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#Femaleleadership

«J’ai une passion pour l’entrepreneuriat»



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Karin Schintgen: «Je crois que les femmes sont plus prudentes et veulent que tous les pans de leur vie avancent de façon harmonieuse». (Photo: Patricia Pitsch)

À travers la série #FemaleLeadership, des femmes du monde économique évoquent leur parcours et leur position-clé dans chacun de leur secteur d’activité. Aujourd’hui, Karin Schintgen, CEO de la House of Start-ups (Host).

Cette touche-à-tout a été juriste, diplomate, banquière, directrice communication et marketing avant de prendre les rênes de la House of Start-up. Karin Schintgen veut participer au développement de Luxembourg comme «start-up nation».

Madame Schintgen, vous avez oscillé entre banque et ministère des Affaires étrangères. Qu’est-ce qui vous motive?

«J’ai fait des études de droit et je me suis spécialisée dans le droit des affaires, notamment aux États-Unis où je voulais m’installer. Malheureusement, la banque pour laquelle je travaillais n’a pas pu me garder, faute d’obtenir un visa.

Entre-temps, j’avais postulé au ministère des Affaires étrangères par bravade, j’y étais allée pour tenter d’obtenir une extension de mon visa pour les États-Unis. Mon expérience économique et juridique les intéressait, et c’est ainsi que j’ai commencé à travailler pour eux sur la diversification économique du pays.

Parallèlement, les banques ne m’avaient pas oubliée. J’ai eu différentes offres, et fascinée par la nouveauté, j’ai décidé de démissionner du ministère!

Après quelques années dans le monde des médias, en tant que directrice communication et marketing chez RTL, vous êtes revenue à la banque. Dans quelles circonstances?

«La BGL m’a proposé d’être en charge des études stratégiques, ceci dans le cadre du rachat de Fortis, ce qui était très intéressant. Puis sont arrivés la crise de 2008 et le rachat par BNP Paribas.

À l’époque, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) était une notion qui était en train de se développer, d’autant que la banque avait besoin de soigner son image. C’était la première banque à ouvrir un département RSE. Après un brainstorming avec quelques collègues, nous avons défini quatre piliers. Le premier, et le plus important pour moi, était le soutien aux entrepreneurs.

C’est ainsi que le Lux Future Lab est né, c’était un des premiers incubateurs issus d’une banque en Europe.

Développer des idées, des projets stratégiques, c’est ce qui m’anime.

Karin Schintgen, CEO de la House of Start-ups

Le monde bancaire est plutôt réputé pour être conservateur...

«Oui, je dois dire que la banque n’était pas très partante au début! Après tout, je leur demandais seulement d’utiliser un étage d’un bâtiment qui n’était pas utilisé, je leur ai demandé de me faire confiance et de me donner six mois pour faire mes preuves.

J’ai une passion pour l’entrepreneuriat et les entreprises en général. Développer des idées, des projets stratégiques, c’est ce qui m’anime.

Ce qui vous a amené à prendre les rênes de la House of Start-ups?

«Je crois que cela a été un choix ‘naturel’ de diriger la Host.

Vous êtes la première femme à ce type de poste, et ce n’est pas la première fois que vous êtes la première femme quelque part. Comment l’avez-vous vécu?

«J’en étais très consciente, car ça a été parfois très difficile à vivre.

Il faut savoir qu’au départ, seule la fédération des jeunes dirigeants d’entreprise était ouverte aux femmes, tous les autres réseaux étaient plutôt fermés. De fait, les hommes recommandaient d’autres hommes au moment de promotions, ce sont eux qu’ils connaissaient, c’est humain.

Quand on dit qu’il faut se baser uniquement sur les compétences, c’est insinuer qu’il n’existe pas de femmes compétentes.

Karin Schintgen, CEO de la House of Start-ups

Que pensez-vous des quotas pour amener plus de femmes à des postes à responsabilité?

«Je suis pour, évidemment! De toute façon, il y a plus de femmes qualifiées qui sortent des universités, elles sont donc là. C’est un non-sens quand on dit qu’il faut se baser uniquement sur les compétences, c’est insinuer qu’il n’existe pas de femmes compétentes. Or, elles sont bien là, elles ne devraient pas être si difficiles à trouver.

Parlez-nous des initiatives qui ont favorisé les femmes dans le monde des start-up...

«La Ville de Luxembourg a initié le Luxembourg City Incubator, qui a mis le focus sur l’entrepreneuriat féminin, de même que des organismes comme Wide (Women in Digital Empowerment), qui font également beaucoup de choses dans le domaine.

Je crois que les femmes sont plus prudentes et veulent que tous les pans de leur vie avancent de façon harmonieuse, alors que les hommes ont généralement un goût pour le risque plus avancé.

J’ai voulu montrer une image positive du travail à mes filles.

Karin Schintgen, CEO de la House of Start-ups

Du côté de votre vie privée, comment vous êtes-vous organisée?

«Il n’y a pas de secrets, j’avais une aide à la maison, car je voulais une stabilité pour mes filles, qu’elles soient à la maison le soir et que j’ai l’esprit tranquille de mon côté. C’est aussi un accord que j’ai passé avec mon mari, il a pris sa part.

D’ailleurs, j’avais un point d’honneur à dire à mes filles que je voulais aller travailler, j’ai voulu leur montrer une image positive du travail. Il faut faire des choix qui apportent quelque chose.

Qu’est-ce que vous préconisez pour faciliter l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée?

«Pour des postes comme le mien, il faudrait faciliter l’embauche de personnel de maison. Cela crée de l’emploi, alors on devrait pouvoir bénéficier d’avantages fiscaux. C’est un sacrifice financier, surtout en début de carrière, mais il faut se faire aider.»

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.