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Journée de l’économie 2017

La confiance, une clé pour le business de demain



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«Beaucoup de plateformes vont échouer au cours des 10 prochaines années, mais certaines réussiront et définiront ces nouveaux modèles», estime le chercheur américain Arun Sundararajan. (Photo: Anthony Dehez)

Le visage de l’entreprise du futur reste encore inconnu. Et les experts invités à la 11e Journée de l’économie n’ont pas eu la prétention de dire le contraire. Mais les challenges à venir, eux, sont déjà bien connus.

L’avenir de l’entreprise et le visage que celle-ci prendra dans le futur sont encore flous, mais certaines tendances en offrent un premier aperçu. L’économie de partage, avec comme têtes de file Airbnb et Uber, se rapproche sans aucun doute de ce à quoi pourront ressembler les modèles de business de demain.

C’est l’un des constats partagés par Arun Sundararajan, orateur invité lors de la Journée de l’économie qui se déroulait jeudi à la Chambre de commerce, sous l’égide du ministère de l’Économie, de la Chambre de commerce, de la Fedil, en collaboration avec PwC Luxembourg.

Le professeur à la New York University Stern School of Business a défini ce modèle du futur lors de son intervention comme le «crowd-based capitalism», ou le capitalisme basé sur les masses.

Une diffusion globale

Ce nouveau système économique, qui contourne les voies traditionnelles du commerce, connaît un développement exponentiel. On le retrouve dans de plus en plus de secteurs, comme l’alimentation, la santé ou le transport.

«Il est aussi présent dans la finance, avec les plateformes de financement participatif qui peuvent mettre en relation un entrepreneur avec ses financeurs sans passer par une banque», explique l’intellectuel américain.

Beaucoup de plateformes vont échouer au cours des 10 prochaines années.

Arun Sundararajan, professeur à la New York University Stern School of Business

Mais il ne s’agit là que de balbutiements. Et les modèles économiques qu’embrasseront les entreprises de demain sont loin d’être encore clairement établis.

«Il va falloir composer avec l’incertitude et l’économie de la surprise», estime Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, lui aussi invité à la Journée de l’économie. «Nous sommes encore dans une phase d’expérimentation et il faut l’accepter», ajoute-t-il. «Beaucoup de plateformes vont échouer au cours des 10 prochaines années, mais certaines réussiront et définiront ces nouveaux modèles», renchérit Arun Sundararajan.

Inspirer confiance

L’entreprise Blablacar est devenue un cas d’étude pour le chercheur américain. «Comment la plateforme a-t-elle réussi à convaincre ses usagers d’accepter de monter dans la voiture d’un étranger?», s’est-il demandé. La réponse tient en un mot selon lui: la confiance.

«En réussissant à utiliser les nouvelles technologies, notamment les profils digitaux des conducteurs, l’entreprise a réussi à créer de la confiance entre des inconnus.» Et d’ajouter: «Comprendre l’évolution de la confiance, c’est comprendre l’évolution du business.»

Redéfinir le contrat social

L’organisation du temps de travail va certainement connaître elle aussi de profonds changements. Le «crowd-based capitalism» ajouté à l’automatisation des processus de production va conduire à modifier la façon de travailler des gens.

L’emploi salarié à temps plein que l’on connaît aujourd’hui ne sera sans doute plus la norme. Le statut d’indépendant va certainement se développer, mais aux dépens de la stabilité et du confort social.

Il devient donc urgent d’anticiper ces évolutions pour accueillir plus sereinement ces mutations sociétales, soutient Arun Sundararajan. Et cette responsabilité incombe autant à l’État qu’aux entreprises. «Il faudrait créer de nouveaux cadres pour solidifier la relation entre employeurs et employés», est d’avis l’universitaire.

Quelle forme auront ces nouveaux contrats sociaux? «Nous devons y réfléchir dès maintenant», conclut-il. Et de lancer une première piste: «Pourquoi ne pas imposer à ces plateformes de définir elles-mêmes des règles, de leur déléguer la responsabilité de réguler le travail de leurs usagers?»