POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Tensions au Findel

La grève à l’Ana «semble finalement inévitable»



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La volonté de la Dac de confier exclusivement à Lux-Airport le droit de décision sur l’aérodrome, en contradiction avec l’accord trouvé avec le gouvernement, pousse les fonctionnaires de l’Ana à brandir la menace de la grève. Et donc du blocage du Findel. (Photo: Mike Zenari)

Quelques jours après le refus de la Direction de l’aviation civile (Dac) de valider l’accord qui prévoyait un partage des responsabilités entre l'Administration de la navigation aérienne (Ana) et Lux-Airport pour la certification de l’aérodrome, les fonctionnaires montent au créneau.

Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Le vieil adage vient de trouver une nouvelle fois sa véracité en ce milieu du mois d’août en ce qui concerne les turbulences au Findel. Alors que début juillet, ministère du Développement durable et des Infrastructures (MDDI) et représentants du personnel de l’Ana étaient tombés d’accord sur un consensus qui devait être signé ce vendredi, les choses ont volé en éclats.

La faute, selon la représentation du personnel (RPAA) et la Guilde luxembourgeoise des contrôleurs de la circulation aérienne (Guilde), à l’octroi du «droit de décision exclusif pour tous les sujets concernant l’aéroport à Lux-Airport SA». Autrement dit, à l’abandon pur et simple de l’accord trouvé entre fonctionnaires et gouvernement qui prévoyait notamment que l’Ana aurait eu la possibilité de s’opposer à une décision de l’opérateur aéroportuaire officiel sur les questions de sécurité.

Fonctionnaires de l’Ana soutenus par la CGFP et l’OGBL

Dans un communiqué publié ce mercredi, RPAA et Guilde dénoncent une décision de la Dac qui «passe outre le compromis des syndicats, qui apparemment était acceptable pour le gouvernement» et assurent qu’«une grève semble finalement inévitable» puisqu’«avec les nouvelles procédures élaborées par Lux-Airport SA, des arrêts de service réguliers à l’aéroport semblent plus que probables», les fonctionnaires de l’Ana estimant que la société privée, propriété à 100% de l’État, se trouve être «sans compétence» en matière de sécurité aérienne.

Indirectement mis en cause, Pierre Jaeger, directeur de la Dac, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette décision auprès de Paperjam.lu, ce dernier étant officiellement en vacances. Une ligne de conduite également adoptée il y a quelques jours, lors de l’annonce de cette décision, la direction de la Dac préférant renvoyer le dossier vers le MDDI. Période estivale oblige, ce dernier botte également en touche, le ministre François Bausch (Déi Gréng) et Félicie Weycker, premier conseiller de gouvernement en charge du dossier, étant tous deux indisponibles.

Dac favorable à une certification «la plus simple possible»

Sollicité à plusieurs reprises, le MDDI se contente donc d'indiquer qu'aucune communication ne se fera «avant la fin du mois, à la suite de la rencontre programmée entre le ministre et les syndicats». Selon Roland Reiser, président de la RPAA contacté par Paperjam.lu, les deux parties se retrouveront le 28 août prochain.

La question de savoir pourquoi le directeur de la Dac, présent au cours des multiples réunions tenues dans le cadre de la conciliation, puis de la médiation, a tu son opposition à l’accord politique trouvé entre fonctionnaires de l’Ana et gouvernement reste donc entière. Selon plusieurs sources proches du dossier, les tensions en place depuis plusieurs années entre Dac et MDDI pour le contrôle effectif sur le Findel pourraient expliquer cette situation, de même que la volonté de la Dac de voir se mettre en place une certification pour l’aérodrome «la plus simple possible», afin de satisfaire les autorités de supervision européennes.

Findel représente 5% du PIB

Une constellation complexe jouant sur de nombreux ressorts qui devra toutefois trouver une réponse d’ici au 31 décembre 2017, date imposée par Bruxelles pour que l’aérodrome bénéficie de la certification rendue indispensable en vertu des règles européennes liées à la hausse du trafic passager de l’aéroport et de la volonté du Grand-Duché d’intégrer le ciel unique européen.

La menace de grève brandit par les membres de l’Ana pourrait avoir des conséquences importantes sur l’économie du pays, le Findel représentant 5% du PIB. L’interruption du trafic, de son côté, pourrait se faire via une interruption d’une partie des 200 fonctionnaires de l’Ana. Qu’il s’agisse des contrôleurs aériens ou des pompiers, par exemple.