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Opinion

La BCE va-t-elle relever ses taux?



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Fredrik Skoglund (Bil) et Étienne de Callataÿ ne voient pas pourquoi la BCE relèverait ses taux en 2018. (Photo: Maison Moderne)

Chaque mois dans le magazine Paperjam, nous demandons à deux experts d’exprimer leur avis par rapport à une question liée à l’actualité économique et financière. Dans notre numéro de janvier 2018, nous avons demandé à Fredrik Skoglund (Bil) et Étienne de Callataÿ (Orcadia Asset Management) de s’exprimer sur les chances de voir la BCE relever ses taux en 2018.

 Fredrik Skoglund, chief investment officer, Banque internationale à Luxembourg

 C’est peu probable… Mario Draghi avance à pas de loup afin de ne pas répéter les erreurs de son prédécesseur, responsable du relèvement prématuré des taux d’intérêt en 2011, qui, selon certains, a exacerbé la crise de la dette au sein de la zone euro.

La BCE a déclaré dans ses indications prospectives que la normalisation des taux n’interviendra que «bien après la fin» du programme d’assouplissement quantitatif. Ce dernier devrait se poursuivre jusqu’en septembre 2018, voire au-delà, si cela était jugé nécessaire.

Aucune raison valable de penser que la BCE pourrait se risquer à un relèvement prématuré.

Fredrik Skoglund

La BCE doit encore atteindre l’objectif de «stabilité des prix» inscrit dans son mandat, à savoir un niveau d’inflation à moyen terme inférieur à, mais proche de, 2%. L’inflation, actuellement à 1,4%, est systématiquement ressortie en deçà de ce niveau. Dès lors, on peut raisonnablement s’attendre à ce que la BCE autorise un léger dépassement du taux d’inflation avant tout resserrement monétaire, afin de s’assurer que celle-ci est stable et durable. Il n’y a donc selon nous aucune raison valable de penser que la BCE pourrait se risquer à un relèvement prématuré.

Étienne de Callataÿ, chief economist Orcadia Asset Management

 «Don’t fight the Fed». Le vieux dicton dissuade les investisseurs d’adopter une stratégie allant à l’encontre des orientations données par la banque centrale américaine. Aujourd’hui, il est raisonnable de dédoubler la recommandation en un «Don’t fight the ECB». On n’imagine pas qu’à Francfort on se résignerait à être moins crédible que la Fed, et cela d’autant moins que la zone euro a davantage besoin d’une banque centrale respectée que les États-Unis.

Or, la Banque centrale européenne s’est montrée explicite: certes, en 2018, moins de liquidités sortiront du robinet du «quantitative easing», mais il ne sera pas fermé, de telle sorte que la masse d’eau dans le lavabo continuera d’augmenter! Sur cette base, il n’y a pas de choix: le scénario central dans la stratégie d’investissement doit supposer que la BCE ne relèvera pas ses taux d’intérêt au courant de l’année 2018.

Les marchés n’anticipent pas de relèvement des taux de la BCE en 2018 et cela paraît approprié.

Étienne de Callataÿ

Bien sûr, il y a de bons arguments pour plaider un certain relèvement des taux: la conjoncture est bonne, voire excellente, il y a le risque de générer des bulles financières, il faut remonter les taux pour pouvoir, au besoin, les rabaisser en cas de coup de mou conjoncturel, ou encore il faut calmer le mécontentement des épargnants prudents qui, à l’heure actuelle, subissent une lourde taxe sous forme de taux d’intérêt réels nets de l’inflation franchement négatifs.

Malgré ces arguments, les marchés n’anticipent pas de relèvement des taux de la BCE en 2018 et cela paraît approprié.