du viaduc et de la voie double vers Sandweiler, en avril 2019, qui va à la fois soulager la tête nord de la gare centrale et permettre de séparer la ligne qui dessert Wasserbillig et la ligne du nord. Ensuite, ce sera la mise en service de la première des quatre nouvelles voies en gare de Luxembourg, fin 2019, ainsi que la mise en exploitation de la ‘Trierer Westrecke’, qui va permettre d’assurer une cadence toutes les 30 minutes entre Trèves et Luxembourg.

Et quid des lignes desservant la France et la Belgique, sachant que les frontaliers belges notamment sont de plus en plus incités à délaisser la voiture au profit du train?

«Depuis ce lundi (17 septembre 2018, ndlr), nous avons achevé la réélectrification de la ligne entre Kleinbettingen et Luxembourg, ce qui était un projet énorme qui nous a obligés à barrer la ligne pendant presque deux mois. Nous avons préféré opter pour cette solution, qui nous permet de bénéficier d’une meilleure flexibilité du trafic en raison de l’uniformisation des infrastructures, qu’il s’agisse de leur maintenance ou de leur exploitation. Car jusqu’à présent, en raison des deux tensions différentes qui étaient utilisées en gare de Luxembourg, il n’y avait pas de compatibilité entre tous les quais. Désormais, nous aurons une meilleure gestion des flux.

En direction de la France, le chantier s’étale sur plusieurs phases. Avant le raccordement de la nouvelle ligne Bettembourg-Luxembourg, prévu en 2024, nous devons installer un nouveau poste directeur en lien avec la rénovation de la gare de Bettembourg. Ce qui doit se faire en 2023. Nous n’allons pas attendre cette date pour que des changements soient visibles pour les usagers, raison pour laquelle nous allons déjà rallonger les quais de cette gare et ajouter une passerelle adaptée aux personnes à mobilité réduite en 2020.

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Les projets que vous venez d’évoquer constituent-ils une révolution pour les CFL ou est-ce un aboutissement de la logique mise en place depuis des années?

«Je ne sais pas si on peut parler de révolution, en tout cas, c’est une évolution intense qui tient compte de la demande observée depuis plusieurs années et dont nous pensons qu’elle va se poursuivre. Au moins au même rythme. Il faut quand même souligner que la croissance enregistrée au cours des 10 dernières années a surpris plus d’une personne au Luxembourg. Ce qui signifie qu’on ne peut pas s’attendre à ce que tout s’améliore du jour au lendemain, cela se fera par paliers, dans le cadre d’un projet intégré cohérent et bien ficelé.

Quelle future capacité pour le réseau via ce projet intégré?

«Tous les projets qui ont été évoqués permettent de supporter une croissance annuelle de 5%. Par exemple, le projet d’achat de nouveaux matériels roulants d’ici la fin d’année, qui représente une enveloppe de quelque 400 millions d’euros, devrait déjà permettre d’augmenter de 50% les capacités de notre parc lors de sa livraison, comprise entre 2021 et 2024. À quoi viendront s’ajouter d’autres possibilités que nous ne connaissons pas encore.

La conséquence logique de cette annonce tient dans les besoins futurs de personnels. Quelles sont vos ambitions dans ce domaine et quels sont les profils recherchés?

«En 2017, nous avons recruté quelque 400 personnes – soit une hausse nette de quelque 150 personnes – et nous devrions arriver à ce niveau également cette année. Nos attentes se portent dans presque tous les métiers, que ce soit ceux de conducteur de locomotive, de personnel d’accompagnement, de personnel dans les guichets et sur les quais, mais aussi d’ingénieur et d’artisan. Comme beaucoup, nous constatons qu’il est de plus en plus difficile de trouver les personnels. Raison pour laquelle nous essayons d’innover dans les méthodes de recrutement en lançant un job dating dans plusieurs gares, et en seulement quatre semaines, nous avons réussi à récolter un bon nombre de candidatures intéressantes. Nous allons aussi intensifier nos contacts avec les écoles, les lycées ou l’Université, intensifier les stages et lancer un nouveau site dédié au recrutement. Cette démarche proactive est nécessaire, même si les CFL restent attractifs, et se traduira par d’autres idées dans les mois à venir.

Bien que positifs, les résultats 2017 du groupe ont été pénalisés par CFL Multimodal, votre filiale logistique. Comment voyez-vous l’avenir de cette activité?

«2017 était une année de grande transition, de grand déménagement et de lancement de grandes infrastructures. Sans compter le lancement de nouveaux services et de nouveaux produits dans de nouveaux secteurs. Beaucoup de choses se sont passées l’an dernier et cela a pesé sur les résultats de la société. La nouvelle plate-forme multimodale ou le nouvel entrepôt qui ne sont pas optimisés dès le premier jour et donc qui représentent des coûts à leur lancement. Nous sommes toujours pour le moment dans une phase de lancement, mais enregistrons de vrais succès avec, cette année, une croissance soutenue dans ce secteur. 2018 devrait donc être meilleure que 2017, bien que la grève côté français, étalée sur près de trois mois, a bien plombé l’activité. Près d’un quart du trafic vers la France a ainsi dû être supprimé.

De l’autre côté de la frontière, la plate-forme de Thionville-Illange souhaiterait travailler «en complémentarité» avec celle de Bettembourg. Ce projet est-il envisagé?

«Non, ce n’est pas quelque chose qui figure parmi nos projets, ce n’est pas ce que nous visons pour l’instant. Il existe cependant bien évidemment une collaboration toute naturelle entre les plates-formes en fonction des flux qui passent. Et une complémentarité, de fait.

CFL Mobility enregistre un peu plus de 600 clients.

Marc Wengler, directeur général des CFL

Dans le contexte du développement de cette plate-forme, la mise en œuvre de la liaison ferroviaire directe vers la Chine est-elle vitale ou est-ce un «nice to have»?

«Cette connexion est un aspect de notre stratégie. Ce serait trop limitatif d’analyser l’activité de fret via ce seul élément. Nous essayons de faire en sorte que notre plate-forme devienne un nœud plus central dans les échanges de marchandises, et pour cela, il est stratégique de se développer non seulement en direction de la Pologne, mais aussi en direction de la Scandinavie. Des discussions sont en cours. Notre trafic en direction de la Turquie, via Trieste, va également bientôt augmenter en intensité.

Enfin, quel bilan faites-vous de CFL Mobility, votre filiale dédiée au carsharing?

«Nous avons élaboré un programme novateur et intégré ce qui a été pensé pour permettre une complémentarité entre nos services. Que ce soit le train, le bus ou la voiture. Depuis sa mise en service, nous enregistrons un peu plus 600 clients, dont la plupart actuellement sont des personnes privées. Séduire les entreprises prend un peu plus de temps dans le cycle de vente, mais beaucoup de contacts ont été noués et nous avons de nombreuses manifestations d’intérêt. Idem en ce qui concerne les administrations communales. Deux nouvelles stations ont été récemment ouvertes, à Esch-sur-Alzette et à Junglinster, et deux autres sont d’ores et déjà prévues à Echternach et Differdange. D’autres annonces interviendront prochainement...»