PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Secteur bancaire

L’Aleba et «la responsabilité sociale des employeurs»



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Pour Laurent Mertz, Roberto Scolati et Alessandra Giuliano, la situation syndicale de la Place est jugée «très difficile», malgré «un contexte de reprise». (photo: paperJam)

Quelques jours avant le 1er mai, le principal syndicat du secteur financier a tenu à faire un état des lieux de la situation. Des négociations de la future convention collective au projet de loi n°7024 en passant par la question des faux cadres, le tout dans «un contexte de reprise».

Discrète ces derniers mois malgré une actualité sociale chargée, apparaissant seulement au travers de communiqués indiquant la signature de l’un ou l’autre plan social, l’Aleba a décidé de changer de stratégie. À l’approche du 1er mai donc, le principal syndicat du secteur financier a souhaité présenter sa vision de la Place où se côtoient «des résultats en hausse en lien avec l’activité enregistrée au cours des troisième et quatrième semestres 2016», mais aussi «une situation très difficile sur le plan syndical».

Pour Laurent Mertz, secrétaire général de l’Aleba, pas de moins de «350 personnes ont été licenciées au cours des six derniers mois» au sein d’établissements de crédit, un chiffre considéré comme «très important surtout dans un contexte de reprise». Car si les données de la CSSF ou celles de l’Adem font état d’une hausse de 14,9% des provisions pour les banques de la Place ou un recul de 5,3%  sur un an du nombre de chômeurs, ces données «ne traduisent pas toute la réalité puisque l’Adem, par exemple, ne prend pas en compte les non-résidents qui représentent une partie importante de l’emploi du secteur bancaire», rappelle le secrétaire général, qui en appelle «au respect de la philosophie du code du travail» et «à la nécessité pour les employeurs d’être conscients de leur responsabilité sociale».

Blocage sur la question des salaires

Une référence directe au cas de la banque Edmond de Rothschild, dans le viseur non seulement de l’Aleba, mais aussi de l’OGBL et présentée comme «le cas d’un établissement avec une direction qui refusait de dialoguer et où existaient de nombreuses irrégularités». Pour rappel, les 18 salariés qui devaient être licenciés ont finalement bénéficié d'un plan d'accompagnement en interne. Face à la multiplication des plans sociaux ces derniers mois, dont le plus important concerne 130 personnes au sein d’Unicredit, le syndicat majoritaire assure que les conventions d’entreprise «ne sont pas notre tasse de thé», mais concède toutefois accepter leur utilisation «dans certains cas, notamment quand l’employeur manifeste de la bonne volonté». Une approche «non dogmatique» donc, que l’Aleba assure également appliquer aux négociations en cours avec l’ABBL dans le cadre de la future convention collective bancaire.

Jugeant «normaux» les délais de négociations au vu «des nouveaux modus operandi mis en place», Roberto Scolati, président de l’Aleba, estime que les discussions engagées au sein des quatre groupes de travail «avancent bien». De «fortes avancées» auraient même été réalisées sur les thèmes «santé et bien-être» et «employabilité et formation», tandis qu’une «convergence» verrait le jour en ce qui concerne le temps de travail. Les blocages se trouvent donc, sans surprise, autour de la question des revalorisations salariales. Dans leur cahier commun de revendications, LCGB-SESF, OGBL-SBA et Aleba demandent une augmentation linéaire de 1,50% pour 2017 et 2018 et de 2% pour 2019.

Cinq grands établissements de crédit sont poursuivis en justice pour de faux cadres.

Alessandra Giuliano, responsable coordination de l’Aleba

Selon Laurent Mertz, l’ABBL, sur ce point, «n’avait pas de revendication particulière, ce qui fait que nous ne sommes pas dans un cas de figure où deux mondes différents s’affrontent». En revanche, la question du versement de la prime de juin n’a pas encore été tranchée, le conseil d’administration de l’administration patronale n’ayant pas encore donné son avis. Pour l’Aleba, une réponse négative serait toutefois «un signal négatif très fort», cette dernière considérant son attribution comme «un acquis social». La réponse devrait tomber au cours des deux prochaines réunions plénières, prévues la semaine prochaine et à la mi-mai.

Autre thème évoqué, le «sujet bouillant» que représentent les faux cadres. Assurant que «toutes les entreprises qui ne respectent pas les quatre conditions cumulatives prévues par la loi seront poursuivies devant les tribunaux», le syndicat remet toutefois en doute ouvertement le chiffre de 10.000 personnes concernées sur la Place, avancé par l’OGBL. Et se contente de préciser qu’actuellement «cinq grands établissements de crédit sont poursuivis en justice pour des dossiers qui représentent 13 personnes». Se refusant à avancer d’autres chiffres, les responsables syndicaux estiment cependant que ce phénomène «prend de l’ampleur» en raison principalement «de la charge de travail de plus en plus grande, des difficultés économiques des établissements, mais aussi de la médiatisation de cette question».

Prochaines élections sociales en 2019

Enfin, le dernier sujet sensible mis en avant a été le projet de loi n°7024 sur l’externalisation des données et de leur traitement. Assurant «comprendre la volonté du gouvernement d’anticiper certaines choses pour rendre la Place plus attractive dans le cadre du Brexit», l’Aleba s’oppose à la position de Pierre Gramegna qui «réfute les chiffres des professionnels du secteur sur l’impact de ce texte». À savoir une perte potentielle de 3.000 à 4.000 salariés. «Mais le pire tient dans le fait que le ministre n’avance pas d’autres chiffres», déplore Laurent Mertz, qui n’a d’ailleurs que très peu apprécié également le choix du ministre de ne pas convier l’Aleba à une entrevue lors du passage de Michel Barnier, négociateur en chef sur le Brexit, au Grand-Duché.

Pour mémoire, l’Aleba avait recueilli, lors des dernières élections sociales, 50,3% des suffrages dans le secteur bancaire. Une majorité qui devrait durer jusqu’en 2019, date encore non officielle des prochaines élections au sein des entreprises, a priori repoussées d’un an en raison des élections législatives.