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Commentaire

Fred Keup a échoué, mais reste d’actualité



Fred Keup, professeur de géographie de 37 ans, espérait faire une entrée à la Chambre en tant que député. (Photo: Mike Zenari / achives)

Fred Keup, professeur de géographie de 37 ans, espérait faire une entrée à la Chambre en tant que député. (Photo: Mike Zenari / achives)

Le candidat ADR a échoué à l’épreuve des urnes le 14 octobre, mais son credo identitaire est ressorti d’une certaine manière dans les résultats des partis plébiscités.

Invité sur les plateaux, convié aux micros. Fred Keup était devenu, l’espace de la campagne précédant les élections législatives 2018, le fer de lance du marketing de l’ADR qui défendait et continuera à défendre ardemment une certaine vision du Luxembourg: moins d’étrangers (réfugiés illégaux ou frontaliers), moins de croissance et moins de désagréments au quotidien.

Ces éléments sont pourtant liés aux conditions sine qua non pour un État social généreux, ce que le parti oublie souvent de préciser, faute de pouvoir proposer un modèle alternatif cohérent.

Verdict à double tranchant

Fred Keup, professeur de géographie de 37 ans, candidat dans le Sud, fondateur du mouvement Wee2050 qui a succédé au Nee2015 d’opposition aux trois questions du référendum de 2015 – et donc à l’accès aux étrangers au droit de vote pour les législatives –, espérait faire une entrée à la Chambre en tant que député. Et voir ainsi l’annexion de son mouvement à l’ADR confirmée.

Il n’en sera rien. L’électeur a rendu un verdict à double tranchant. Certes, l’ADR progresse de 1,64%, gagne un siège à la Chambre dans le Nord (désormais quatre députés), mais ne ressort pas du scrutin comme l’un des grands vainqueurs, contrairement à Déi Gréng et à la surprise des Pirates.

Les électeurs ne se sont pas rués en masse vers la vitrine du parti identitaire qui avait pourtant, il faut bien le reconnaître, réussi à occuper une large partie du début de la campagne avec ses thèmes fétiches: le soi-disant danger encouru par la langue luxembourgeoise et la croissance débridée subie par un pays saturé aux heures de pointe.

Patrie, langue et organisation en boomerang

Les autres partis se sont pourtant aventurés sur ces sujets dans leurs programmes ou durant les réunions électorales. Comme l’obligation de ne pas se laisser déborder par la droite. «Il ne faut pas thématiser l’identitaire», disait, en somme, Claude Wiseler à Paperjam. Au sortir des urnes, la ligne soft du chef de file national du CSV ne semble pas avoir séduit suffisamment l’électeur.

À l’inverse, Déi Gréng a choisi d’aborder «l’amour du pays» sans détour dans sa communication de campagne, pour mieux contrecarrer le populisme, comme l’expliquait François Bausch en septembre dans un entretien à Paperjam. Au vu des résultats des Verts, force est de constater que l’électeur est sensible à cette approche qui, fort heureusement dans ce cas, se conçoit non sur un rejet feutré d’une partie de la société contre une autre, mais bien comme un projet inclusif et d’ouverture.

C’est la deuxième lame de la sentence à l’égard de Fred Keup et de l’ADR qui ont probablement surestimé la portée de leur discours résumé par des slogans simplistes affichés sur panneaux géants.

S’il est encore difficile de prédire le contenu de l’accord d’une coalition Gambia 2 qui se profile, il fait peu de doute que ces sujets figureront en filigrane de plusieurs chapitres. Les grands partis ne veulent ni attendre que le CSV se recentre sur de tels sujets, ni que d’autres «phénomènes Keup» fassent leur apparition.